Véritableignorance ou stupidité consciencieuse. Des présidents d\'universités et collÚges historiquement noirs ont été accueillis dans le bureau Ovale hier. (Photo AP)
CE plaidoyer ardent, nourri d’une profonde inquiĂ©tude, nous trouble, nous Ă©meut, parce qu’il vient d’un esprit pur, mais comment ne nous surprendrait-il pas ? 1 L’auteur va jusqu’à parler de haine », d’ horreur » de la science, non pas chez quelques illuminĂ©s, mais dans les opinions publiques, au sein mĂȘme des pouvoirs des nations les plus avancĂ©es. Quoi ! En danger de mort, la science ? Quand elle montre une santĂ© presque insolente ? Depuis vingt ans, dans l’enseignement, les carriĂšres, les salaires, les rĂ©putations, nous assistons Ă  son ascension et au dĂ©dain de tout ce qui, plus ou moins, ne peut se dire scientifique ». Au point que tout le reste, et la culture mĂȘme, ne serait plus que divertissement » 2. Il faut bien qu’il y ait, quelque part, un malentendu. Avant de mettre le doigt dessus, il convient de suivre le fil de la pensĂ©e d’Evry Schatzman et son itinĂ©raire personnel. Il a jugĂ© nĂ©cessaire d’ouvrir son ouvrage par une brĂšve autobiographie qui seule peut Ă©clairer sa dĂ©marche, jusque dans des errements qui rendent plus crĂ©dible la vĂ©ritĂ© telle qu’elle lui est enfin apparue. L’avĂšnement de Hitler le portera, avec toute sa famille, Ă  ce qui se dĂ©nomme communisme. Il lui faudra du temps pour en revenir. J’ai dĂ» reconnaĂźtre l’imposture d’une thĂ©orie sociale qui se prĂ©sente comme la vĂ©ritĂ© scientifique. » Il attendra 1956 pour ĂȘtre entiĂšrement dessillĂ©, et se retrouver nu ». Il y eut bien plus, et qui montre assez la qualitĂ© rare, peut-ĂȘtre unique, d’une conscience. Pour sa simple participation politique Ă  ce qu’il croyait ĂȘtre le communisme, il se sent toujours coupable de ces millions de morts, plus nombreux que ceux que ferait Hitler ; lequel, il est vrai, disposa de moins de temps. Il faut aussi citer cet aveu si mĂ©ritoire chez un rationaliste sans faille Chose Ă©trange, ma sensibilitĂ© m’a souvent permis de voir juste, alors que ma raison me trompait. » C’est que d’une objectivitĂ© » absolue, Ă  laquelle il croit, on a pu — on des hommes de science — tirer des conclusions fausses, absurdes, dangereuses. » Enfin, ceci Ce n’est pas la science en tant que telle qui donne la paix, la justice, l’amour ; et cependant je ne parviens pas Ă  imaginer une sociĂ©tĂ© qui choisirait de s’en dĂ©barrasser. » Mais justement, ce n’est pas la science en tant que telle qui est en cause. Pour aborder l’essentiel, osera-t-on Ă©voquer cette vieille maxime Science sans conscience n’est que ruine de l’ñme » ? Aujourd’hui, oĂč l’ñme n’a plus cours, ou guĂšre, il conviendrait de dire Science sans conscience morale est la mort de l’homme. » Deux sortes de mort, pas mĂȘme au choix l’anĂ©antissement de l’espĂšce entiĂšre, et de la Terre par-dessus le marchĂ© ; ou la destruction du vieil homo sapiens par la manipulation gĂ©nĂ©tique ; et dĂ©jĂ , car le savoir par les machines est Ă  l’Ɠuvre, par la dĂ©gradation de ses facultĂ©s majeures, Ă  commencer et finir par la mĂ©moire. Mais dans la formule, point capital, il faut remplacer science », qui n’est rien en soi, par hommes de science » . NOUS y voilĂ , et nous retrouvons ici le livre de Jacques Robin, dont nous rendions compte le mois dernier. La science n’est pas menacĂ©e, non plus qu’elle ne menace cette menace vient des scientifiques. Comment s’étonner qu’elle leur soit retournĂ©e ? Car pour trop d’entre eux, et ce serait trop encore de quelques-uns, leur science est une fin en soi. Quoi qu’elle apporte, fĂ»t-ce leur propre mort. C’est donc une science suicidaire. Ceux que leur conscience alerte pour les retenir de poursuivre paraissent ĂȘtre le petit nombre. Et mĂȘme ceux-lĂ , qu’on a vu suspendre leur recherche sur l’atome, ils durent entendre cette mĂȘme conscience leur dire Alors, l’autre aura l’arme avant. » Et cela eĂ»t Ă©tĂ©, en effet, le pire dĂ©sastre l’autre, c’était Hitler. C’est bien ce prĂ©cĂ©dent qui nous inquiĂšte ĂȘtre entraĂźnĂ© Ă  faire plus vite et mieux, ce que, fatalement, fera l’autre. Rappellera-t-on que dans la vieille terminologie, celle des religions et des maĂźtres sorciers, l’Autre, c’est le diable. Jamais comme aujourd’hui l’argument d’autoritĂ© n’aura eu cours forcĂ© puisque le savoir des scientifiques est inaccessible Ă  nos esprits dits littĂ©raires et d’ailleurs Ă  eux-mĂȘmes hors de leurs spĂ©cialitĂ©s. Aussi, moyennant quelques gĂ©nĂ©ralitĂ©s et mĂ©taphores propres Ă  notre domaine, il nous faut les croire sur parole. Or leur parole ment. Chaque fois, du moins, qu’il en est besoin. Elle ment au peuple » ignorant, bien sĂ»r. Mais aussi aux dirigeants, bien obligĂ©s de faire confiance. Ils ne disent pas la vĂ©ritĂ© vraie, afin de protĂ©ger leur propre pouvoir ; et aussi de puissants intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, fussent-ils nationalisĂ©s. Les Ă©cologistes en savent quelque chose ; et Tchernobyl est venu nous le rappeler, non sans quelque Ă©clat. Pour justifier sa crainte, Evry Schatzman constate d’abord la rĂ©duction croissante des budgets de la recherche, par les gouvernements de droite note-t-il, Ă  l’exception, sous de Gaulle, de celui de M. Michel DebrĂ©. Mais c’est surtout chez les philosophes, les Ă©crivains, les artistes, qu’il trouve l’expression de l’anti-science, telle qu’elle se rĂ©pandrait partout. Il redoute cette peur de la science », nĂ©gligeant un peu que, depuis une quarantaine d’annĂ©es, elle n’est pas sans fondement. Mettez en balance la merveille de se promener sur la Lune et le pouvoir d’anĂ©antir la Terre, d’un seul coup ou Ă  petit feu, le bilan peut vous apparaĂźtre un peu nĂ©gatif. TrĂšs sĂ©rieusement, si l’on considĂšre que, non pas la science », mais sa pratique perverse menace, elle, bel et bien des valeurs qui la priment, il faut non s’en dĂ©barrasser » mais la changer. OR Evry Schatzman ne pense rien d’autre, qui dĂ©nonce vigoureusement tous les dĂ©tournements de la science ces retombĂ©es c’est bien le mot du pouvoir scientifique ». Autrement dit des scientifiques. ParticuliĂšrement remarquable, son chapitre sur le vol du pouvoir », qui nous conduit de la fin des forĂȘts », Ă  laquelle nous assistons, Ă  la fin de l’atmosphĂšre terrestre, rĂ©servĂ©e Ă  des gĂ©nĂ©rations un peu trop lointaines pour qu’on s’en prĂ©occupe, alors que s’imposent nos insatiables besoins. D’autant que sur leur satisfaction repose notre sociĂ©tĂ© mercantile qui ne saurait prendre en compte la ruine et la mort d’aprĂšs-demain, sans parler de celles d’à prĂ©sent. Pur croyant de la science, Evry Schatzman excommunie le scientisme, particuliĂšrement la fausse croyance en la construction d’une sociĂ©tĂ© sur des bases scientifiques ». Pour le salut de la science, il rĂ©clame la gestion dĂ©mocratique des affaires scientifiques ». Mais ne serait-ce pas lĂ  de ces utopies » dont il rappelle ailleurs qu’elles ne sont en rien des vĂ©ritĂ©s scientifiques » ? Oubliant que l’utopie d’aujourd’hui est souvent la rĂ©alitĂ© de demain. Quelle conscience nouvelle apportera Ă  la science ce plus, enfin reconnu, imposĂ© par tous, et maintenu par un pouvoir dĂ©sintĂ©ressĂ© ? AprĂšs certain supplĂ©ment d’ñme », pourra-t-on parler d’un grand supplĂ©ment de conscience » ? Ou encore, faisant Ă©cho Ă  un autre mot fameux, dira-t-on que la science est une chose trop sĂ©rieuse, et trop belle, pour ĂȘtre abandonnĂ©e, sans garde-fous, aux scientifiques ?
Leurenseigner que la science est un grimoire Ă  mĂ©moriser n’est pas la bonne mĂ©thode. Je travaille actuellement Ă  une Ă©dition de L’Ignorance destinĂ©e Ă  accompagner les fastidieux manuels scolaires pendant les cours de science dispensĂ©s aux adolescents de 15 Ă  18 ans. Cet ouvrage leur enseignera que la science, c’est ce que l’on ignore, plutĂŽt 10 janvier 2018 3 10 /01 /janvier /2018 1904 MMessage relayĂ©ResponsabilitĂ© vaccinaleun parlementaire Ă©tats-unien met la pagaille"Enfin! un parlementaire amĂ©ricain, Bill Posey, a osĂ© rĂ©clamer la vraie Science vaccinale, celle qui consiste Ă  comparer des vaccinĂ©s Ă  des non vaccinĂ©s 0 vaccins, en particulier au sujet de l’autisme. C’est ce que l’on a pu lire sur plusieurs sites anglophones dont celui d'Health Impact ainsi que le Congressman rĂ©publicain a demandĂ© au Dr Boyle du Centre de ContrĂŽle des Maladies CDC s'ils avaient dĂ©jĂ  fait effectuer la moindre Ă©tude comparative entre enfants vaccinĂ©s et enfants non vaccinĂ©s. La rĂ©ponse du Dr Boyle a Ă©tĂ© que NON, ils n'ont jamais procĂ©dĂ© Ă  pareille Ă©tude bien sĂ»r, ils n’ont pas intĂ©rĂȘt Ă  y avoir pensĂ©!!!.Cela signifie donc en clair que les autoritĂ©s amĂ©ricaines comme toutes les autres autoritĂ©s vassales dans le monde recommandent depuis bientĂŽt un siĂšcle de façon non scientifique et non Ă©thique la vaccination aveugle des enfants avec des vaccins - par dĂ©finition - expĂ©rimentaux!Nota Le CDC amĂ©ricain est une institution qui fait malheureusement "la pluie et le beau temps" partout dans le monde en matiĂšre d'Ă©pidĂ©miologie, de vaccination, fausses assurances des autoritĂ©s et autres pseudo-experts, selon lesquelles les vaccins ne causent pas l'autisme, risquent de se retrouver privĂ©es de leur voile de virginitĂ©, annulant toute valeur scientifique basique Ă  leurs irresponsables allĂ©gations!La Vraie Science, ce n'est pas de prĂ©senter des Ă©tudes se contentant de cultiver la peur et de ce qui pourrait ĂȘtre en dĂ©faveur de gros intĂ©rĂȘts partisans, c'est d'observer honnĂȘtement des faits comparatifs et oser en tirer les conclusions en toute sĂ»r, comme les Ă©tudes honnĂȘtes de la vraie Science effraient autant Big Pharma et les officiels que l'ail effraie un vampire, il leur faut trouver des prĂ©textes pour "noyer le poisson", et c'est ainsi qu'ils invoquent "l'Ă©thique" pour tenter de cacher leur pitoyable machination! Ils prĂ©tendent, en effet, qu'il ne serait soi-disant "pas Ă©thique" de comparer des enfants vaccinĂ©s Ă  des enfants vierges de tout vaccin, ce qui revient donc Ă  considĂ©rer de façon purement dogmatique et idĂ©ologique, que les vaccins font de toute Ă©vidence plus de bien que de dictature de menteurs qui brandit Ă  tout bout de champ, pour casser la contestation, le magique "scientifiquement prouvĂ©" se trouve donc prise d’une façon incontournable en flagrant dĂ©lit de fonctionnement vraiment Ă  cela, Bill Posey a donc eu la bonne initiative d'introduire une proposition de loi imposant au MinistĂšre de la SantĂ© la responsabilitĂ© de mener des Ă©tudes rĂ©ellement comparatives, dans le but d'Ă©tudier notamment la prĂ©valence de l'autisme mais aussi d'autres paramĂštres et d'autres maladies dans les deux types de groupes vaccinĂ©s et non vaccinĂ©s.AĂŻe, çà fait trĂšs mal! Le SecrĂ©taire des Services de SantĂ© devra chercher Ă  inclure dans l’étude visĂ©e les populations qui traditionnellement sont restĂ©es non vaccinĂ©es, pour des raisons religieuses ou populations comprennent l’ancien Ordre des Amish et des membres de pratiques cliniques telles que la pratique "Home-first" Ă  Chicago qui choisissent des pratiques mĂ©dicales alternatives, les adeptes des modes de vie anthroposophiques et d’autres qui refusent la le Dr Mayer Eisenstein, mĂ©decin dans la communautĂ© Home-first Ă  Chicago, qui a eu l'occasion de suivre plus de enfants, n'a pas le souvenir d'avoir vu le moindre cas d'autisme chez les enfants non vaccinĂ©s qu'il a accouchĂ©s et suivis. Pour lui, il est donc vraiment nĂ©cessaire et lĂ©gitime qu'une telle proposition de loi puisse aboutir, et c'est pourquoi il apporte tout son soutien et tous ses encouragements au dĂ©putĂ© Bill Posey bravo Dr Mayer Eisenstein!.En France, faisant suite au vaccin ROR rougeole-oreillons-rubĂ©ole communĂ©ment incriminĂ©, il y a plus de cas d'autisme dont une majoritĂ© de cas d'autisme rĂ©gressif, c'est-Ă -dire la forme d'autisme qui se manifeste aprĂšs une pĂ©riode de dĂ©veloppement tout Ă  fait normale de l' de ces plus de autistes doivent la destruction de leur vie et de leur avenir aux vaccins que leurs parents leur ont fait faire par ignorance, en croyant bien faire, sur la chaude recommandation des mĂ©dias, des mĂ©decins et l’ignorante bĂ©nĂ©diction des politiciens?Mais cette Ă©crasante responsabilitĂ© criminelle du trust Big Pharma n’entame en aucune façon son moral, puiqu’il rebondit dĂ©jĂ  sur l’étude d’un futur vaccin... contre l'autisme!!! Un horrible cercle vicieux absurde
 mais tellement lucratif!"Michel Dogna L'Art de Vivre Sain Art de Vivre Sain - dans Combats pour la SantĂ©
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Lavraie astrologie est naturelle et ne confond pas l'objet et le sujet, mais les différencie et les réunit . dans leur complémentarité. L' astrologue (le vrai ou la vraie astrologue) aide la personne à développer et actualiser ses potentialités, ses propres forces inconscientes et respecte sa différence, son unicité irréductible. La personne prend connaissance,
“Qu’est-ce que c’est que ça la philosophie” question dĂ©finitionnelle posĂ©e par Martin Heidegger invitant donc Ă  la premiĂšre recherche eidĂ©tique eidos idĂ©e, essence de l’annĂ©e Étymologie philo–sophie [philein-sophia] l’amour de la sagesse La sagesse c’est soit la connaissance savant, c’est la connaissance thĂ©orique ou les savoir-faire, la connaissance technique ; soit le savoir-vivre, la prudence, la sĂ©rĂ©nitĂ©, l’aspect pratique et Ă©thique le sage. L’amour c’est un sentiment, affectif, non choisi, dimension passionnĂ©e qui corrompt le jugement et ne semble pas compatible avec la sagesse. Sagesse et passion semble s’opposer. Donc l’amour signifie sans doute plutĂŽt amitiĂ© » le philosophe serait donc l’ami de la sagesse, celui qui dĂ©sire la sagesse. Or un dĂ©sir prĂ©suppose un manque on ne dĂ©sire pas ce qu’on a ou est dĂ©jĂ . Donc si le philosophe dĂ©sire la sagesse, c’est qu’il ne la possĂšde pas dĂ©jĂ . Un savant ne peut pas ĂȘtre philosophe ; un ignorant pur et dur » non plus car non seulement il ne sait pas, mais il ne sait pas qu’il ne sait pas, donc il croit qu’il sait, et n’a pas de dĂ©sir de savoir. Le philosophe est entre le savant et l’ignorant Il tient aussi le milieu entre la sagesse et l’ignorance car aucun dieu ne philosophe ni ne dĂ©sire devenir sage, puisque la sagesse est le propre de la nature divine ; et, en gĂ©nĂ©ral, quiconque est sage ne philosophe pas. Il en est de mĂȘme des ignorants, aucun d’eux ne philosophe ni ne dĂ©sire devenir sage ; car l’ignorance a prĂ©cisĂ©ment le fĂącheux effet de persuader Ă  ceux qui ne sont ni beaux, ni bons, ni sages, qu’ils possĂšdent ces qualitĂ©s or nul ne dĂ©sire les choses dont il ne se croit point dĂ©pourvu. – Mais, Diotime, qui sont donc ceux qui philosophent, si ce ne sont ni les sages ni les ignorants ? – Il est Ă©vident, mĂȘme pour un enfant, dit-elle, que ce sont ceux qui tiennent le milieu entre les ignorants et les sages, et l’Amour est de ce nombre. La sagesse est une des plus belles choses du monde ; or l’Amour aime ce qui est beau ; en sorte qu’il faut conclure que l’Amour est amant de la sagesse, c’est-Ă -dire philosophe, et, comme tel, il tient le milieu entre le sage et l’ignorant. C’est Ă  sa naissance qu’il le doit car il est le fils d’un pĂšre sage et riche et d’une mĂšre qui n’est ni riche ni sage. Telle est, mon cher Socrate, la nature de ce dĂ©mon. » Le Banquet, Platon discours de Diotime rapportĂ© par Socrate Le philosophe est donc entre les deux, comme le souligne PLATON dans Le banquet, dialogue sur Eros, l’amour. D’oĂč le cĂ©lĂšbre Je sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais rien » de SOCRATE - 469/-399, condamnĂ© Ă  mort par la citĂ© d’ AthĂšnes pour impiĂ©tĂ© et corruption de la jeunesse il a bu de la cigĂŒe, considĂ©rĂ© comme le pĂšre de la philosophie occidentale Socrate Platon Mais il ne suffit pas d’ĂȘtre conscient d’un manque pour avoir envie de le combler, il faut que ce manque soit vĂ©cu comme un vide et que l’on se reprĂ©sente ce vide disparu dans le futur comme un Ă©tat plus satisfaisant que l’état prĂ©sent de vide. Ce qui signifie qu’en plus de la conscience de son ignorance, le philosophe a le souci de la connaissance et de la vĂ©ritĂ©. Tout homme a ce souci, nous n’aimons pas naturellement le faux et l’illusion, mais nous avons aussi d’autres soucis le souci de survivre le souci de la vĂ©ritĂ© peut alors apparaĂźtre comme le souci de nantis, un luxe – d’ailleurs dans l’antiquitĂ©, si certains pouvaient s’adonner Ă  la politique, Ă  la philosophie,
 c’est parce que d’autres les esclaves s’occuper des nĂ©cessitĂ©s quotidiennes; le souci de rĂ©ussir socialement, le souci d’ĂȘtre heureux et parfois l’illusion est plus confortable que la connaissance de la vĂ©ritĂ©; voir ici le conte du Bon Bramin de Voltaire; Donc le philosophe placerait le souci de la vĂ©ritĂ© et de la connaissance au dessus de tous les autres. Transition ce n’est pas parce qu’on sait qu’on ne sait pas que pour autant on a envie de savoir. Donc le philosophe aurait en plus de la conscience de son ignorance le seul souci de la vĂ©ritĂ© et une prĂ©disposition Ă  la chercher qui pourrait ĂȘtre la capacitĂ© Ă  s’étonner ou une sorte de savoir confus que les choses ne sont pas nĂ©cessairement ce qu’elles semblent ĂȘtre, qu’il n’y a rien d’évident. Il est vrai que nous avons d’autres soucis que celui de la vĂ©ritĂ©, ce qui expliquerait que nous ne sommes pas tous philosophes. Mais nous avons semble-t-il toutes les qualitĂ©s pour le devenir, nous aussi nous nous Ă©tonnons, nous nous mĂ©fions, nous nous interrogeons, nous sommes douĂ©s de raison, ce qui fait qu’on s’oppose fatalement en plus de la question du comment, la question du pourquoi et celle du pour quoi ? Mais ce qui fait qu’on ne veut pas le devenir et par lĂ  exploiter ces facultĂ©s, c’est qu’on croit l’ĂȘtre dĂ©jĂ  ou en faire dĂ©jĂ  usage puisqu’on pense. Alors serait-il possible que quand on pense on ne pense pas ? Peut-on ne pas penser? 1. “Peut-on” signifie d’abord avoir la possibilitĂ©, la capacitĂ© de.. – si par penser, on entend ” avoir une activitĂ© mentale consciente”, on ne peut pas ne pas penser. Nous pensons dĂšs que nous sommes Ă©veillĂ© mĂ©moire, anticipation, sensation, perceptions, ĂȘtre là
. – mais si par penser, on entend ” rĂ©-flĂ©chir”, “juger”. Comme juger, c’est porter un jugement, mettre en relation des choses, des idĂ©es dans une assertion, cela prĂ©suppose des connaissances Ă©tablies, vĂ©rifiĂ©es, des concepts et un raisonnement pour pouvoir ensuite rendre son jugement. Or bien souvent, on rend un jugement sans avoir jugĂ©, on est alors dans le “prĂ©-jugĂ©â€, dans une “premiĂšre flexion de l’esprit”, non dans une “rĂ©-flexion”, c’est-Ă -dire un retour rĂ©flexif sur ce qu’on pense spontanĂ©ment, sans avoir justement rĂ©flĂ©chi, jugĂ©. Du coup, on croit penser et ĂȘtre dans la pensĂ©e, alors que nous ne sommes que dans l’opinion, la “DOXA” en grec. Et dans ce cas, l’éducation, l’enseignement philosophique va consister non pas Ă  transmettre un savoir et Ă  conduire dans ce savoir, mais Ă  “conduire hors de soi“ ex-ducere et de l’opinion pour entrer dans la pensĂ©e et se rapprocher de soi penser par soi-mĂȘme. C’est la situation dans l’opinion qu’illustre l’allĂ©gorie de la caverne de Platon au livre VII de la RĂ©publique texte p74. Dans cette allĂ©gorie, chaque Ă©lĂ©ment est un symbole ‱ les chaines qui maintiennent le corps au sol, ce sont celles de notre propre corps qui peut nous tenir prisonnier de ses sensations et de la connaissance sensible via les sens; si on croit que voir, c’est savoir. Si on n’interroge pas ce que nous dit le corps, on en reste Ă  une connaissance par les sens partielle, relative et parfois illusoire. Les sens nous disent comment les choses nous apparaissent non ce qu’elles sont. Si je me fie au sens, c’est le soleil qui tourne autour de la terre et la pleine lune est une sphĂšre de 1 m de diamĂštre, le bĂąton se brise en entrant dans l’eau, les ombres sur le fonds de la caverne n’en sont pas, si je n’ai jamais rien vu d’autre.‱ les chaines qui font qu’on ne peut regarder ailleurs ni autrement, ce sont aussi celles de notre Ă©tat d’enfant condamnĂ©s Ă  recevoir des autres nos connaissances, valeurs,
, de nos habitudes et de la vie collective. En sociĂ©tĂ©, nous sommes enchaĂźnĂ©s les uns aux autres. Cela permet l’apparition d’une opinion commune, Ă  laquelle on va adhĂ©rer par confort, par souci d’intĂ©gration, par conformisme, mais aussi par paresse, par intĂ©rĂȘt, par dĂ©sir. Tout ceci n’a pas Ă©tĂ© jugĂ©, n’est que du prĂ©-jugĂ©, un ensemble d’idĂ©es reçues avant mĂȘme d’ĂȘtre examinĂ©es donc sans examen ni jugement. ‱ les chaines peuvent aussi ĂȘtre celles d’un conditionnement que reprĂ©sente dans l’allĂ©gorie le feu. Ce feu qui est Ă  l’origine de l’ombre et de l’erreur pour les prisonniers, c’est un feu allumĂ© et entretenu par des hommes. Ces hommes manipulent ceux qui sont dans la caverne en leur donnant Ă  voir ce qu’ils ont dĂ©cidĂ© de leur faire voir le muret empĂȘche de voir des ombres d’hommes que sont les porteurs, les prisonniers ne peuvent voir que des ombres d’objets et que des ombres d’ombres d’hommes que seraient des statuettes d’hommes par exemple on ne se porte pas les uns les autres sur les Ă©paules dans l’allĂ©gorie !. Dans le cas d’une statuette d’homme, la situation des prisonniers est mĂȘme plus grave que ce qu’on pouvait penser car les prisonniers sont Ă©loignĂ©s de deux degrĂ©s de la rĂ©alitĂ© et vĂ©ritĂ© en prenant l’ombre avec la rĂ©alitĂ©, ils confondent une ombre d’ombre la statuette Ă©tant dĂ©jĂ  un double, une copie ! avec la rĂ©alitĂ©. [‱ les chaines sont aussi celles d’une vie collective dominĂ©e par les valeurs techniques et le paraĂźtre. Dans l’allĂ©gorie, les prisonniers n’ont pas le souci du vrai, ils ne se battent que pour les honneurs, c’est Ă  celui qui sera le plus habile, le plus rapide Ă  reconnaĂźtre les ombres, non Ă  celui qui sera le plus sage, le plus savant.] Toutes ces chaĂźnes expliquent leur ignorance ignorĂ©e, que les prisonniers croient savoir et ne savent pas, qu’ils ne sont que dans la doxa, l’opinion commune. Ils croient penser alors qu’ils ne sont que l’opinion. Ils ne s’interrogent pas, ne doutent pas, ce qui explique que seuls ils ne peuvent sortir de la caverne et de son obscuritĂ© qui symbolise le manque de clartĂ© et de distinction de ce qu’ils appellent leur pensĂ©e. D’oĂč aussi la difficultĂ© de les en sortir pour d’affronter la lumiĂšre pour remonter jusqu’au principe, le soleil, par accĂ©der Ă  la claire et distincte connaissance. D’oĂč l’idĂ©e que le prisonnier doit faire seul le chemin comprendre le mĂ©canisme de l’ombre, voir la statuette, puis la rĂ©alitĂ© elle-mĂȘme un homme. Le philosophe qui est venu le libĂ©rer se contente de l’extraire par la contrainte et dans la souffrance de la caverne par ses questions, ses doutes, il fait prendre conscience que nous ne savons pas, que nous sommes dans l’opinion Mais le rapport entre la statuette et l’homme rĂ©el copie/modĂšle symbolise le rapport entre le monde sensible notre monde et le monde intelligible le vrai monde, le monde des idĂ©es qui est Ă©ternel et que Dieu aurait pris pour modĂšle pour crĂ©er le monde. Si on veut bien penser ce monde, il faut retrouver par la pensĂ©e ce monde-modĂšle, remonter par la pensĂ©e Ă  l’idĂ©e qui est la cause des apparences dans le monde sensible. Il faut passer d’une connaissance sensible Ă  une connaissance discursive et dialectique. C’est ce qu’explique l’analogie de la ligne au livre VI de La rĂ©publique de Platon. Le monde sensible Le monde intelligible Ombres et images des objets sensibles Objets fabriquĂ©s et sensibles RĂ©alitĂ©s elles-mĂȘmes ou objets hypothĂ©tiques mathĂ©matiques, originaux des choses Contemplation du soleil ou idĂ©es, principes non hypothĂ©tiques imagination/illusion Conviction/croyance/opinion PensĂ©e/science hypothĂ©tique si
 alors
CONNAISSANCE RATIONNELLE DISCURSIVE discours= parcours=raisonnement AccĂšs aux idĂ©es elles-mĂȘmes par l’intellect science dialectiqueCONNAISSANCE RATIONNELLE INTUITIVE connaissance sensible Connaissance rationnelle [ComplĂ©ment d’information la connaissance dialectique peut ĂȘtre – ascendante, anagogique l’anagogie, c’est la montĂ©e vers les IdĂ©es, on passe de l’opinion Ă  la pensĂ©e, au savoir, de la philodoxie amour de la doxa Ă  la philosophie. Les philodoxes sont ceux qui promĂšnent leurs regards sur la multitude des choses belles mais n’aperçoivent pas les IdĂ©es et ne peuvent suivre celui qui les voudrait conduire Ă  cette contemplation, qui voient la multitude des choses justes sans voir la justice mĂȘme, et ainsi du reste, ceux lĂ  opinent sur tout mais ne connaissent rien de ce sur quoi il opinent ». L’opinion est donc irrĂ©flĂ©chie, incertaine, elle se fie aux apparences et elle y adhĂšre sans examen critique. L’opinion peut se trouver vrai mais c’est par hasard, elle ne voit jamais les raisons qui la font vrai. – contemplante la NoĂ©sis. C’est le sommet de la dialectique ascendante, oĂč l’ñme contemple in- tuitivement les IdĂ©es. Cela signifie Ă©videmment que l’esprit perçoit immĂ©diatement l’essentiel c’est l’intuition intellectuelle. – descendante la DiairĂ©sis C’est le mouvement par lequel la pensĂ©e partant des IdĂ©es revient jusqu’au monde sensible pour le dominer en y introduisant la rationalitĂ©, l’intelligible qui Ă  Ă©tĂ© lĂ -haut vu. Elle organise alors, en rĂ©fĂ©rence, Ă  l’IdĂ©e de bien qu’elle a vu lĂ -haut, la conduite de chaque individu et de la CitĂ©. Sans adhĂ©rer Ă  la thĂ©orie des IdĂ©es de Platon, Ă  son IdĂ©alisme, on doit admettre que cette allĂ©gorie explique bien la diffĂ©rence entre opinion et pensĂ©e, ignorance et savoir. Ceci dit, on peut penser que l’on peut aussi sortir seul de l’opinion texte d’Alain, penser c’est dire non » Ă  soi-mĂȘme en examinant ce qu’on nous dit, ce que l’on croit et voit OU qu’il peut y avoir d’autres guides que le philosophe, comme l’artiste, la religieux ou le scientifiques. Il convient donc d’analyser ce qui les diffĂ©rencie Art Religion Science de la nature Ce qu’on recherche ici comme dans la philosophie Une rĂ©ponse au sentiment d’ĂȘtre Ă©tranger Ă  soi dĂ©sir d’ĂȘtre soi, aux autres dĂ©sir de communier, Ă  la nature dĂ©sir de comprendre Une rĂ©ponse au sentiment d’ĂȘtre Ă©tranger Ă  soi, aux autres, Ă  la sociĂ©tĂ© dĂ©sir d’un monde commun et plus juste et Ă  la nature dĂ©sir de comprendre et maĂźtriser Une rĂ©ponse au sentiment d’ĂȘtre Ă©tranger Ă  la nature dĂ©sir de comprendre et maĂźtriser, comme maĂźtres et possesseurs de la nature », Descartes Points communs avec la philosophie comme prise de conscience et sortie de l’opinion L’artiste est un oculiste » Proust; pouvoir de rĂ©vĂ©lation de ce qui se dĂ©robe sous la proximitĂ© de la possession » Merleau-Ponty; l’artiste lĂšve le voile Bergson Les religions proposent une reprĂ©sentation en rupture avec notre rapport immĂ©diat au monde par ex. condamnation ou dĂ©valuation du monde terrestre et de ses valeurs L’attitude scientifique prĂ©suppose une vĂ©ritable catharsis intellectuelle et affective » Bachelard; en science, les convictions n’ont pas droit de citĂ©, voilĂ  ce qu’on dit Ă  juste titre » Nietzsche CaractĂ©ristiques Moyen une Ɠuvre matĂ©rielle limites des mots, l’idĂ©e y apparaĂźt de maniĂšre sensibleBut la beautĂ©, Ă©motion esthĂ©tique On touche l’esprit via les sens. Moyen un dogme rĂ©vĂ©lĂ© ou immĂ©morial extĂ©rieur Ă  nous; la foi; le cƓur a ses raisons que la raison ne connaĂźt point » Pascal les vĂ©ritĂ©s de la foi sont au-delĂ  des pouvoirs bien limitĂ©s de la raison But rĂ©pondre aux questions et angoisses, donner du sens, promettre un salut, organiser la vie en communautĂ© Moyen la mĂ©thode expĂ©rimentale combinant expĂ©rience observation, expĂ©rimentation et vĂ©rification et raisonnement hypothĂšses, dĂ©ductions
But ramener la nature Ă  des lois permettant explication, prĂ©diction et action ; rationaliser notre reprĂ©sentation du monde et rendre le monde disponible »; parvenir Ă  la vĂ©ritĂ© et Ă  la connaissance Limites ƒuvre parfois difficile Ă  comprendre; difficile de dire ce qu’on a ressenti, de le verbaliser; l’Ɠuvre ne parle »pas Ă  tous, ne dit » pas Ă  chacun, la mĂȘme chose; sa comprĂ©hension est relative. MultiplicitĂ© des religions, rĂ©vĂ©lation lumiĂšre divine extĂ©rieure, dogmatisme, irrationalitĂ© de la foi, de ses objets et parfois des pratiques qu’elle implique; obscurantisme foi opposĂ©e Ă  la raison et la science, jeux de pouvoirs des institutions religieuses
 – les sciences ne rĂ©pondent pas aux questions du pourquoi et du pour quoi , mais seulement Ă  celle du comment loi des 3 Ă©tats d’Auguste Comte– les sciences entraĂźnent une mathĂ©matisation » , un arraisonnement » de la nature et des ĂȘtres, rĂ©duits Ă  du mesurable, du quantifiable, Ă  des faits » – l’expĂ©rience est toujours singuliĂšre, temporelle, contingente mĂȘme si la science s’efforce de montrer qu’il y a un ordre nĂ©cessaire et ne s’arrĂȘte pas aux rĂ©sultats, cherchant les causes Philosophie la philosophie est une activitĂ© qui par des discours et des raisonnements nous procure la vie heureuse » Epicure Moyen un discours des mots, signes de conceptsBut la vĂ©ritĂ©; comprĂ©hension par la raison; on s’adresse directement Ă  la raison universalitĂ© et rationalitĂ© Moyen la lumiĂšre naturelle de la raison un discours = un parcours, un raisonnement que tout homme peut Ă©laborer ou suivreBut parvenir Ă  des rĂ©ponses rationnelles universelles; penser par soi-mĂȘme libertĂ© Moyen la dĂ©monstration Ă  partir de principes a priori ou a posteriori, clairs et distinct, donc la conclusion est nĂ©cessaire, universelle et Ă©ternelleBut parvenir Ă  rĂ©pondre rationnellement et de maniĂšre cohĂ©rente Ă  toutes les questions pour trouver la vĂ©ritĂ© et du sens On peut donc emprunter diffĂ©rentes voies bien diffĂ©rentes! pour rĂ©flĂ©chir et il semble que l’on puisse bouder aussi bien les musĂ©es, les Ă©glises que les discours scientifiques ou philosohiques et qu’il y ait mĂȘme des arguments pour justifier la possibiltĂ© de ne pas emprunter la voie de la philosophie Ce choix entre rĂ©flĂ©chir / ne pas rĂ©flĂ©chir, ne pas penser est mis en scĂšne dans le film Matrix , ici Alors a-t-on vraiment ce choix, le droit de se contenter d’ĂȘtre dans l’opinion? Peut-on ne pas philosopher? premiĂšre approche de la mĂ©thode de dissertation I. oui, c’est possible car on ne sait pas que l’on est dans la caverne, dans l’opinion, pas de manque mĂȘme si on le sait pas nĂ©cessairement le souci du vrai, d’autres soucis on peut emprunter les autres voies art, religion, science
 pour penser, se questionner et rĂ©pondre Ă  nos questions on peut penser que philosopher, c’est un exercice stĂ©rile certes on se libĂšre de l’opinion, on remet en question mais cela n’aboutit Ă  rien et en plus on perd son temps, dans le sens oĂč cela dĂ©tourne d’occupation bien plus sĂ©rieuse. C’est l’argument de CalliclĂšs personnage imaginaire dans le Gorgias de Platon Il est beau d’étudier la philosophie dans la mesure oĂč elle sert Ă  l’instruction et il n’y a pas de honte pour un jeune garçon Ă  philosopher ; mais, lorsqu’on continue Ă  philosopher dans un Ăąge avancĂ©, la chose devient ridicule, Socrate, et, pour ma part, j’éprouve Ă  l’égard de ceux qui cultivent la philosophie un sentiment trĂšs voisin de celui que m’ins­pirent les gens qui balbutient et font les enfants. Quand je vois un petit enfant, Ă  qui cela convient encore, bal­butier et jouer, cela m’amuse et me paraĂźt charmant, digne d’un homme libre et sĂ©ant Ă  cet Ăąge, tandis que, si j’entends un bambin causer avec nettetĂ©, cela me paraĂźt choquant, me blesse l’oreille et j’y vois quelque chose de servile. Mais si c’est un homme fait qu’on entend ainsi balbutier et qu’on voit jouer, cela semble ridicule, indigne d’un homme, et mĂ©rite le juste le mĂȘme sentiment que j’éprouve Ă  l’égard de ceux qui s’adonnent Ă  la philosophie. J’aime la philo­sophie chez un adolescent, cela me paraĂźt sĂ©ant et dĂ©note Ă  mes yeux un homme libre. Celui qui la nĂ©glige me paraĂźt au contraire avoir une Ăąme basse, qui ne se croira jamais capable d’une action belle et gĂ©nĂ©reuse. Mais quand je vois un homme dĂ©jĂ  vieux qui philosophe encore et ne renonce pas Ă  cette Ă©tude, je tiens, Socrate, qu’il mĂ©rite le fouet. Comme je le disais tout Ă  l’heure, un tel homme, si parfaitement douĂ© qu’il soit, se condamne Ă  n’ĂȘtre plus un homme, en fuyant le cƓur de la citĂ© et les assemblĂ©es oĂč, comme dit le poĂšte , les hommes se distinguent, et passant toute sa vie dans la retraite Ă  chuchoter dans un coin avec trois ou quatre jeunes garçons, sans que jamais il sorte de sa bouche aucun discours libre, grand et gĂ©né­reux. » [
]En ce moment mĂȘme, si l’on t’arrĂȘtait, toi ou tout autre de tes pareils, et si l’on te traĂźnait en prison, en t’accusant d’un crime que tu n’aurais pas commis, tu sais bien que tu serais fort embarrassĂ© de ta personne, que tu perdrais la tĂȘte et resterais bouche bĂ©e sans savoir que dire, et que, lorsque tu serais montĂ© au tribunal, quelque vil et mĂ©prisable que fĂ»t ton accusateur, tu serais mis Ă  mort, s’il lui plaisait de rĂ©clamer cette peine. Or qu’y a t il de sage, Socrate, dans un art qui prenant un homme bien douĂ© le rend pire », impuissant Ă  se dĂ©fendre et Ă  sauver des plus grands dangers, soit lui-mĂȘme, soit tout autre, qui l’expose Ă  ĂȘtre dĂ©pouillĂ© de tous ses biens par ses ennemis et Ă  vivre absolument sans honneur dans sa patrie ? Un tel homme, si l’on peut user de cette expression un peu rude, on a le droit de le souffleter impu­ moi donc, mon bon ami, renonce Ă  tes arguties, cultive la belle science des affaires, exerce toi Ă  ce qui te donnera la rĂ©putation d’un habile homme ; laisse Ă  d’autres ces gentillesses », de quelque nom, radotages ou niaiseries, qu’il faille les appeler, qui te rĂ©duiront Ă  habiter une maison vide. Prends pour modĂšle non pas des gens qui ergotent sur ces bagatelles, mais ceux qui ont du bien, de la rĂ©putation et mille autres avantages. » Gorgias, Platon Le cas de Socrate semble confirmer cela condamnĂ© Ă  mort en 399 pour impiĂ©tĂ© et corruption de la jeunesse. c’est un exercice sans consĂ©quence, mĂȘme si les philosophes vantent les suites de la vĂ©ritĂ© » comme Epicure qui prĂ©tend que la philosophie rend heureux, la dĂ©sillusion, la luciditĂ© peut ĂȘtre douloureuse, notre bonheur ne dĂ©pend pas que de nous, et il y a d’autres moyens plus sĂ»rs de l’amĂ©liorer les applications techniques de la science santĂ©, exploitation de la nature, allĂ©gement du travail, tĂ©lĂ©communications,
 ou le divertissement par l’art ou la consolation par la religion. La philosophie dĂ©tourne de l’action, paralyse d’oĂč l’idĂ©e de Descartes d’une morale provisoire pour rĂ©pondre Ă  l’urgence de l’action, en attendant une morale appuyĂ©e sur des fondements rationnels, clairs et distincts Ă  dĂ©couvrir. II. mais on n’ en a pas le droit, car 1. la pilule bleue n’existe pas on ne peut pas faire comme si on ne savait pas, 2. on ne peut pas vouloir le mal en sachant que c’est mal or selon Hannah Arendt ne pas penser entraĂźne une “extraordinaire superficialitĂ©â€ qui peut conduire Ă  faire le mal cas Eichmann 3. avoir le choix prĂ©suppose la libertĂ©, or il peut apparaĂźtre que nous n’ayons pas la libertĂ© de renoncer Ă  notre humanitĂ© qui pour les philosophes consistent dans la pensĂ©e Pascal “roseau pensant”, Descartes”la puissance de bien juger est la seule chose qui nous rend hommee et nous distingue de la nature”, 
 4. diffĂ©rence entre utilitaire et utile; agrĂ©able et bon. On peut ici faire rĂ©fĂ©rence Ă  la dĂ©finition de l’Utile propre de Spinoza dans L’éthique 4, PROPOSITION XX Plus chacun s’efforce et plus il est capable de chercher ce qui lui est utile, c’est-Ă -dire de conserver son ĂȘtre, plus il a de vertu ; au contraire, en tant qu’il nĂ©glige de conserver ce qui lui est utile, c’est-Ă -dire son ĂȘtre, il marque son impuissance. » Donc ce qui est utile, c’est ce qui est en accord avec notre nature. J’aurais voulu premiĂšrement y expliquer ce que c’est que la philosophie, en commençant par les choses les plus vulgaires, comme sont que ce mot de philosophie signifie l’étude de la sagesse, et que par la sagesse on n’entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santĂ© et l’invention de tous les arts ; et qu’afin que cette connaissance soit telle, il est nĂ©cessaire qu’elle soit dĂ©duite des premiĂšres causes, en sorte que pour Ă©tudier Ă  l’acquĂ©rir, ce qui se nomme proprement philosopher, il faut commencer par la recherche de ces premiĂšres causes, c’est-Ă -dire des principes; et que ces principes doivent avoir deux conditions l’une, qu’ils soient si clairs et si Ă©vidents que l’esprit humain ne puisse douter de leur vĂ©ritĂ©, lorsqu’il s’applique avec attention Ă  les considĂ©rer; l’autre, que ce soit d’eux que dĂ©pende la connaissance des autres choses, en sorte qu’ils puissent ĂȘtre connus sans elles, mais non pas rĂ©ciproquement elles sans eux; et qu’aprĂšs cela il faut tĂącher de dĂ©duire tellement de ces principes la connaissance des choses qui en dĂ©pendent, qu’il n’y ait rien dans la suite des dĂ©ductions qu’on en fait qui ne soit trĂšs manifeste. 
 J’aurais ensuite fait considĂ©rer l’utilitĂ© de cette philosophie, et montrĂ© que, puisqu’elle s’étend Ă  tout ce que l’esprit humain peut savoir, on doit croire que c’est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d’autant plus civilisĂ©e et polie que les hommes y philosophent mieux; et ainsi que c’est le plus grand bien qui puisse ĂȘtre dans un État que d’avoir de vrais philosophes. Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n’est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s’appliquent Ă  cette Ă©tude, mais qu’il est incomparablement meilleur de s’y appliquer soi-mĂȘme; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par mĂȘme moyen de la beautĂ© des couleurs et de la lumiĂšre, que non pas de les avoir fermĂ©s et suivre la conduite d’un autre; mais ce dernier est encore meilleur que les tenir fermĂ©s et n’avoir que soi pour se conduire. Or, c’est proprement les veux fermĂ©s sans tĂącher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue dĂ©couvre n’est point comparable Ă  la satisfaction que donne la connaissance celles qu’on trouve par la philosophie; et, enfin, cette Ă©tude est plus nĂ©cessaire pour rĂ©gler nos mƓurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bĂȘtes brutes, qui n’ont que leur corps Ă  conserver, s’occupent continuellement Ă  chercher de quoi le nourrir; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins Ă  la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture.. » Principes de la philosophie, Descartes, 1644 Nous nous dĂ©finissons humainement par ce superflu qui, selon la formule connue, est plus nĂ©cessaire que le nĂ©cessaire, et qui n’est autre chose que l’esprit. Non que l’on ne puisse vivre sans penser, mais par dĂ©finition mĂȘme, une telle vie est, humainement parlant, dĂ©nuĂ©e de sens. Car c’est l’esprit qui, chez l’homme, donne un sens Ă  la vie. La vie n’a de sens que pour l’homme spirituel qui est en chacun de nous, mais souvent en sommeil. Et la dignitĂ© de l’homme consiste en cela seul qu’il peut concevoir qu’une certaine dignitĂ© est de son essence. Par quoi l’homme est tout autre chose qu’un animal il est un animal conscient de transcender l’animalitĂ©; il est un animal mĂ©taphysique». Initiation Ă  la philosophie, Marcel Deschoux
Quandl’ignorance se met Ă  oser, c’est qu’elle a en elle une boussole. Cette boussole, c’est l’intuition du vrai, plus claire parfois dans un esprit simple que dans un esprit compliquĂ©. novembre 9, 2011 FrĂ©dĂ©rick JĂ©zĂ©gou . Rien n’égale la timiditĂ© de l’ignorance, si ce n’est sa tĂ©mĂ©ritĂ©. Quand l’ignorance se met Ă  oser, c’est qu’elle a en elle une boussole
Introduction Nous allons Ă©tudier dans le cadre de notre dĂ©finition de la philosophie, les modĂšles de rĂ©flexion philosophique, nous nous concentrerons sur les modĂšles proposĂ©s par Platon, comme l’étonnement, Descartes, comme le doute et par Socrate, l’ironie et la dialectique permettant le passage de l’ignorance qui s’ignore Ă  la l’ignorance qui se sait ignorante, nous avons ainsi l’illustration du passage du pseudo savoir au savoir. Les meilleurs professeurs de Philosophie disponibles4,9 17 avis 1er cours offert !5 152 avis 1er cours offert !5 77 avis 1er cours offert !5 63 avis 1er cours offert !5 24 avis 1er cours offert !5 15 avis 1er cours offert !5 14 avis 1er cours offert !5 20 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !5 152 avis 1er cours offert !5 77 avis 1er cours offert !5 63 avis 1er cours offert !5 24 avis 1er cours offert !5 15 avis 1er cours offert !5 14 avis 1er cours offert !5 20 avis 1er cours offert !C'est partiLes modĂšles de la rĂ©flexion philosophique Nous entendons par rĂ©flexion, le retour de l’esprit sur lui-mĂȘme, c’est le fait pour la pensĂ©e de revenir sur elle-mĂȘme, dans ce cas de figure, nous avons Ă  faire Ă  une conscience rĂ©flexive, un degrĂ© supplĂ©mentaire Ă  la conscience spontanĂ©e. La rĂ©flexion philosophique admet des modĂšles et des points de dĂ©part. Nous savons que le point de dĂ©part de la philosophie platonicienne est l’étonnement, il faut savoir s’étonner pour s’ouvrir aux choses. C’est le cas pour l’ensemble de ses dialogues, ses trente deux Ă©crits, tous aporĂ©tiques, c’est-Ă -dire, n’ayant pas de conclusion, ils se terminent en fait par une question qui s’ouvre sur un nouveau dialogue. La philosophie devient un vĂ©ritable questionnement. Il met en scĂšne un certain nombre d'interlocuteurs en face de Socrate. Ainsi, une question apporte des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse qui soulĂšvent Ă  leur tour d'autres questions. Chaque affirmation d'un interlocuteur donne lieu grĂące Ă  l'interrogation socratique, Ă  une autre interrogation. Socrate pose l'ironie comme point de dĂ©part philosophique; Il est l'incarnation de l'humilitĂ© philosophique au sens oĂč il affirme, je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien». L'attitude des interlocuteurs qui croient savoir s'oppose Ă  celle d'un Socrate qui avoue qu'il sait qu'il ne sait pas. Nous sommes ainsi confrontĂ© Ă  un Socrate qui nous enseigne que l’ignorance s’ignore et qui par le biais de la dialectique, nous fait passer d’une ignorance qui s’ignore Ă  un ignorance qui se sait. Nous pouvons citer comme autre modĂšle le doute cartĂ©sien qui est exposĂ© dans les mĂ©ditations. Nous savons que le doute est le point de dĂ©part de la rĂ©flexion philosophique qui nous amĂšne au cogito ergo sum, il est Ă  la base d'une longue rĂ©flexion et a pour caractĂ©ristiques d'ĂȘtre tant mĂ©thodique hyperbolique. Son ignorance est une ignorance qui se sait, qui se connait. Elle entre en contradiction avec l'ignorance qui s'ignore de ses interlocuteurs; Nous sommes ici en prĂ©sence d'un pseudo savoir, d'un faux savoir. Ce cheminement socratique de la pensĂ©e est rendu possible grĂące Ă  la dialectique; nous entendons par dialectique, la confrontation de deux thĂšses opposĂ©es, une thĂšse et une antithĂšse. Ainsi que nous l'affirme Platon dans son dialogue intitulĂ© Le ThéétĂšte. Socrate est comme sa mĂšre qui Ă©tait sage-femme, il accouche les esprits en les aidant Ă  mettre au jour les contradictions qu'ils portent en eux-mĂȘmes. Il fait accoucher les esprits de leur pseudo savoir. La mĂ©thode socratique la dialectique L'ironie L'ironie reflĂšte l'aptitude de celui qui interroge en feignant l'ignorance afin de faire en sorte que l'interrogĂ© se remette en question. Nous avons en premier lieu, La maĂŻeutique qui se dĂ©finit par l'art d'accoucher les esprits du vide dont ils sont pleins. Il s'agit de montrer le vide de celui qui croyait savoir. Il faut pour cela souligner les contradictions de celui qui croit savoir et qui ignore son ignorance. Socrate accouche les esprits comme sa mĂšre, sage femme accouchait les corps. L'Ă©lenctique, terme scolastique qui signifie, rĂ©futatio, rĂ©futation. Il faut Ă  ce niveau second, montrer les contradictions dans l'art cathartique, technique libĂ©ratrice de la pseudo connaissance. L'anatreptique, cette derniĂšre Ă©tape correspond au renversement opĂ©rĂ© par le respect des trois Ă©tapes de la mĂ©thode, tout se ramĂšne en fait Ă  la maĂŻeutique DĂ©couvrez comment trouver un philo cours. La valeur de la mĂ©thode La mĂ©thode socratique permet de passer du vrai au faux, nous sommes renvoyĂ©s Ă  la nĂ©cessitĂ© de passer du sensible Ă  l’intelligible qui Ă©tait le souci premier de Platon ainsi que le suggĂšre le mythe de la caverne ». Il s’agit pour l’homme de saisir l’idĂ©e en soi des choses, c’est-Ă -dire l’essence. Il nous faut sortir du monde empirique et celui des opinions pour un monde philosophique d’idĂ©es.
Les6 signes qui prouvent que c’est une vraie amitiĂ©. 1. L’amitiĂ©, c’est savoir DONNER. Donner est vraiment important dans une relation amical, mais il est important de ne pas avoir des attentes en retour. En fait, il faut donner sans nĂ©cessairement recevoir en retour. Cependant, si vous ĂȘtes toujours la seule personne qui donne, vous
Les 62 citations et proverbes science. La tĂȘte est Ă  la science ce qu'est le bocal aux cornichons. Citation de Jean-Louis-Auguste Commerson ; La petite encyclopĂ©die bouffonne 1860 La science est le bec de gaz de l'humanitĂ©. Citation de Jean-Louis-Auguste Commerson ; La petite encyclopĂ©die bouffonne 1860 L'hypothĂšse est le chemin qui conduit Ă  la science. Citation de Victor Cherbuliez ; Samuel Brohl et compagnie 1877 Dans les arts comme dans les sciences, ceux qui pourraient tirer le plus grand parti des rĂšgles, sont prĂ©cisĂ©ment ceux qui en ont le moins besoin. Citation de Chauvot de BeauchĂȘne ; Les maximes, rĂ©flexions et pensĂ©es diverses 1819 Aujourd'hui on doute de tout sauf de la chose la plus douteuse la Science. Citation de Jean Dutourd ; Le carnet d'un Ă©migrĂ© 1973 L'Ă©cole, c'est le creuset oĂč fermentent toutes les imaginations que la science Ă©claire de sa flamme vive. Citation de Henri Rolland de Villarceaux ; L'Ă©colier 1840 Il m'est arrivĂ© dans les sciences la mĂȘme chose qu'Ă  l'homme qui se lĂšve de grand matin, et qui, dans le crĂ©puscule, attend l'aurore, puis le soleil, avec impatience, et, quand l'astre paraĂźt, se trouve Ă©bloui. Citation de Johann Wolfgang von Goethe ; Les maximes et rĂ©flexions 1749-1832 Le progrĂšs des sciences est l'ouvrage du temps et de la hardiesse de l'esprit. Citation de Voltaire ; Le siĂšcle de Louis XIV 1751 La science est une belle chose, mais rien n'est pire qu'une fausse science. Citation de Victor Cherbuliez ; Les pensĂ©es extraites de ses Ɠuvres 1913 Les scientifiques sont des gens affligĂ©s par le besoin maladif de tout expliquer. Citation de GrĂ©goire Lacroix ; Le penseur malgrĂ© lui 2012 Miracle de la science on vient enfin de mettre au point une hormone de croissance grĂące Ă  laquelle les bonsaĂŻs pourront, en peu de temps, atteindre la taille d'un arbre normal. Citation de GrĂ©goire Lacroix ; Le penseur malgrĂ© lui 2012 La science n'est rien dans l'ombre ensevelie En la communiquant, l'esprit la multiplie. Citation de Edward Young ; Les nuits 1742 Beaucoup de science dĂ©couvre Ă  l'homme sa vaste ignorance. Citation de Edward Young ; Les nuits 1742 Chaque jour a sa science qu'il t'offre. Citation de Anne Barratin ; De toutes les paroisses 1913 Les sciences naturelles ont tuĂ© la superstition et la crĂ©dulitĂ©. Citation de Pierre-Claude-Victor Boiste ; Le dictionnaire universel 1800 La science donne en peu de temps l'expĂ©rience de plusieurs siĂšcles. Citation de Antoine Claude Gabriel Jobert ; Le trĂ©sor de pensĂ©es 1852 Le plus noble prix de la science est le plaisir d'Ă©clairer l'ignorance. Citation de Charles-IrĂ©nĂ©e Castel de Saint-Pierre ; Les pensĂ©es de l'abbĂ© de Saint-Pierre 1743 Les sciences psychologiques resteront oĂč elles gisent, c'est-Ă -dire dans les tĂ©nĂšbres et la folie, tant qu'elles n'auront pas une nomenclature exacte, qu'il sera permis d'employer la mĂȘme expression pour signifier les idĂ©es les plus diverses. Quand on embrouille les catĂ©gories, adieu la morale ! Citation de Gustave Flaubert ; Lettre Ă  George Sand, le 29 septembre 1966. La science est encore la moins ennuyeuse des bĂȘtises ; j'aime mieux un livre que le billard, mieux une bibliothĂšque qu'un cafĂ©, c'est une gourmandise qui, si elle rend puant, ne fait jamais vomir. Citation de Gustave Flaubert ; Lettre Ă  Ernest Chevalier, le 29 mars 1841. La science est un cadran qui marque l'heure du progrĂšs accompli. Citation de Émile de Girardin ; Les pensĂ©es et maximes 1867 La science est un trĂ©sor dont l'usage fait le prix chaque fois que vous instruisez, celui qui vous interroge, vous augmentez votre science. Citation de Mocharrafoddin Saadi ; Le Gulistan, ou Le jardin des roses - XIIIe siĂšcle. L'objet de la science est de connaĂźtre la vĂ©ritĂ© ; son occupation, de la chercher ; son caractĂšre, de l'aimer ; les moyens de l'acquĂ©rir sont de renoncer aux passions, de fuir la dissipation et l'oisivetĂ©. Citation de Jean-Jacques Rousseau ; Esprit, maximes et principes 1764 La science est le calcul fait au plus juste de ce qu'on croyait savoir, et qu'on ne sait pas. Citation de Joseph Michel Antoine Servan ; Extrait d'un portefeuille 1807 Il n'y a qu'une science Ă  enseigner aux enfants, c'est celle des devoirs de l'homme. Citation de Jean-Jacques Rousseau ; Émile, ou De l'Ă©ducation 1762 La morale est la plus importante des sciences divines et humaines. Citation de Victor Cherbuliez ; Les hommes et les choses du temps prĂ©sent 1883 La science est comme l'amour ; il en faut avoir beaucoup pour en connaĂźtre les plus douces jouissances. Citation de Chauvot de BeauchĂȘne ; Les maximes, rĂ©flexions et pensĂ©es diverses 1819 La science humaine et le mystĂšre se touchent nĂ©ant de l'homme, grandeur de Dieu. Citation de Alfred Auguste Pilavoine ; Les pensĂ©es, mĂ©langes et poĂ©sies 1845 Une demi-science est la pire des ignorances, car non seulement elle ne sait pas qu'elle ignore, mais elle veut encore trĂšs souvent savoir ce qu'elle ne sait pas. Citation de Alfred Auguste Pilavoine ; Les pensĂ©es, mĂ©langes et poĂ©sies 1845 Quand la science est un danger, l'ignorance est une sauvegarde. Citation de Alfred Auguste Pilavoine ; Les pensĂ©es, mĂ©langes et poĂ©sies 1845 Un peu de science rend prĂ©somptueux, beaucoup de science rend humble l'homme voit d'autant mieux son nĂ©ant qu'il s'approche plus prĂšs de l'Être. Citation de Alfred Auguste Pilavoine ; Les pensĂ©es, mĂ©langes et poĂ©sies 1845
Doncle philosophe aurait en plus de la conscience de son ignorance le seul souci de la vĂ©ritĂ© et une prĂ©disposition Ă  la chercher qui pourrait ĂȘtre la capacitĂ© Ă  s’étonner ou une sorte de savoir confus que les choses ne sont pas nĂ©cessairement ce qu’elles semblent ĂȘtre, qu’il n’y a rien d’évident. Il est vrai que nous avons d’autres soucis que celui
Ce nouveau cycle d'Ă©missions enregistrĂ©es en public au Théùtre de l’OdĂ©on s’intitule Ce qu’on sait, ce qu’on ne sait pas ». L’idĂ©e qui nous a menĂ©s vers cette problĂ©matique est assez simple. Elle provient du constat que la connaissance et l’ignorance se tiennent par la barbichette ignorer qu’on ignore, c’est, de fait, ne rien savoir ; tandis que savoir qu’on ignore, c’est vraiment savoir, puisque cela suppose de connaĂźtre tout ce qui est dĂ©jĂ  Ă©tabli, et d’ĂȘtre capable de dĂ©tecter ce qui fait encore trou dans la connaissance, de dĂ©celer ses manques et ses lacunes. Croire savoir sans savoir, voilĂ  la vraie pathologie du savoir. C’est pourquoi l’ignorance est la grande affaire des sachants, des spĂ©cialistes, des experts, et non pas celle des ignares. Car savoir ignorer, ce n’est pas ignorer le savoir, mais au contraire savoir ce qu’il ne contient pas, et constamment l’inquiĂ©ter. Pour commencer ce cycle, nous allons nous demander quelle est la part du vrai et du faux dans ce que propose internet informations, intoxications, croyances, faits alternatifs, rumeurs, comment Ă©chapper Ă  la manipulation numĂ©rique ? InvitĂ© GĂ©rald Bronner, professeur de sociologie Ă  l’universitĂ© Paris-Diderot. Ses travaux portent sur la sociologie des croyances collectives et la cognition humaine. Il est l’auteur de nombreux articles et livres scientifiques remarquĂ©s dont La DĂ©mocratie des crĂ©dules PUF, 2013 et de La PensĂ©e extrĂȘme 2009, rééd. PUF 2016.

30Dieu, il est vrai, a fermĂ© les yeux sur les temps d’une telle ignorance, mais il annonce maintenant aux humains qu’ils aient, tous et partout, Ă  se repentir. 31 Car il a fixĂ© un jour oĂč il doit juger la terre habitĂ©e avec justice par un homme qu’il a Ă©tabli, offrant Ă  tous une garantie en le ressuscitant d’entre les morts.’”

SociĂ©tĂ© La pandĂ©mie de Covid-19 a rendu les savants fous pour le plus grand bonheur du politique, explique notre chroniqueur Guillaume Bigot. PubliĂ© le 22 dĂ©cembre 2020 Ă  10h00 Emmanuel Macron, Olivier VĂ©ran et JĂ©rĂŽme Salomon. Photo © Bertrand GUAY / POOL / AFP La pandĂ©mie de Covid-19 est un Ă©vĂ©nement imprĂ©visible qui a pris le monde entier au dĂ©pourvu. Du jour au lendemain, il a fallu s’y adapter et prendre des dĂ©cisions dans l’urgence. C’est ainsi que naturellement, les dĂ©cideurs se sont tournĂ©s vers les mĂ©decins et les experts pour savoir quoi penser et quoi faire de ce virus inconnu. Avec un peu de recul, on rĂ©alise que les scientifiques eux-mĂȘmes ont Ă©tĂ© pris au dĂ©pourvu et que nombre d’entre eux ont abandonnĂ© ce qui fondait leur supĂ©rioritĂ©, c’est-Ă -dire, leur extrĂȘme rigueur mĂ©thodologique. On se souvient du Lancetgate oĂč l’un des meilleurs journaux mĂ©dicaux du monde s’est en partie dĂ©crĂ©dibilisĂ© en publiant une Ă©tude bidonnĂ©e uniquement destinĂ©e Ă  prouver la dangerositĂ© supposĂ©e de l’hydroxychloroquine. Un article qui a finalement Ă©tĂ© retirĂ©. Or, l’arbre du Lancetgate cache une forĂȘt d’approximations. C’est ce que tend Ă  prouver un article passionnant qui vient de paraĂźtre dans BMC Medical Research Methodology, l’une des meilleures revues de mĂ©thodologie mĂ©dicale du monde. Un consortium de chercheurs français, chinois et amĂ©ricains en Ă©pidĂ©miologie et statistiques a passĂ© au peigne fin les 11 000 Ă©tudes scientifiques consacrĂ©es Ă  la Covid pendant la premiĂšre vague pandĂ©mique. Le rĂ©sultat de leur grande Ă©tude des Ă©tudes est Ă©difiant. 30% des publications Ă©taient des preprints, c’est-Ă -dire n’ayant pas Ă©tĂ© revues par un comitĂ© de lecture. Parmi les Ă©tudes revues, 60% Ă©taient de simples lettres d’opinions, des avis ou des Ă©ditoriaux ne contenant aucune donnĂ©e. Donc, seulement 10 % des publications dans des journaux scientifiques consacrĂ©es au Covid Ă©taient vraiment scientifiques. Plus surprenant encore, 80% de ces 10 % d’études comportaient des biais importants. C’est pourtant sur le fondement de ces 11 000 Ă©tudes que des dĂ©cisions politiques et Ă©conomiques ont Ă©tĂ© prises. Le consortium de chercheurs ne vise pas Ă  dĂ©crĂ©dibiliser la recherche scientifique. Ils reconnaissent simplement que le Covid a produit une sorte d’urgence Ă  publier. Si les scientifiques ont Ă©tĂ© victimes d’un effet d’emballement, les politiques les ont peu aidĂ© Ă  rĂ©sister Ă  la pression. Lorsqu’ils sont associĂ©s Ă  la dĂ©cision, les experts tendent hĂ©las Ă  dire au pouvoir ce qu’il a envie d’entendre. C’est ce que l’on a vu, cette semaine encore, avec le rapport commandĂ© par le gouvernement, rĂ©alisĂ© par l’Institut Pasteur et pilotĂ© par le professeur Fontanet, membre du conseil scientifique. Ce rapport trĂšs attendu est consacrĂ© aux mĂ©canismes et aux lieux de transmission de la Covid. Cette Ă©tude est d’abord trĂšs questionnable sur le plan mĂ©thodologique puisqu’elle portait sur 25 640 contaminĂ©s dont Ă  peine 8 % ont rĂ©pondu Ă  l’enquĂȘte. Ensuite, elle tend notamment Ă  montrer que si la fermeture des commerces Ă©tait inutile, celle des bars et des restaurants Ă©tait parfaitement fondĂ©e. Le seul hic, c’est que les bars et les restaurants Ă©taient dĂ©jĂ  partiellement fermĂ©s lorsque l’étude a dĂ©marrĂ©e. Un obstacle balayĂ© par le professeur Fontanet qui laisse entendre qu’il y a eu des bars et restaurants ouverts de façon clandestine pendant le confinement ». Ce genre de supputations n’a, bien sĂ»r, rien de scientifique. Il est facile de faire dire Ă  une Ă©tude ce qu’elle ne dit pas. Celle-ci ne vaut souvent que par l’interprĂ©tation et la prĂ©sentation qui en est faite. Si la science, convenablement appliquĂ©e, est fiable, les scientifiques ne le sont pas toujours. La vraie science, disait Montaigne, est toujours une ignorance qui se sait. Quant aux effets de la frĂ©quentation du pouvoir, laissons la parole Ă  Jean de la Fontaine Il ne faut Ă  la cour ni trop voir, ni trop dire. » Et lorsque le pouvoir est déçu par le rĂ©sultat d’une expertise scientifique, le mieux est encore de demander Ă  l’expert de revoir sa copie afin de ne pas contredire la politique. On n’est jamais mieux servi que par soi-mĂȘme. C’est exactement ce qu’a fait le directeur gĂ©nĂ©ral de la santĂ©, JĂ©rĂŽme Salomon, lorsqu’il a pris connaissance des conclusions du rapport du professeur Stahl. Ce rapport, remis en aoĂ»t 2018, recommandait la reconstitution d’un stock d’un milliard de masques en cas de pandĂ©mie. Comme l’a rĂ©vĂ©lĂ© la Commission d’enquĂȘte du SĂ©nat, JĂ©rĂŽme Salomon n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  demander Ă  ce professeur au CHU de Grenoble de reformuler les conclusions de son rapport pour ne pas contredire trop ouvertement la politique gouvernementale de restriction budgĂ©taire.
Lavraie science est une ignorance qui se sait. Montaigne . Psychologie et SantĂ© IntĂ©gratives. Accompagnements individuels et formations. Accueil > Inspirations > La vraie science est une ignorance qui se Inspirations avoir raison Deux maniĂšres de se tromper Acceptation et changement Émerveillement Attention Souffrir Ce qui dĂ©pend de nous

Tout homme est un criminel qui s’ignoreAlbert Camus Ignorant d’oĂč je viens, incertain oĂč je vaisAlphonse de Lamartine L’ignorant affirme, le savant doute, le sage rĂ©flĂ©chitAristote La vraie science est une ignorance qui se saitMontaigne C’est la profonde ignorance qui inspire le ton dogmatiqueJean de La BruyĂšre Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemiJean de La Fontaine L’ignorance est la mĂšre des traditionsMontesquieu La libertĂ© commence oĂč l’ignorance finitVictor Hugo Ce qu’on ne voit pas, on peut l’ignorerGraham GreenePost Views 342← Article prĂ©cĂ©dent Hypocrisie citations Article suivant Intelligence citations ➔Top articles

Définitiond'ignorance Etymologie: du latin ignoratio, action d'ignorer, défaut de connaissance, ignorance, dérivé du verbe ignorare, ignorer, ne pas savoir, ne pas connaßtre, méconnaßtre. L'ignorance est : l'état de celui qui ignore quelque chose, qui ne sait pas : qui n'est pas au courant de quelque chose. Exemple : j'étais dans l'ignorance de votre visite.
La science n’explique pas tout ! Vous avez dĂ©jĂ  entendu, lu ou prononcĂ© cette sentence. Elle tombe dans un dĂ©bat ou dans une discussion au moment oĂč il faudrait avouer que l’on n’a pas d’argument pour soutenir une opinion sur un phĂ©nomĂšne non expliquĂ© voire non avĂ©rĂ©. Elle abonde Ă  la bouche de ceux qui veulent croire aux voyages astraux ou au pouvoir de guĂ©rison des pierres. Puisque la science n’explique pas tout, il faudrait accepter que leur conviction personnelle, souvent fondĂ©e sur des ouĂŻ-dire, est raisonnable. Il faudrait respecter leur opinion. Respecter est ici le maĂźtre mot, mais dans ce contexte il a le sens un peu particulier que l’on est priĂ© de se retenir de critiquer, de questionner, de demander des preuves. Puisque la science a ses limites, alors on veut pouvoir croire Ă  l’existence du Monstre du Loch Ness, mais surtout on veut pouvoir le dire sans recevoir de contredit. Au nom de la libertĂ©. Sauf que non. Cela ne fonctionne pas de cette maniĂšre. Moi j’ai raison, parce que la science n’explique pas tout. » N’est pas un argumentaire trĂšs puissant. Tout ne s’explique pas ? Expliquer, ce n’est pas produire une agrĂ©able narration, un rĂ©cit confortable, c’est dĂ©crire la chaĂźne causale d’évĂ©nements qui produit le phĂ©nomĂšne dont il est question. Expliquer est donc une tĂąche ardue qui nĂ©cessite de franchir d’innombrables obstacles entre la nature telle qu’elle existe dans son infinie complexitĂ© et notre comprĂ©hension de ce qui s’y passe. La science implique un travail laborieux, lent, et elle affiche des rĂ©sultats imparfaits, souvent approximatifs. Mais ce sont des rĂ©sultats fiables, et ce n’est pas rien. Pour frustrante que soit notre ignorance, il serait sage de ne pas oublier que le peu que l’on sait n’a pas Ă©tĂ© acquis par la transcommunication instrumentale, par le chamanisme, l’astrologie, la mĂ©ditation ou la priĂšre, mais bien par l’utilisation d’une mĂ©thodologie rationnelle et sans cesse raffinĂ©e. La science n’explique pas tout, mais ce qu’elle n’explique pas, on se demande bien qui saurait l’expliquer mieux, et comment l’on pourrait Ă©valuer la validitĂ© de ce savoir. En effet une connaissance que l’on ne sait pas justifier est-elle toujours une connaissance ? Quand, deux fois par jour, une montre cassĂ©e indique l’heure exacte, en devient-elle fiable ? Science sans conscience, etc. Oui, nous connaissons Rabelais aussi. Celui qui dit la science a ses limites », pose souvent ce prĂ©ambule Ă  une affirmation sans preuve parfois elle est improuvable du reste que l’on devrait accepter pour vraie au nom de tout ce qu’on ignore sur l’univers. Ce sophisme se nomme l’appel Ă  l’ignorance. On peut toujours se dire oui mais si jamais X est vrai, alors... » et imaginer des litanies de consĂ©quences toute parsemĂ©es d’hypothĂšses ad hoc. Sur la base de ce que l’on ignore Ă  propos de phĂ©nomĂšnes hypothĂ©tiques, on peut construire des histoires cohĂ©rentes, c’est d’ailleurs le point de dĂ©part de beaucoup d’Ɠuvres de fiction. Or, on ne demande pas Ă  la fiction de nous dĂ©crire comment marche le monde, et en Ă©change elle ne prĂ©tend pas le faire. On explique quand mĂȘme pas mal de choses. Tout phĂ©nomĂšne que les sens humains nous permettraient d’observer est accessible Ă  l’expĂ©rimentation scientifique. Ce n’est pas forcĂ©ment facile, cela peut nĂ©cessiter des protocoles complexes, longs, rĂ©barbatifs, mais il n’y a aucune raison pour dire par exemple que la communication avec les dĂ©funts ou le voyage astral Ă©chapperait Ă  la rĂšgle. MĂȘme des phĂ©nomĂšnes rĂ©putĂ©s immatĂ©riels peuvent ĂȘtre Ă©tudiĂ©s, puisque ceux qui les rapportent sont faits de matiĂšre, possĂšdent un cerveau Ă©galement fait de matiĂšre, et que l’on peut observer cette matiĂšre et mettre en place des protocoles dans lesquels le phĂ©nomĂšne prĂ©sumĂ© a une action sur cette matiĂšre. La science n’explique pas tout » est alors un faux-fuyant qu’emploient ceux qui veulent continuer de croire en s’exonĂ©rant de tout effort pour prouver ce qu’ils disent. Bien sĂ»r, rien ne les oblige Ă  prouver ce qu’ils pensent, rien ne doit empiĂ©ter sur leur libertĂ© de le penser. C’est un droit primordial. De mĂȘme nous devons jouir de la libertĂ© primordiale de rappeler Ă  ceux qui voudraient convaincre les autres de la justesse de leurs thĂšses sur tel ou tel phĂ©nomĂšne, qu’il existe un moyen connu, reconnu, Ă©prouvĂ©, pour eux de le faire. Ce n’est pas en vendant des livres, des confĂ©rences ou des films. Ce n’est pas en racontant des histoires sympathiques. Ce n’est pas non plus en dĂ©nigrant le travail des autres ou en jouant la victime offensĂ©e par le scepticisme lĂ©gitime qui accueille leurs prĂ©tentions. Non, ce moyen de faire leurs preuves, c’est la pensĂ©e mĂ©thodique, rigoureuse, expĂ©rimentale, ouverte, rĂ©futable. Bref, c’est la science qui prouvera l’existence de l’ñme si l’ñme existe ; c’est la science qui prouvera l’éventuelle existence de n’importe quel phĂ©nomĂšne paranormal. On peut le dire avec une certaine assurance parce que c’est ce que nous enseigne l’histoire du savoir humain. Aucune connaissance apportĂ©e par la science n’a jamais Ă©tĂ© rĂ©futĂ©e par une mĂ©thode magique ou par l’intuition. Quand une connaissance scientifique devient caduque, c’est toujours le rĂ©sultat de plus de science. 
 Jusqu’à preuve du contraire. C’est pour ces bonnes raisons que vous ne pouvez vous attendre Ă  voir les gens rationnels Ă©pouser votre opinion si vous ne vous astreignez pas Ă  l’étayer avec des arguments vĂ©rifiables, avec des preuves rĂ©futables. Et c’est pourquoi encore, si vous Ă©chouez Ă  convaincre les sceptiques, la raison de cet Ă©chec est Ă  rechercher en premier lieu dans l’hypothĂšse que votre opinion mĂ©rite d’ĂȘtre revue et corrigĂ©e.
Onne saurait trop se défier de ce qu'on sait, et trop se hùter d'apprendre ce qu'on ignore. Une demi-science est la pire des ignorances, car non seulement elle ne sait pas qu'elle ignore, mais elle veut encore trÚs souvent savoir ce qu'elle ne sait pas. Citation de Alfred Auguste Pilavoine; Les pensées, mélanges et poésies (1845) La vraie modestie est dans
Les citations cĂ©lĂšbres sur la science 2 Les citations, pensĂ©es et mots de cĂ©lĂ©britĂ©s Aucune science ne profite Ă  celui qui n'y prend goĂ»t. Fernando de Rojas ; La CĂ©lestine - XVIe siĂšcle. De tous les biens, la science est le plus grand, parce qu'on ne peut ni l'enlever Ă  autrui, ni l'acheter, et qu'elle est impĂ©rissable. Gustave Le Bon ; Les civilisations de l'Inde 1893 En matiĂšre de vraie science il y a autant Ă  dĂ©sapprendre qu'Ă  apprendre. Adolphe d'Houdetot ; Dix Ă©pines pour une fleur 1853 Il en est de la science comme de la santĂ© dont on ne connaĂźt jamais mieux le prix que lorsqu'on en a fait un mauvais usage. Adolphe d'Houdetot ; Dix Ă©pines pour une fleur 1853 La science, quand elle est bien digĂ©rĂ©e, n'est que du bon sens et de la raison. Stanislas Leszczynski ; Le philosophe bienfaisant 1764 La mĂ©moire est la facultĂ© qui retient les choses, c'est l'Ă©tui de la science. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Que peut le soleil des sciences sur les gens du monde et du bon ton ? Produire le mĂȘme effet que l'autre soleil sur les glaces du pĂŽle, les argenter et les dorer de ses rayons, mais non les pĂ©nĂ©trer. Jean-Paul Richter ; Les pensĂ©es et rĂ©flexions 1829 La science de quiconque ne croit savoir que ce qu'il sait se rĂ©duit Ă  bien peu de chose. Jean-Jacques Rousseau ; Émile, ou De l'Ă©ducation 1762 La science est une lanterne sourde, qui n'Ă©claire que celui la porte. Louis Joseph Mabire ; Le dictionnaire de maximes 1830 La plus belle de toutes les sciences est celle de l'Ă©ducation des hommes. Victor Cousin ; Les premiers essais de philosophie 1817 Les beaux-arts sont le langage des passions, les sciences celui de la vĂ©ritĂ©. CĂ©cile FĂ©e ; Les maximes et pensĂ©es 1832 L'Ă©tude des sciences positives dĂ©veloppe la passion du vrai, comme l'Ă©tude des beaux-arts dĂ©veloppe l'enthousiasme du beau. CĂ©cile FĂ©e ; Les maximes et pensĂ©es 1832 L'Ɠil est l'emblĂšme de la science. Quand il s'ouvre, il voit d'abord tout en lui ; le progrĂšs de la vision consiste Ă  reculer toujours plus l'objet, Ă  allonger le rayon de sa sphĂšre jusqu'aux Ă©toiles fixes, jusqu'Ă  l'infini. La science voit d'abord tout en Dieu ; son progrĂšs est de reculer toujours plus la cause derniĂšre, d'Ă©tendre la rĂ©gion des causes secondes, d'augmenter le diamĂštre de la sphĂšre divine. Henri-FrĂ©dĂ©ric Amiel ; Journal intime, le 9 mars 1851. Dans les recherches essentielles de science, d'affaires ou de vertu, l'esprit est Ă  la raison ce qu'est le fard Ă  la beautĂ© il flatte au premier coup d'Ɠil, dĂ©plaĂźt au second, et flĂ©trit Ă  la longue. François-Rodolphe Weiss ; Les principes philosophiques et moraux 1785 La vraie beautĂ© ne consiste pas Ă  s'orner le visage, mais Ă  enrichir son Ăąme de science. ThalĂšs de Milet ; Les sentences et adages et maximes - VIe s. av. On peut comparer la science Ă  une belle lampe qui n'Ă©claire qu'autant que la raison s'engage Ă  l'allumer. Jean-NapolĂ©on Vernier ; Les fables, pensĂ©es et poĂ©sies 1865 Si un peu de science Ă©loigne de la poĂ©sie, beaucoup de science y ramĂšne. Victor Cherbuliez ; Miss Rovel 1875 La science est vaste, la vie humaine est bien courte. HonorĂ© de Balzac ; La peau de chagrin 1831 La science est un cadran qui marque l'heure du progrĂšs accompli. Emile de Girardin ; Les questions de mon temps 1836-1846 La vĂ©ritable science est celle qui est cachĂ©e dans le sein, et qu'on produit au dehors quand on veut. Citation persane ; Les sentences et pensĂ©es persanes 1793 Il n'y a qu'une science Ă  enseigner aux enfants, c'est celle des devoirs de l'homme. Jean-Jacques Rousseau ; Émile, ou De l'Ă©ducation 1762 La science, aujourd'hui, cherchera une source d'inspiration au-dessus d'elle ou pĂ©rira. Simone Weil ; La pesanteur et la grĂące 1940-1942 L'Ɠuf vient-il de la poule ou la poule de l'Ɠuf ? VoilĂ  toute la science. HonorĂ© de Balzac ; La peau de chagrin 1831 II en est de la science comme de la beautĂ©, qui doit plutĂŽt se laisser deviner que se montrer. Simon de Bignicourt ; Les pensĂ©es et rĂ©flexions philosophiques 1755 Voulez-vous apprendre les sciences avec facilitĂ© ? Commencez par apprendre votre langue. Étienne Bonnot de Condillac ; Le traitĂ© des systĂšmes 1749 La science ne sert guĂšre qu'Ă  nous donner une idĂ©e de l'Ă©tendue de notre ignorance. FĂ©licitĂ© Robert de Lamennais ; Les pensĂ©es diverses 1854 Qui cherche la science cherche la douleur ; il y a de grandes souffrances dans une grande intelligence. Érasme ; L'Ă©loge de la folie 1521 Le doute est le commencement de la science. Jean-Baptiste de La Roche ; Les pensĂ©es et maximes 1843 Ce n'est pas des richesses, mais de la science que dĂ©pend le bonheur. Antoine Arnauld ; La logique ou L'art de penser 1683 L'ignorance vaut mieux que cette fausse science qui fait que l'on s'imagine savoir ce qu'on ne sait pas. Antoine Arnauld ; La logique ou L'art de penser 1683 La science la plus nĂ©cessaire Ă  la vie humaine, c'est de se connaĂźtre soi-mĂȘme. Jacques-BĂ©nigne Bossuet ; La charitĂ© fraternelle 1666 La science est comme la terre on n'en peut possĂ©der qu'un peu. Voltaire ; Les pensĂ©es philosophiques 1862 On n'est jamais plus ignorant que par la science des choses inutiles. Jean-Jacques de LingrĂ©e ; Les rĂ©flexions, pensĂ©es et maximes 1814 L'Ă©ducation ne donne pas la science, mais les instruments de la science. Nicolas Massias ; Le rapport de la nature Ă  l'homme 1823 La science est le trĂ©sor de l'esprit, le discernement en est la clĂ©. William de Britaine ; La prudence humaine 1689 Avec la science et l'amour, on fait le monde. Anatole France ; Le livre de mon ami 1885 Le philosophe donne Ă  ses Ă©lĂšves sa propre science ; l'apĂŽtre n'est que le tĂ©moin de celui qui sait tout. Adam Mickiewicz ; Les maximes et sentences 1798-1855 La science conduit au savoir ; l'opinion conduit Ă  l'ignorance. Hippocrate ; La loi, IV - IVe s. av. La mort par maladie met la science en Ă©chec, elle a quelque chose d'absurde et d'injuste. Sacha Guitry ; Les pensĂ©es, maximes et anecdotes 1992 La science est la recherche de la connaissance exacte des phĂ©nomĂšnes. Francis Parker Yockey ; Imperium 1948
LabontĂ© n'est pas ignorance, c'est un savoir qui sait retrouver en chaque homme les Ă©nergies positives qu'il semblait avoir perdues. - Une citation de Roland Poupon. Citation CĂ©lĂšbre. Citations et proverbes â€ș Citations d'internautes â€ș Roland Poupon â€ș La bontĂ© n'est pas ignorance, c'est un savoir qui sait PensĂ©e de Roland Poupon sur Homme. Une citation
Les citations de Michel de Montaigne À chaque pied son soulier. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 La vraie science est une ignorance qui se sait. Michel de Montaigne ; Les pensĂ©es diverses 1580 Quand le faire et le dire vont ensemble, c'est une belle harmonie Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Il n'est pas de passion qui Ă©branle tant la sincĂ©ritĂ© des jugements comme la colĂšre. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Il n'est rĂ©plique si piquante que le mĂ©pris silencieux. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 La plus expresse marque de la sagesse, c'est une Ă©jouissance constante. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Le gain de notre Ă©tude, c'est en ĂȘtre devenu meilleur et plus sage. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 L'obstination et ardeur d'opinion est la plus sĂ»re preuve de bĂȘtise. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 La parole est moitiĂ© Ă  celui qui parle, moitiĂ© Ă  celui qui Ă©coute. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Il n'est rien qu'on doive tant recommander Ă  la jeunesse que l'activitĂ© et la vigilance. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Il n'est dĂ©sir plus naturel que le dĂ©sir de connaissance. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Il faut apprendre Ă  souffrir ce qu'on ne peut Ă©viter. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Qui craint de souffrir, il souffre dĂ©jĂ  de ce qu'il craint. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Il ne faut pas laisser au jugement de chacun la connaissance de son devoir. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 De toutes les vanitĂ©s, la plus vaine c'est l'homme. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 La vraie libertĂ©, c'est de pouvoir toute chose sur soi. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 L'amitiĂ© se nourrit de communication. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 L'Ă©loquence fait injure aux choses qui nous dĂ©tourne Ă  soi. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Le monde n'est que babil et ne vis jamais homme qui ne dise plutĂŽt plus que moins qu'il ne doit. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Le silence et la modestie sont qualitĂ©s trĂšs commodes Ă  la conversation. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Savoir par cƓur n'est pas savoir, c'est tenir ce qu'on a donnĂ© en garde Ă  sa mĂ©moire. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Toute autre science est dommageable Ă  celui qui n'a la science de la bontĂ©. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Toute Ăąme s'Ă©largit d'autant plus qu'elle se remplit. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Quiconque aura sa vie Ă  mĂ©pris se rendra toujours maĂźtre de celle d'autrui. Michel de Montaigne ; Les essais 1580 Rien de noble ne se fait sans hasard. Michel de Montaigne ; Les essais 1580

Je ne sais qu’une chose c’est que je ne sais rien », explique-t-il avec une sage humilitĂ©. Il faut s'efforcer de rechercher toujours la vĂ©ritĂ© pour traquer la suffisance et l’ignorance. Lorsque le procĂšs s’achĂšve, le spectateur sourit jaune Ă  l’ironie socratique qui fait Ă©cho Ă  sa rĂ©alitĂ©. Comme pour les jurĂ©s du

RĂ©sumĂ© Texte Notes Citation Auteur RĂ©sumĂ©s Dans ses Ɠuvres morales L’Expulsion de la bĂȘte triomphante, La Cabale du cheval pĂ©gasĂ©en, Giordano Bruno se livre Ă  une confrontation trĂšs approfondie avec la thĂ©ologie luthĂ©rienne et augustinienne. Plus spĂ©cifiquement, G. Bruno remet en question la notion d’ordre, en opposant au Dieu transcendant et personnel de la tradition chrĂ©tienne la divinitĂ© immanente et productrice de toutes les choses dans l’univers infini. Il parvient ainsi Ă  la formulation d’une anthropologie problĂ©matique », selon laquelle l’homme n’occupe qu’une place pĂ©riphĂ©rique et excentrĂ©e dans l’ordre infini des choses. Par lĂ  mĂȘme, la philosophie de Bruno se prĂ©sente comme une entreprise thĂ©orique dont la collocation Ă©pochale se situe en mĂȘme temps entre les frontiĂšres de la Renaissance et du Baroque. In his moral works Expulsion of the Triumphant Beast, The Caballa of the Pegasean Horse, Giordano Bruno grapples very thoroughly with the Lutheran and Augustinian theologies. More specifically, he questions the notion of order by pitting agains the personal, transcendent God of the Christian tradition an immanent divinity that generates all things in an infinite universe. He thus propounds a problematical » anthropology according to which man only occupies a marginal and off-centre place in the infinite order of things. Bruno’s philosophy therefore presents itself as a theoretical project appertaining both to the Renaissance and the Baroque de page Texte intĂ©gral 1 Cf. Hans Blumenberg, La LĂ©gitimitĂ© des temps modernes, Paris, Gallimard, 1999, pp. 543-545. 1Dans un ouvrage dĂ©sormais classique et Ă  maints Ă©gards magistral, La lĂ©gitimitĂ© des temps modernes, Hans Blumenberg affirme que Giordano Bruno et Nicolas de Cuse, "ne font pas Ă©poque, aucun n’est fondateur d’une Ă©poque. Et cependant tous deux se distinguent par la relation qu’ils ont face au seuil d’une Ă©poque. La spĂ©cificitĂ© de leurs systĂšmes est fondĂ©e sur la façon dont ils sont ordonnĂ©s au seuil d’époque. La diffĂ©rence la plus significative entre les deux maniĂšres de se rapporter au seuil d’une Ă©poque se trouve dans les positions de deux mĂ©taphysiciens spĂ©culatifs face aux questions liĂ©es Ă  la rĂ©forme copernicienne. Ce qu’il y a de prĂ©copernicien chez Nicolas de Cuse, dans la mesure oĂč ce n’est pas encore moderne, est tout aussi spĂ©cifique de son systĂšme de pensĂ©e que l’est, chez Bruno, ce qu’il y a de postcopernicien, dans la mesure oĂč il ne s’agit pas lĂ  d’un assentiment pur et simple Ă  une thĂ©orie astronomique, mais de la volontĂ© de l’élever au rang de fil directeur de la mĂ©taphysique cosmologique et anthropologique. Tous deux, le Cusain comme le Nolain, ont leurs arriĂšre pensĂ©es inexprimĂ©es. Ce qui les distingue, ce n’est pas le degrĂ© d’inexprimĂ© mais le degrĂ© d’indicible, ou plus prĂ©cisĂ©ment encore le lien qu’ils entretiennent avec la possibilitĂ© de "mettre quelque chose en langage". Que, pour l’un, ait encore Ă©tĂ© possible ce qui devait devenir irrĂ©alisable pour l’autre – la conciliation des opposĂ©s comme principe du monde, reprĂ©sentĂ©e par le salut dans l’incarnation, ce n’était pas lĂ  une affaire de diffĂ©rence de foi ou de capacitĂ© Ă  assumer le destin, c’était la diffĂ©rence entre ce qui Ă©tait encore historiquement possible et ce qui ne l’était plus"1. 2Selon H. Blumenberg, ce qui est dĂ©sormais indicible chez Bruno est la puissance transcendante d’un Dieu se rĂ©vĂ©lant dans le monde. Blumenberg appelle cela la prise en compte de l’autoĂ©puisement de la puissance infinie de Dieu dans l’univers infini. La puissance infinie de Dieu ne demeure pas une possibilitĂ©, en partie inexprimĂ©e et toujours exprimable par une libre dĂ©cision du crĂ©ateur — elle s’est complĂštement et totalement affirmĂ©e dans l’univers infini. Ce qui entraĂźne deux consĂ©quences l’impossibilitĂ© de la christologie — de l’Incarnation de la puissance divine Ă  un moment donnĂ© de l’histoire du monde — et une anthropologie problĂ©matique, c’est-Ă -dire la difficultĂ©, intrinsĂšque Ă  la conception de l’autoĂ©puisement de la puissance divine dans l’univers infini, de fournir une dĂ©finition cohĂ©rente et stable de la nature humaine. 3Je voudrais ici m’interroger sur ce que H. Blumenberg appelle la possibilitĂ© de "mettre quelque chose en langage" de la part d’un philosophe, autrement dit je voudrais mettre en Ă©vidence le degrĂ© d’indicibilitĂ© qui caractĂ©rise la pensĂ©e de G. Bruno. Je voudrais ainsi essayer de comprendre ce que la langue philosophique de Bruno ne peut plus "dire" Ă  partir prĂ©cisĂ©ment du seuil d’époque constituĂ© par la rĂ©forme copernicienne. C’est en effet dans cet "indicible", et non pas dans cet "inexprimable", qui se trouve probablement la collocation Ă©pochale de Bruno et par lĂ  mĂȘme la possibilitĂ© de dĂ©terminer la signification des catĂ©gories de "Baroque" et de "Renaissance". 2 Cf. Michele Ciliberto, La ruota del tempo. Interpretazione di Giordano Bruno, Rome, Editori Riuniti ... 3 Cf. Ă  ce sujet, Alfonso Ingegno, La sommersa nave della religione. Studio sulla polemica anticristi ... 4Dans ce contexte, il est sans doute intĂ©ressant d’analyser la problĂ©matisation brunienne de l’anthropologie par rapport Ă  une question prĂ©cise, renvoyant Ă  la notion thĂ©ologique d’ordre. L’analyse de cette notion permet de comprendre le rapport que la philosophie de Bruno entretient avec une certaine thĂ©ologie spĂ©culative, en particulier celle de saint Augustin. Pour illustrer cette problĂ©matique, il convient de se rapporter aux Ɠuvres morales de Bruno et plus spĂ©cifiquement Ă  la Cabale du cheval pĂ©gasĂ©een. C’est en effet dans cet ouvrage que Bruno se livre Ă  une confrontation approfondie avec la pensĂ©e de saint Augustin2. La Cabale est publiĂ©e Ă  Londres en 1585, un an aprĂšs l’Expulsion de la bĂȘte triomphante, et elle fait partie des Ɠuvres "italiennes" du philosophe. Dans l’Expulsion de la bĂȘte triomphante et dans la Cabale du cheval pĂ©gasĂ©en, G. Bruno se propose de dĂ©finir les principes d’une rĂ©forme philosophique et morale de grande envergure, permettant Ă  l’humanitĂ© de s’émanciper de la religion chrĂ©tienne, et notamment de la religion chrĂ©tienne dans sa forme extrĂȘme et "dĂ©cadente" le protestantisme de Calvin et de Luther. Bruno tente dans ces deux Ɠuvres de rĂ©pondre Ă  ce qu’il considĂšre comme une condition de crise profonde affectant l’Europe de la fin du XVIe siĂšcle une crise religieuse, philosophique, politique, Ă©conomique et sociale. C’est dire que Bruno cherche d’abord Ă  Ă©lucider les causes des guerres de religions3. 4 Cf. M. A. Granada, Giordano Bruno. Universo infinito, uniĂłn con Dios, perfecciĂłn del hombre, Barcel ... 5Dans l’Expulsion de la bĂȘte triomphante, Bruno met en lumiĂšre les causes de cette crise qui affecte l’Europe de son temps la cause premiĂšre, et sans doute la plus importante, rĂ©side dans la destruction, opĂ©rĂ©e par le Christianisme, du lien entre la Nature et la divinitĂ©. Avec la victoire de la religion chrĂ©tienne, Dieu s’est Ă©loignĂ© de la nature. C’est-Ă -dire que la religion chrĂ©tienne est la religion de la sĂ©paration et en mĂȘme temps de la soumission de la Nature au pouvoir transcendant d’un Dieu crĂ©ateur. En termes philosophiques, la "puissance absolue" de Dieu soumet la nature en vertu de sa "puissance ordonnĂ©e", et cette soumission lĂ©gitime le retrait de Dieu de la nature. La nature est ainsi privĂ©e de la vie divine, et elle devient par consĂ©quent une rĂ©alitĂ© complĂštement inanimĂ©e. Aux yeux de Bruno, cette sĂ©paration entre Dieu et la nature est davantage aggravĂ©e par la mĂ©diation christique ; le Christ reprĂ©sente en effet la lĂ©gitimation dĂ©finitive de cette sĂ©paration. La nature constitue ainsi la seule et unique mĂ©diation entre Dieu et les hommes4. 5 Cf. Michele Ciliberto, Giordano Bruno, Rome-Bari, Laterza, 1992. 6Cette rupture entre la nature et la divinitĂ© est accentuĂ©e par les protestants, notamment avec la thĂ©orie luthĂ©rienne de la grĂące. Cette thĂ©orie reprĂ©sente en effet pour Bruno le triomphe de l’inactivitĂ©, le refus de s’engager dans la connaissance naturelle et dans la pratique Ă©thico-politique. Pour surmonter la crise et pour expulser la "bĂȘte triomphante" de la culture europĂ©enne, il s’agit d’instituer une nouvelle religion naturelle, calquĂ©e sur le modĂšle de la religion naturelle des Ă©gyptiens. La vraie religion est la religion naturelle, la religion philosophique qui permet de crĂ©er, Ă  partir du lien originaire entre Dieu et la nature, de nouveaux liens de civilisation et de progrĂšs entre les hommes. Il s’agit en dĂ©finitive de la "religion naturelle" de l’effort et de l’activitĂ© — de la vertu machiavĂ©lienne. Le modĂšle de la vertu machiavĂ©lienne trouve ainsi sa lĂ©gitimitĂ© dans la religion naturelle comme condition de possibilitĂ© de la religion civile, la seule en mesure de rĂ©former et de remplacer la fausse reforme des rĂ©formĂ©s5. 6 Giordano Bruno, La Cabale du cheval pĂ©gasĂ©en, in ƒuvres complĂštes, t. VI, Paris, Les Belles Lettres ... 7 Bruno, OC, VI, p. 60. 7Dans la Cabale, Bruno approfondit davantage ces problĂ©matiques, mais selon une perspective qui Ă  premiĂšre vue renverse tous les solutions exposĂ©es dans l’Expulsion. Dans le Premier Dialogue de l’Ɠuvre, Bruno reconnaĂźt la valeur de l’ignorance et de l’asinitĂ©, c’est-Ă -dire de la passivitĂ© et de l’oisivetĂ©. Il affirme en effet que "savoir, c’est ignorer"6, et que la vraie sagesse consiste dans la dĂ©couverte de la vĂ©ritĂ© par l’ignorance. C’est dire que dans ce premier dialogue, Bruno reprend la thĂšse cĂ©lĂšbre de la docte ignorance formulĂ©e par Nicolas de Cuse. C’est dans cette optique cusanienne que Bruno fait l’éloge de l’ignorance comme non-savoir indispensable Ă  la saisie, partielle et limitĂ©, de la vĂ©ritĂ© divine. Le savoir humain de la divinitĂ© ne peut ĂȘtre qu’ignorance. C’est pourquoi selon Bruno l’asinitĂ© possĂšde un caractĂšre cĂ©leste ou cabalistique il faut en effet que les hommes imitent et deviennent comme les Ăąnes qui, pour les cabalistes, sont les symboles de la sagesse divine. En s’appuyant notamment sur le De occulta philosophia d’Agrippa, Bruno affirme que "si l’ñne est bien le symbole de la sagesse dans les Sefirot divins, c’est parce que celui qui veut pĂ©nĂ©trer les secrets et les refuges cachĂ©s de cette sagesse doit nĂ©cessairement faire mĂ©tier d’ĂȘtre sobre et patient, avoir museau, tĂȘte et dos d’ñne"7. 8 Ibid., p. 74-76. 9 Ibid., p. 82. 8Dans cette perspective, Bruno Ă©numĂšre les genres possibles d’ignorance ou d’asinitĂ©. Il existe par exemple l’ignorance des thĂ©ologiens mystiques celle de Denys l’ArĂ©opagite, celle des sceptiques pyrrhoniens ou encore celle des thĂ©ologiens chrĂ©tiens, "parmi lesquels l’homme de Tarse l’a d’autant plus magnifiĂ©e qu’elle passe par une trĂšs grande folie auprĂšs de tout le monde"8. C’est prĂ©cisĂ©ment dans le cadre de l’analyse de l’asinitĂ© thĂ©ologique chrĂ©tienne que Bruno cite saint Augustin. "Le savant Augustin, tout enivrĂ© par ce divin nectar, tĂ©moigne dans ses Soliloques que l’ignorance, plutôt que la science, nous conduit Ă  Dieu, et que la science, plutôt que l’ignorance, fait notre perte. Pour figurer cela, il veut que le rĂ©dempteur du monde soit entrĂ©e dans JĂ©rusalem grĂące aux jambes et aux pieds des Ăąnes, signifiant par anagogie dans la citĂ© militante ce qui doit s’avĂ©rer dans la citĂ© triomphante"9. 9À la fin du premier dialogue, Augustin reprĂ©sente aux yeux de Bruno le modĂšle thĂ©ologique incarnant parfaitement la docte ignorance, celui pour lequel "il ne saurait y avoir au monde de meilleure contemplation que celle qui nie toute science". En ce sens, la morale augustinienne, fondĂ©e sur le refus de la curiositas et sur l’acceptation de la part de l’homme de son ignorance essentielle devant l’immensitĂ© divine, dĂ©signe la pratique la mieux adaptĂ©e pour parvenir au salut et Ă  l’obtention de la grĂące. Pour accĂ©der au royaume des cieux, il faut que les hommes deviennent des Ăąnes — c’est-Ă -dire des ignorants. Ce n’est qu’en imitant l’ñne cabalistique que les hommes peuvent parvenir au salut et gagner ainsi l’immortalitĂ©. Bruno entend par lĂ  souligner le fait que la connaissance humaine de la divinitĂ© n’est jamais totale — elle est toujours "compliquĂ©e" par l’ignorance, par l’ombre et la similitude, par le jeu complexe des conjectures. 10Dans le DeuxiĂšme dialogue de la Cabale, Bruno change visiblement de problĂ©matique, sans pour autant dĂ©laisser la rĂ©fĂ©rence Ă  l’asinitĂ©. Bruno y dĂ©crit en effet les vicissitudes d’un Ăąne volant ou cheval pĂ©gasĂ©en au nom d’Onorio — c’est-Ă -dire d’un Ăąne cĂ©leste, qui passe Ă  travers diffĂ©rentes rĂ©incarnations, dont celle d’un Ăąne concret, d’un philosophe sceptique et mĂȘme d’Aristote. Bruno se sert ici du mythe pythagoricien de la mĂ©tempsycose comme modĂšle fictif et littĂ©raire pour illustrer son propos. Que montre le cycle des diffĂ©rentes rĂ©incarnations du cheval pĂ©gasĂ©en ? En d’autres termes que dĂ©couvre l’ñne Onorio au fil des diffĂ©rents passages sur terre en tant que bĂȘte Ăąne concret et homme ? 10 Ibid, p. 92-94. Qu’à partir de la mĂȘme matiĂšre corporelle se font tous les corps et de la mĂȘme substance spirituelle se font tous les esprits. [Par consĂ©quent] que l’ñme de l’homme n’est pas diffĂ©rente en substance de celle des bĂȘtes. L’ñme de l’homme est semblable par son essence spĂ©cifique et gĂ©nĂ©rique Ă  celle des mouches, des huĂźtres marines, des plantes et de tout ce qui est animĂ© ou a une Ăąme comme il n’est pas de corps qui, avec plus ou moins de vivacitĂ© et de perfection, n’ait communication d’esprit en lui-mĂȘme. Or cet esprit, par destin, providence, ordre ou fortune, vient Ă  se joindre tantôt Ă  une espĂšce de corps, tantôt Ă  une autre ; et, en fonction de la diversitĂ© des complexions et des membres, il vient Ă  acquĂ©rir diffĂ©rents degrĂ©s et perfections de l’esprit et d’opĂ©rations. De lĂ  rĂ©sulte que cet esprit, ou cette Ăąme, qui Ă©tait dans l’araignĂ©e et y avait une certaine industrie, ces griffes et ces membres en tel nombre, quantitĂ© et forme, ce mĂȘme esprit, une fois atteinte la gĂ©nĂ©ration humaine, acquiert une autre intelligence, d’autres instruments, aptitudes et 11 Ibid., VI, p. 96. Sur la mĂȘme problĂ©matique, cf. ibidem, p. 26. 11VoilĂ  le premier enseignement de l’ñne cĂ©leste dans l’ordre productif de la nature, les hommes ne possĂšdent aucune supĂ©rioritĂ© intellectuelle sur les bĂȘtes. L’ñme appartient en effet Ă  toutes les espĂšces vivantes, car tous les ĂȘtres vivants sont dotĂ©s d’intellect. Bruno affirme mĂȘme "qu’il est possible que beaucoup d’animaux puissent avoir plus d’esprit et un intellect bien plus Ă©clairĂ©s que l’homme"11. L’homme appartient ainsi Ă  l’ordre de la nature, tant du point de la substance spirituelle que de la substance corporelle. De ce point de vue, il ne constitue pas une exception ontologique. Selon Bruno, en effet, si l’homme, avec son esprit, pouvait se mĂ©tamorphoser en serpent, il deviendrait serpent Ă  tous les effets. 12Qu’est-ce qui constitue par consĂ©quent la spĂ©cificitĂ© de la nature humaine ? 12 Ibid., p. 96-98. Pour te persuader que c’est la vĂ©ritĂ©, considĂšre les choses d’un peu plus prĂšs et imagine par toi-mĂȘme ce qu’il arriverait si l’homme avait deux fois plus d’esprit, si l’intellect agent brillait en lui beaucoup plus clairement qu’il ne brille et si, de surcroĂźt, ses mains se trouvaient transformĂ©es en deux pieds, tout le reste demeurant dans son intĂ©gritĂ© ordinaire ; dis-moi oĂč pourrait subsister la relation entre les hommes ? OĂč seraient les institutions de doctrine, les inventions de discipline, les congrĂ©gations des citoyens, les structures des Ă©difices et tant d’autres choses qui sont les signes de la grandeur et de l’excellence humaines et qui font de l’homme le triomphateur vĂ©ritablement invaincu des autres espĂšces ? Tout cela, Ă  y regarder de prĂšs, ne renvoie pas tant Ă  ce qu’il dicte l’esprit qu’à ce que dicte la main, organes des organes12. 13 Voir Arisote, De Anima, III, 8, 432 a 1, Paris, GF Flammarion, 1993, p. 239 "L’ñme ressemble Ă  la ... 13Bruno rĂ©interprĂšte ici la cĂ©lĂšbre dĂ©finition aristotĂ©licienne de la main comme organe des organes13 Ă  la lumiĂšre d’une problĂ©matique qui le conduit Ă  la dĂ©finition de ce qu’on pourrait appeler une "anthropologie organique ». Quels sont les caractĂšres d’une telle anthropologie ? 14 Cf. Nicola Badaloni, Giordano Bruno. Tra cosmologia e etica, Bari-Rome, De Donato, 1988. 14D’abord, c’est le fait que l’homme ne possĂšde aucune supĂ©rioritĂ© intellectuelle et aucune dignitĂ© morale dans l’ordre naturel des choses. Ce n’est pas l’ñme ou les Ăąmes qui façonnent la nature humaine. Cette nature est en rĂ©alitĂ© dĂ©terminĂ©e par un organe spĂ©cifique, par la main, car c’est la conformation organique du corps qui dĂ©signe l’appartenance Ă  une espĂšce vivante. Comment l’homme, cette "nature" dotĂ©e d’une main, peut-il acquĂ©rir une dignitĂ© morale dans l’ordre de la nature, comment peut-il devenir le triomphateur vĂ©ritablement invaincu des autres espĂšces ? À travers la connaissance naturelle et la pratique, c’est-Ă -dire en construisant des liens de civilisation. C’est par la constitution de ces liens complexes que l’esprit de l’homme acquiert sa spĂ©cificitĂ©, c’est donc par l’usage de l’organe de la main que l’esprit de l’homme peut rĂ©ellement se dĂ©velopper. La nature humaine parvient ainsi Ă  la possession de sa puissance — cognitive et pratique — Ă  partir de l’usage de l’organe qui dĂ©signe son appartenance spĂ©cifique Ă  l’ordre naturel des ĂȘtres. Cela signifie que la perfection de cette nature se fonde sur les processus d’interaction perpĂ©tuels entre l’activitĂ© humaine et son milieu — c’est-Ă -dire ce qu’il rĂ©sulte de sa pratique. Bruno ne reconnaĂźt Ă  l’homme aucune dignitĂ© naturelle, mais, en mĂȘme temps, c’est prĂ©cisĂ©ment en vertu de cette dĂ©substantialisation de la nature humaine qu’il lĂ©gitime sa dignitĂ© morale Ă  partir de l’effort cognitif et de l’activitĂ©14. 15 Bruno, OC, VI, p. 112. 15Quels sont les autres enseignements qu’Onorio a tirĂ©s de ses voyages et des rĂ©incarnations sur la terre. Qu’est-ce que le cheval pĂ©gasĂ©en a appris lorsqu’il est incarnĂ© en Aristote ou en philosophe sceptique ? Il a appris que ces philosophes et ces philosophies ont dĂ©truit la philosophie naturelle — la vraie connaissance des mĂ©tamorphoses naturelles. Bruno considĂšre ainsi Aristote comme Ă©tant le principal responsable de la fin de la philosophie naturelle. Voici en effet ce qu’affirme l’ñne Onorio incarnĂ© en Aristote "C’est Ă  cause de moi que la science naturelle et divine s’est Ă©teinte, tout en bas de la roue, alors qu’elle avait connu son apogĂ©e au temps des ChaldĂ©ens et des pythagoriciens"15. 16Ce qui est encore plus grave aux yeux de Bruno est le fait que les hommes ont acceptĂ© ces philosophies d’une maniĂšre complĂštement passive et sans les remettre en question. Les hommes, nourris d’aristotĂ©lisme et de scepticisme, sont devenus rĂ©ellement des bĂȘtes, des Ăąnes Ă  part entiĂšre ; ils renoncent Ă  connaĂźtre et ils ne dĂ©sirent plus connaĂźtre, car ils estiment que toute forme de savoir est dĂ©sormais impossible. Ainsi leur science prĂ©sumĂ©e n’est qu’ignorance de la nature, c’est-Ă -dire ignorance du cycle infini de la mĂ©tamorphose des ĂȘtres, de l’ordre Ă©ternel de la vicissitude. 16 Voir A. Ingegno, "L’Expulsion de la bĂȘte triomphante. Une mythologie moderne", in Mondes, formes et ... 17La Cabale du cheval pĂ©gasĂ©en s’achĂšve prĂ©cisĂ©ment sur cette problĂ©matique, rĂ©sumĂ©e par A. Ingegno en ces termes "Comment rĂ©aliser la coĂŻncidence entre une ignorance qui se reconnaĂźt comme savoir suprĂȘme et un savoir qui finit par se rĂ©vĂ©ler comme une pure et simple ignorance" ?16. Autrement dit comment connaĂźtre la nature suivant les principes de la philosophie naturelle ou de la docte ignorance ? 17 Voir Ingegno, "L’Expulsion de bĂȘte triomphante. Une mythologie moderne", op. cit., p. 83. 18La rĂ©ponse se trouve dans l’appendice Ă  la Cabale, dans un texte trĂšs court, trĂšs cryptĂ© et trĂšs cryptique, intitulĂ© L’ñne cillĂ©nique ou l’ñne de Mercure. L’ñne de Mercure est celui qui conjugue la science et l’ignorance, celui qui sait que la divinitĂ© est dans les choses mais qu’elle ne sera jamais connue en raison de son infinitĂ©. Mais comment fait-il pour possĂ©der cette docte ignorance ? RĂ©ponse parce qu’il est Ă  la fois homme et bĂȘte, parce qu’il est un Ăąne avec des mains. L’ñne de Mercure est l’homme qui sait et qui n’oublie pas qu’il aussi animal, et c’est en vertu de cette connaissance et de cette mĂ©moire qu’il peut connaĂźtre et trouver la divinitĂ© dans les choses. L’"homme-Ăąne" ne prĂ©tend pas abandonner l’ordre naturel des choses, parce qu’il sait qu’il appartient nĂ©cessairement Ă  cet ordre. En effet, "l’ñne de Mercure possĂšde les attributs de l’animal et de l’homme, en conservant ce que les hommes ont d’humain sans rien perdre de ce qu’ils ont d’animal"17. 19Ce n’est donc qu’à la fin que le sens de tout l’ouvrage s’éclaire. Pourquoi Bruno s’oppose-t-il au Christianisme ? Parce que le Christianisme a brisĂ© le lien entre la nature et la divinitĂ©, en brisant Ă©galement le lien entre l’ignorance et la vĂ©ritĂ©, donc entre l’homme et l’animal. Le christianisme a progressivement convaincu les hommes qu’ils ne sont que des Ăąnes ce qui est vrai mais il les a aussi persuadĂ©s Ă  rester des Ăąnes en les empĂȘchant de devenir des hommes. La religion chrĂ©tienne a rendu non seulement les hommes oisifs et incapables d’agir, mais elle les aussi transformĂ©s en des Ăąnes concrets, c’est-Ă -dire qu’elle les a rendu complĂštement et rĂ©ellement ignorants. Les hommes sont devenus des "bĂȘtes" dont le seul organe qui fonctionne est l’oreille, nĂ©cessaire pour Ă©couter les ordres d’un Dieu ineffable, qu’ils ne pourront d’ailleurs jamais comprendre. En ce sens, l’ñne chrĂ©tien ne sait pas "lier" la connaissance des choses naturelles Ă  la pratique, Ă  l’activitĂ© finalisĂ©e au bien public et au dĂ©veloppement de la civilisation. 18 Bruno, OC, VI, p. 34. 20En effet, "ce sont les sots de ce monde qui ont fondĂ© la religion, les cĂ©rĂ©monies, la loi, la foi et la rĂšgle de vie. Les plus grands Ăąnes du monde ceux qui, privĂ©s de tout autre sentiment et de toute doctrine, dĂ©pourvus de toute vie sociale et de toute coutume civile, pourrissent dans l’éternelle pĂ©danterie sont ceux qui, par la grĂące du ciel, rĂ©forment la foi souillĂ©e et corrompue [...] ; ce ne sont pas ceux qui, plein d’une curiositĂ© impie, vont ou allĂšrent jamais poursuivre les arcanes de la nature et calculer les vicissitudes des Ă©toiles"18. 19 Ibid., p. 38. 21Non seulement la religion chrĂ©tienne a Ă©tĂ© fondĂ©e par des sots et par des Ăąnes, mais ceux qui prĂ©tendent aujourd’hui la rĂ©former sont doublement sots et ignorants. Ce qui est de toute maniĂšre clair pour Bruno est le fait que les fondateurs de la religion chrĂ©tienne sont "les pauvres d’esprit, les petits enfants, ceux dont les discours sont puĂ©rils ; ceux qui, par mĂ©pris du monde, ont banni tout soin du corps et de la chair qui entoure leur Ăąme, cette chair dont ils se sont dĂ©pouillĂ©s, qu’ils ont piĂ©tinĂ©e et jetĂ©e Ă  terre, pour faire passer plus glorieusement et triomphalement l’ñnesse de son cher Ăąnon"19. 22C’est prĂ©cisĂ©ment dans le cadre de cette problĂ©matique que Bruno s’oppose Ă  saint Augustin. En effet, Augustin reprĂ©sente pour Bruno le modĂšle de l’asinitĂ© chrĂ©tienne. Pourquoi Augustin reprĂ©sente-t-il ce modĂšle ? Parce qu’Augustin et Bruno Ă©laborent deux conceptions diffĂ©rentes de l’ordre naturel en confĂ©rant par lĂ  mĂȘme un sens et un statut diffĂ©rents Ă  la puissance humaine et aux formes multiples de son affirmation. 20 Cf. Saint Augustin, Les Confessions, livre X ; sur la diffĂ©rence entre "amour d’usage" et "amour de ... 23Pour Augustin, l’ordre de la crĂ©ation se dĂ©ploie en effet selon la logique de la hiĂ©rarchie qui va du crĂ©ateur suprĂȘme jusqu’aux plus petites crĂ©atures en passant par l’homme. Dans cette hiĂ©rarchie, l’homme occupe une place privilĂ©giĂ©e il est au-dessus de toutes les autres crĂ©atures et au-dessous de son crĂ©ateur. Il ne peut donc agir que dans les marges de cette nĂ©cessitĂ© ordonnĂ©e. C’est lĂ  le fondement de la morale augustinienne, synthĂ©tisĂ©e par la dialectique entre l’amour de jouissance et l’amour d’usage. L’équilibre entre ces deux amours ouvre la possibilitĂ© de la morale augustinienne, comme morale de la libertĂ© et du choix ultime entre le bien et le mal, appartenant toujours Ă  l’homme. On sait que cet Ă©quilibre, Ă  lui seul, ne suffit pas pour parvenir au salut – la grĂące Ă©tant la condition ultime pour la rĂ©alisation de cette possibilitĂ©20. 24Chez Bruno, en revanche, on retrouve trois types d’ordre 21 Cf. L. Salza, MĂ©tamorphose de la physis. Giordano Bruno infinitĂ© des mondes, vicissitude des chos ... l’ordre nĂ©cessaire de production naturelle, qui s’explique comme nĂ©cessitĂ© de la vicissitude des choses. La nature s’exprime comme matiĂšre et comme pensĂ©e, mais tandis que la pensĂ©e demeure toujours la mĂȘme intellect agent universel, la matiĂšre s’individualise en des corps, et c’est cette individuation corporelle, dĂ©finie par la spĂ©cificitĂ© des organes, qui permet de diffĂ©rencier les espĂšces vivantes. Cette individuation organique est le rĂ©sultat de mĂ©tamorphose, de l’ordre nĂ©cessaire et Ă©ternel des vicissitudes naturelles. L’homme est le produit de cet ordre. Il s’agit d’un point crucial en reprenant la philosophie naturelle de LucrĂšce, Bruno dĂ©veloppe une ontologie de l’appartenance des ĂȘtres finis au mĂȘme ordre des choses, mais cette appartenance n’implique nullement une uniformitĂ© et une indistinction ; il ne s’agit pas d’un ordre uniforme mais d’un ordre multiforme — celui de la mĂ©tamorphose21. L’ordre des espĂšces naturelles, qui dĂ©pend de la conformation des organes. L’homme ne possĂšde aucune destinĂ©e prĂ©fixĂ©e dans cet ordre des espĂšces ; il peut en revanche s’en construire une par la pratique, c’est-Ă -dire par l’usage de l’organe, la main, qui dĂ©finit son principe d’individuation. Dans l’ordre d’appartenance Ă  la mĂ©tamorphose, il existe des points d’individuation qui sont dĂ©terminĂ©s par les spĂ©cifications de la matiĂšre, par la formation des organes. C’est le cycle infini de la mĂ©tamorphose qui produit les organes, donc les individus. Bruno dĂ©veloppe une vĂ©ritable anthropologie de l’organe en effet, du point de vue de l’esprit, l’homme est Ă©gal Ă  une huĂźtre ou Ă  un serpent. C’est sans doute ici que rĂ©side le noyau vĂ©ritable de la pensĂ©e antichrĂ©tienne de Bruno. À la lumiĂšre de ces prĂ©supposĂ©s, il est Ă©vident que l’opposition entre Bruno et Augustin concerne en particulier la dĂ©finition d’une anthropologie fondamentale pour Bruno, la notion de nature humaine n’est jamais prĂ©dĂ©terminĂ©e, elle n’appartient pas Ă  un ordre hiĂ©rarchique — car l’ordre naturel de production des ĂȘtres n’est aucunement hiĂ©rarchique. 22 Cette thĂ©matique Ă©tait dĂ©jĂ  au centre de l’Expulsion de la bĂȘte triomphante. L’ordre mondain qui peut dĂ©river de l’utilisation de ces configurations corporelles ; il s’agit de l’ordre de la morale. Or il est clair que c’est la dĂ©termination de la place, de la fonction et de la finalitĂ© de la nature humaine dans l’ordre naturel des choses qui permet de trouver les principes de la morale. Que se passe-t-il en effet lorsque une Ăąme s’incarne en un homme ? C’est-Ă -dire que l’homme doit-il faire avec son corps, avec l’individuation corporelle que l’ordre de la mĂ©tamorphose naturelle lui a octroyĂ© ? Il se trouve face Ă  deux possibilitĂ©s ou rester dans l’ignorance, rester un Ăąne, comme les chrĂ©tiens, les aristotĂ©liciens et les sceptiques ou bien dĂ©velopper toutes les potentialitĂ©s inhĂ©rentes Ă  sa nature et Ă  son corps, comme l’ñne de Mercure. On retrouve ici la thĂ©matique de l’Expulsion mĂȘme dans l’ordre nĂ©cessaire de la vicissitude universelle des choses, l’homme peut construire un ordre humain22. 25Mais il s’agit d’une possibilitĂ© et non pas d’une nĂ©cessitĂ© inscrite dans l’essence de la nature humaine. La preuve en est que les animaux sont probablement meilleurs que les hommes du point de vue de l’intelligence naturelle. Ce que nous avons en plus par rapport aux animaux n’est rien d’autre que la conformation de notre corps – la possibilitĂ© d’utiliser la main. C’est donc par la pratique et par la connaissance que nous pouvons constituer un ordre humain et dĂ©finir ainsi les principes d’une morale conforme Ă  notre propre puissance organique. 26Ainsi, la morale de Bruno prĂ©suppose nĂ©cessairement son anthropologie organique mais elle prĂ©figure Ă©galement les stratĂ©gies de son dĂ©passement culturel le corps que nous sommes peut nous permettre de construire et d’inventer des formes de vie pouvant excĂ©der l’ordre nĂ©cessaire de la nature. C’est lĂ  que rĂ©side la possibilitĂ©, toujours incertaine, de dĂ©terminer les formes de la libertĂ© humaine. La morale brunienne est la morale qui rĂ©unit la vĂ©ritĂ© et l’ignorance, la connaissance et l’asinitĂ©. Il s’agit de la morale de la docte ignorance. 27C’est dans cette optique que Bruno interprĂšte quatre Ă©pisodes de la Bible d’une maniĂšre totalement contraire Ă  l’hermĂ©neutique chrĂ©tienne et en l’occurrence augustinienne. 23 Bruno, OC, VI, p. 40. Le Paradis terrestre est une condition d’ignorance et d’asinitĂ© et non pas de perfection anthropologique23. Il ne s’agit donc pas pour les hommes de retrouver la condition du Paradis terrestre mais au contraire de s’en Ă©loigner le plus possible, l’état d’innocence naturelle Ă©tant le vĂ©ritable Ă©tat d’ignorance de l’humanitĂ©. Or c’est prĂ©cisĂ©ment cet Ă©tat d’innocence que les protestants prĂ©tendent restaurer — en invoquant un rapport direct entre le crĂ©ateur et la crĂ©ature. 24 Ibid., OC, VI, p. 80. 25 Ibid., OC, VI, p. 32. Le geste d’Adam volant le fruit dĂ©fendu de l’arbre de la science est un acte de courage, comparable Ă  celui de PromĂ©thĂ©e24. Pour Bruno, en effet, l’orgueil est la vĂ©ritable passion de la connaissance "l’orgueil, qui s’enhardit Ă  lever la tĂȘte vers le ciel, a Ă©tĂ© bel et bien dĂ©racinĂ© car Dieu a Ă©lu les choses sans force pour confondre les choses du monde"25. L’orgueil n’est donc pas le pĂ©chĂ© qui nous Ă©loigne de Dieu mais la premiĂšre vertu nous permettant de retrouver Dieu dans les choses. En ce sens, le pĂ©chĂ© originel ne peut pas exister, car ce pĂ©chĂ© prĂ©suppose prĂ©cisĂ©ment un ordre supĂ©rieur auquel l’homme est destinĂ© par nature. En revanche, pour Augustin, nous n’avons pas le droit de rester Ă  l’état animal, parce que notre nature appartient Ă  un ordre supĂ©rieur. Mais nous devons nous Ă©manciper de cette condition sans orgueil, c’est-Ă -dire en restant humble, en faisant preuve d’humilitĂ© devant le crĂ©ateur. Le savoir humain ne peut jamais prĂ©tendre remplacer la sagesse Ă©ternelle de Dieu. Une telle morale est pour Bruno celle de l’asinitĂ© et de l’oisivetĂ©. C’est la morale de l’ignorance sans le savoir. C’est dire que pour Bruno la morale ne peut pas faire l’économie de la curiositas, autrement dit de ce que Augustin considĂšre comme Ă©tant le vĂ©ritable pĂ©chĂ© d’orgueil. Mais il y a plus. En effet, a contrario, ce sont les augustiniens qui font vĂ©ritablement preuve d’orgueil car ils prĂ©tendent, par humilitĂ©, autonomiser l’homme de l’ordre naturel des choses. Le vĂ©ritable pĂ©chĂ© d’orgueil consiste pour Bruno Ă  croire que l’homme est la crĂ©ature privilĂ©giĂ©e de Dieu – la plus proche de la divinitĂ©, alors que l’homme ne jouit d’aucun statut et d’aucune dignitĂ© mĂ©taphysique au sein de l’ordre naturel. Cette dignitĂ© ne peut ĂȘtre que le rĂ©sultat, partiel et incertain, de son effort culturel. 26 Ibid., OC, VI, p. 80. La tour de Babel, c’est-Ă -dire la multiplicitĂ© des langages, est la preuve de la vitalitĂ© des connaissances et du dĂ©sir de vĂ©ritĂ© des hommes. La richesse culturelle rĂ©side dans la multiplicitĂ© des langages, qui peuvent ĂȘtre créés et composĂ©s d’une maniĂšre absolument libre. "Nous sommes libres d’appeler les choses comme il nous plaĂźt et de limiter Ă  notre guise les dĂ©finitions et le sens des mots, comme l’a fait AverroĂšs"26. Selon Bruno, toute tentative de rĂ©duire les connaissances humaines Ă  l’unitĂ©, Ă  un seul principe d’ordre, relĂšve de la pure et simple ignorance. La nature humaine doit constamment se confronter Ă  son animalitĂ©, Ă  la nature qui dĂ©signe son appartenance Ă  l’ordre des choses – mĂȘme Ă  l’animalitĂ© qui pourrait le conduire Ă  sa perte. C’est pourquoi l’homme peut et doit devenir serpent. L’esprit de l’homme est en effet Ă©gal Ă  celui du serpent. Ce qui diffĂ©rencie l’homme du serpent est la constitution de son corps ; mais si l’homme ne se fait pas serpent, il ne peut pas connaĂźtre sa spĂ©cificitĂ©. C’est cĂ©dant Ă  la tentation du contraire que l’homme dĂ©couvre ce qu’il est et ce qu’il peut devenir. En termes littĂ©raires, l’homme doit "pactiser" avec le diable pour parvenir Ă  sa vĂ©ritable "humanitĂ©". 27 Cf. Fulvio Papi, Antropologia e civiltĂ  nel pensiero di Giordano Bruno, Florence, La Nouva Italia, ... 28Ainsi, pour G. Bruno, Ă  la diffĂ©rence de saint Augustin, la divinitĂ© n’est pas "donnĂ©e" Ă  l’homme, mais elle doit ĂȘtre "construite" par l’homme, par son activitĂ©, sa connaissance et sa "curiositas". La signification la plus profonde de la morale brunienne rĂ©side prĂ©cisĂ©ment dans la construction permanente de la divinitĂ© Ă  partir de la civilisation et de la culture que l’"animal-homme » produit en raison de sa conformation corporelle. L’animal homme n’existe pas en dehors d’un projet culturel et d’un contexte de civilisation fondĂ© sur sa nature organique. La possession de la main fait de l’homme un animal pouvant" excĂ©der l’ordre naturel pour construire un ordre culturel. VoilĂ  pourquoi la construction de la divinitĂ© de la part de l’homme est une construction "civilisationnelle" enracinĂ©e dans un principe d’individuation naturelle et organique. Cette construction de la divinitĂ© correspond ainsi Ă  l’effort visant Ă  l’apprĂ©hension de la perfection de la nature humaine. La perfection de la nature humaine n’est possible qu’à partir des pratiques, des institutions, des lois et des coutumes qui forment la civilisation "humaine"27. 28 Cf. A. Ingegno, Cosmologia e filosofia nel pensiero di Giordano Bruno, Florence, La Nouva Italia, 1 ... 29À la lumiĂšre de ces considĂ©rations, il apparaĂźt que ce qui est devenu indicible pour la langue philosophique de Bruno est la signification Ă©minemment thĂ©ologique de la notion d’ordre — symbolisĂ©e par les concepts de transcendance divine, de hiĂ©rarchie cosmique et de dignitĂ© substantielle de la nature humaine. Cela ne signifie pas pour autant que Bruno "sĂ©cularise" la notion d’ordre. Il opĂšre plutôt une mise en retrait de la thĂ©ologie spĂ©culative du domaine philosophique dĂ©sormais circonscrit par la rĂ©forme copernicienne. Pour Bruno, le sens thĂ©ologique de la notion d’ordre est devenu indicible, car il s’agit d’une "parole philosophique" qui ne dit plus rien d’affirmatif et qui n’appartient plus Ă  sa langue philosophique. En revanche, cette notion acquiert un autre sens, celui qui dĂ©coule de la rĂ©forme copernicienne c’est celui de la mĂ©tamorphose des ĂȘtres finis dans l’univers infini. Par son travail spĂ©culatif, Bruno opĂšre ainsi une transformation philosophique de la notion thĂ©ologique d’ordre28. 29 Cf. Tristan Dagron, UnitĂ© de l’ĂȘtre et dialectique Giordano Bruno, Paris, Vrin, 1999. 30De ce point de vue, Bruno n’est plus un penseur humaniste de la Renaissance la notion d’ordre ne renvoie pas Ă  un soubassement exclusivement thĂ©ologique comme chez Marsile Ficin, Pic de la Mirandole ou Luther. Elle dit dĂ©sormais "autre chose". Mais en mĂȘme temps, Bruno attribue un sens nouveau Ă  cette notion dans le contexte d’une tradition culturelle propre Ă  la Renaissance, celle qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  la pensĂ©e magique d’Agrippa, au lullisme, Ă  l’averroĂŻsme de l’école de Padoue, au nĂ©oplatonisme florentin. En ce sens, Bruno est encore un philosophe de la Renaissance. Sa langue philosophique nomme une rĂ©alitĂ© nouvelle avec des mots anciens. À cet Ă©gard, le rapport de Bruno avec le nĂ©oplatonisme est exemplaire29. 30 Pour une interprĂ©tation plus "scientiste" de la pensĂ©e de G. Bruno, cf. H. Gatti, Giordano Bruno an ... 31Peut-on dĂšs lors affirmer que Bruno est dĂ©jĂ  un philosophe baroque ? Oui, en partie, parce qu’il utilise des concepts de mĂ©tamorphose, de mouvement, de variation de transformation pour penser l’ordre naturel des choses. Mais pas tout Ă  fait, parce que le seuil indĂ©passable de la rĂ©forme copernicienne ne reprĂ©sente pas encore la condition nĂ©cessaire pour la formulation d’une thĂ©orie scientifique fondĂ©e sur les mathĂ©matiques, comme chez Descartes30. 32Il existe ainsi chez Bruno un double indicible quant Ă  la notion d’ordre par rapport Ă  la thĂ©ologie d’origine augustinienne et par rapport Ă  la science moderne, c’est-Ă -dire par rapport aux principes transcendants fondant la mĂ©taphysique et par rapport aux dĂ©veloppements mathĂ©matiques de la rĂ©forme copernicienne. Ce que la langue philosophique de G. Bruno ne peut plus dire est la transcendance Ă©minente et hiĂ©rarchique de l’ordre divin, de l’ordre mondain et de l’ordre humain ; et ce qu’elle ne peut pas encore entiĂšrement "dire" est la signification moderne de cette notion, telle qu’elle se trouve par exemple chez Descartes. 33On sait en effet que Descartes fait de la notion d’ordre le soubassement de sa philosophie. L’ordre des raisons aboutit Ă  la dĂ©couverte de l’idĂ©e de Dieu en tant qu’idĂ©e premiĂšre, comme seule et unique garantie de l’ordre du monde chez Descartes, c’est justement la thĂ©ologie qui lĂ©gitime l’arbre de la connaissance, c’est-Ă -dire la fondation vĂ©ritable de la rĂ©forme copernicienne et galilĂ©enne. Descartes, aprĂšs Bruno, introduit Ă  nouveau dans le champ philosophique la notion augustinienne d’ordre, dans un sens thĂ©ologique et moral ; il suffit Ă  cet Ă©gard de penser Ă  la troisiĂšme maxime de la morale par provision. 31 Voir Ă  ce propos Jean-Pierre CavaillĂ©, Descartes. La fable du monde, Paris, Vrin, 1992. 34Descartes est ainsi, de ce point de vue, un philosophe baroque, car il est obligĂ© de faire appel Ă  la thĂ©ologie pour justifier sa conception scientifique et mĂ©canique du monde. Descartes reconnaĂźt la nĂ©cessitĂ© d’inclure l’ordre thĂ©ologique dans la constitution de son systĂšme Ă  rationalitĂ© forte, mais Ă  la diffĂ©rence de Bruno, il ne fait plus rĂ©fĂ©rence Ă  la tradition magique et hermĂ©tique pour illustrer les caractĂšres saisissants de cet ordre. VoilĂ  pourquoi Descartes n’est plus un philosophe de la Renaissance et il est, en partie, un philosophe baroque. Mais Descartes n’est pas non plus un philosophe baroque dans le mĂȘme sens que Bruno, car on ne retrouve pas chez lui une rĂ©flexion radicale sur la mĂ©tamorphose, la variation, la mutation et le multiforme. Dans cette optique, Descartes n’est pas non plus un auteur baroque au mĂȘme sens que Bathasar GraciĂĄn ou GĂłngora31. 35En dĂ©finitive, comment peut-on appliquer les catĂ©gories Ă©pochales de Baroque et de Renaissance Ă  un philosophe sui generis comme Bruno ? D’une maniĂšre extrĂȘmement prĂ©cise et contextualisĂ©e. Ces catĂ©gories sont utiles quand elles sont employĂ©es de maniĂšre dynamique et ouverte, quand elles permettent de faire fonctionner des dispositifs — comme celui de la signification d’une notion thĂ©ologique par exemple — nĂ©cessaires pour expliciter les enjeux traversant les diffĂ©rents questionnements qui dĂ©finissent la spĂ©cificitĂ© d’un auteur. Elles sont utiles quand elles sont employĂ©es au pluriel. Elles permettent ainsi de nous faire comprendre qu’il existe des auteurs qui se situent, en mĂȘme temps, au-delĂ  et en deçà d’un seuil d’époque — c’est-Ă -dire des auteurs qui travaillent avec des matĂ©riaux hĂ©tĂ©rogĂšnes transitant et passant d’une Ă©poque Ă  l’autre. Certains auteurs et c’est le cas de G. Bruno peuvent partager des problĂ©matiques communes avec des auteurs d’une autre Ă©poque et fournir nĂ©anmoins des rĂ©ponses diffĂ©rentes de ceux-ci ; au mĂȘme titre, ils peuvent formuler des solutions semblables Ă  des problĂšmes diffĂ©rents. 32 Voir Michel Foucault, Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966 1992, pp. 49-58. 36Ces catĂ©gories permettent de comprendre qu’il n’y a ni fixitĂ© ni rigiditĂ© dans les notions philosophiques — mais qu’il n’y a pas non plus de confusion, d’opacitĂ© ou d’imprĂ©cision. Lorsque nous parlons de "Baroque" ou de "Renaissance", nous n’avons pas affaire Ă  un espace clos, Ă  une "couche uniforme" ou Ă  un "texte unique" selon la dĂ©finition cĂ©lĂšbre de la Renaissance proposĂ©e par M. Foucault dans Les mots et les choses32 mais Ă  des frontiĂšres poreuses et permĂ©ables, Ă  une surface composĂ©e d’aspĂ©ritĂ©s, habitĂ©e par des points de tensions, traversĂ©e par des courbes Ă  gĂ©omĂ©trie variable ; autrement dit, nous sommes confrontĂ©s Ă  un ensemble de composantes singuliĂšres et diffĂ©renciĂ©es que chaque auteur plie et transforme selon ses propres exigences conceptuelles. C’est ainsi que, dans les variations multiples de cette surface Ăąpre et spongieuse, la langue philosophique d’un auteur vĂ©hicule ses problĂ©matiques et formule ses solutions. Haut de page Notes 1 Cf. Hans Blumenberg, La LĂ©gitimitĂ© des temps modernes, Paris, Gallimard, 1999, pp. 543-545. 2 Cf. Michele Ciliberto, La ruota del tempo. Interpretazione di Giordano Bruno, Rome, Editori Riuniti, 1986. 3 Cf. Ă  ce sujet, Alfonso Ingegno, La sommersa nave della religione. Studio sulla polemica anticristiana del Bruno, Naples, Bibliopolis, 1985 et aussi Regia Pazzia. Bruno lettore di Calvino, Urbino, Quattroventi, 1987. 4 Cf. M. A. Granada, Giordano Bruno. Universo infinito, uniĂłn con Dios, perfecciĂłn del hombre, Barcelone, Herder, 2002. 5 Cf. Michele Ciliberto, Giordano Bruno, Rome-Bari, Laterza, 1992. 6 Giordano Bruno, La Cabale du cheval pĂ©gasĂ©en, in ƒuvres complĂštes, t. VI, Paris, Les Belles Lettres, 1994, p. 70 DorĂ©navant nous citerons OC, II, suivi du numĂ©ro de page. 7 Bruno, OC, VI, p. 60. 8 Ibid., p. 74-76. 9 Ibid., p. 82. 10 Ibid, p. 92-94. 11 Ibid., VI, p. 96. Sur la mĂȘme problĂ©matique, cf. ibidem, p. 26. 12 Ibid., p. 96-98. 13 Voir Arisote, De Anima, III, 8, 432 a 1, Paris, GF Flammarion, 1993, p. 239 "L’ñme ressemble Ă  la main. La main, en effet, constitue un instrument d’instruments et l’intelligence, de son côtĂ©, une forme de formes, ainsi que le sens une forme des sensibles". 14 Cf. Nicola Badaloni, Giordano Bruno. Tra cosmologia e etica, Bari-Rome, De Donato, 1988. 15 Bruno, OC, VI, p. 112. 16 Voir A. Ingegno, "L’Expulsion de la bĂȘte triomphante. Une mythologie moderne", in Mondes, formes et sociĂ©tĂ© selon Giordano Bruno, textes rĂ©unis par T. Dagron et H. Vedrine, Paris, Vrin, 2003, p. 80. 17 Voir Ingegno, "L’Expulsion de bĂȘte triomphante. Une mythologie moderne", op. cit., p. 83. 18 Bruno, OC, VI, p. 34. 19 Ibid., p. 38. 20 Cf. Saint Augustin, Les Confessions, livre X ; sur la diffĂ©rence entre "amour d’usage" et "amour de jouissance", cf. De Doctrina christiana, en particulier livre I. 21 Cf. L. Salza, MĂ©tamorphose de la physis. Giordano Bruno infinitĂ© des mondes, vicissitude des choses, sagesse hĂ©roĂŻque, Paris-Naples, Vrin – La CittĂ  del Sole, 2005. 22 Cette thĂ©matique Ă©tait dĂ©jĂ  au centre de l’Expulsion de la bĂȘte triomphante. 23 Bruno, OC, VI, p. 40. 24 Ibid., OC, VI, p. 80. 25 Ibid., OC, VI, p. 32. 26 Ibid., OC, VI, p. 80. 27 Cf. Fulvio Papi, Antropologia e civiltĂ  nel pensiero di Giordano Bruno, Florence, La Nouva Italia, 1968. 28 Cf. A. Ingegno, Cosmologia e filosofia nel pensiero di Giordano Bruno, Florence, La Nouva Italia, 1978. 29 Cf. Tristan Dagron, UnitĂ© de l’ĂȘtre et dialectique Giordano Bruno, Paris, Vrin, 1999. 30 Pour une interprĂ©tation plus "scientiste" de la pensĂ©e de G. Bruno, cf. H. Gatti, Giordano Bruno and Renaissance Science, London, Cornell University Press, 1999. 31 Voir Ă  ce propos Jean-Pierre CavaillĂ©, Descartes. La fable du monde, Paris, Vrin, 1992. 32 Voir Michel Foucault, Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966 1992, pp. de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Saverio Ansaldi, La double nature de l’ordre. Giordano Bruno et saint Augustin Ă  propos de la Cabale du cheval pĂ©gasĂ©en », Études ÉpistĂ©mĂš [En ligne], 9 2006, mis en ligne le 01 avril 2006, consultĂ© le 27 aoĂ»t 2022. URL ; DOI de page Auteur Saverio AnsaldiSaverio Ansaldi est maĂźtre de confĂ©rences en philosophie Ă  l’UniversitĂ© de Montpellier III – Paul ValĂ©ry. Il a publiĂ© La tentative schellingienne. Un systĂšme de la libertĂ© est-il possible ? L’Harmattan, 1993 ; Spinoza et le baroque. Infini, dĂ©sir, multitude KimĂ©, 2001. Il a Ă©galement coordonnĂ© l’édition française des Ă©crits de Carl Gebhardt, Spinoza. JudaĂŻsme et baroque Presses de l’UniversitĂ© de Paris-Sorbonne, 2000.Haut de page
Citationde Michel de Montaigne - La vraie science est une ignorance qui se sait. Accueil; Auteurs; Thùmes; Citation de Michel de Montaigne “La vraie science est une ignorance qui se sait.” ― Michel de Montaigne. Facebook. Twitter. WhatsApp. Image. Citation en image: tumblr. Pinterest. Autres citations de Michel de Montaigne “Personne n'est exempt de
IntriguĂ© par la citation de Feynman “Science is the belief in the ignorance of experts”, j’ai dĂ©couvert qu’il l’a prononcĂ©e en 1966 dans un discours intitulĂ© “What Is Science” au congrĂšs de la National Science Teachers Association [1], que je n’ai pas trouvĂ© en français. Je vous offre donc ma traduction de ce texte comme Conte de NoĂ«l scientifique. A part le machisme courant Ă  l’époque, il pourrait toujours susciter ou rĂ©veiller les vocations de profs de science. Mais surtout, il partage une vision de la science qui n’a pas pris une ride. Les titres de paragraphes sont de moi et les phrases en gras sont celles que j’ai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©es. Bonne lecture, Bonnes FĂȘtes Ă  tous, et Ă  l’annĂ©e prochaine! Introduction Je remercie M. DeRose de m’avoir invitĂ© parmi vous, enseignants de sciences. Je suis aussi un enseignant de sciences. Je n’ai d’expĂ©rience que dans l’enseignement de la physique Ă  l’universitĂ©, et le rĂ©sultat de cette expĂ©rience est que je sais que je ne sais pas enseigner. Je suis sur que vous aussi – vĂ©ritables enseignants travaillant au plus bas niveau de cette hiĂ©rarchie d’enseignants, formateurs d’enseignants, experts en programmes scolaires – vous aussi j’en suis sur ne savez pas comment faire, sinon vous ne vous fatigueriez pas Ă  venir Ă  ce congrĂšs. Je n’ai pas choisi le sujet “Qu’est-ce que la science”. Le sujet est de M. DeRose. Mais je voudrais dire que je crois que “Qu’est-ce que la science” n’est pas du tout Ă©quivalent Ă  “Comment enseigner la science”, et j’attire votre attention lĂ  dessus pour deux raisons. La premiĂšre est que la maniĂšre dont je me prĂ©pare Ă  donner ce discours pourrait donner l’impression que j’essaie de vous dire comment enseigner la science. Ce n’est absolument pas le cas, parce que je ne sais rien Ă  propos des jeunes enfants. J’en ai un, donc je sais que je ne sais pas. L’autre est que je crois que la plupart d’entre vous parce qu’il y a tant de prĂ©sentations, tant d’articles et tant d’experts du domaine ont une sorte de sentiment de manque de confiance en soi. D’une certaine façon on vous donne toujours des cours sur pourquoi les choses ne vont pas bien et comment vous devriez apprendre Ă  enseigner mieux. Je ne vais pas vous rĂ©primander sur le mauvais travail que vous faites et vous indiquer comment vous pouvez vous amĂ©liorer. Ce n’est pas mon intention. En fait, nous avons de trĂšs bons Ă©tudiants qui arrivent Ă  Caltech, et nous trouvons qu’ils sont de mieux en mieux annĂ©e aprĂšs annĂ©e. De quoi ça vient, je n’en sais rien. Je me demande si vous le savez. Je ne veux pas interfĂ©rer avec ce systĂšme il est trĂšs bon. Il y a juste deux jours nous avions une confĂ©rence dans laquelle nous avons dĂ©cidĂ© que nous n’avions plus besoin de donner un cours de mĂ©canique quantique Ă©lĂ©mentaire au niveau master “graduate school”. Quand j’étais Ă©tudiant, il n’y avait pas de cours de mĂ©canique quantique tout court Ă  ce niveau, c’était un sujet considĂ©rĂ© comme trop difficile. Quand j’ai commencĂ© Ă  donner un tel cours, nous en avons eu un. Maintenant nous l’enseignons au niveau bachelor “undergraduate” Et nous dĂ©couvrons actuellement que nous n’avons plus besoin de le donner aux graduĂ©s venant d’autres Ă©coles. Pourquoi cette poussĂ©e vers le bas ? Parce que nous sommes capables de donner un meilleur enseignement Ă  l’universitĂ©, et parce que les Ă©tudiants qui y arrivent ont une meilleure formation . Science et Philosophie Qu’est-ce que la science ? Bien sur vous le savez tous, puisque vous l’enseignez. C’est Ă©vident. Que puis-je dire de plus ? Et si vous ne savez pas, chaque Ă©dition pour enseignant de n’importe quel manuel de cours vous fournira une discussion complĂšte du sujet. On y trouve des sortes de distillations distordues et Ă©dulcorĂ©es de mĂ©langes de mots de Francis Bacon datant de quelques siĂšcles, supposĂ©s ĂȘtre alors la profonde philosophie de la science. Mais William Harvey, l’un des plus grands scientifiques expĂ©rimentateurs de l’époque qui faisait vraiment quelque chose, a dit que ce que Bacon considĂ©rait comme la science Ă©tait la science d’un lord chancelier. Il [Bacon] parlait de faire des observations, mais omettait le facteur vital du jugement sur ce qu’il faut observer et Ă  quoi faire attention. Et donc ce qu’est la science n’est pas ce qu’en ont dit les philosophes, et certainement pas ce que les manuels de cours en disent. Ce qu’elle est est un problĂšme que je me suis assignĂ© aprĂšs avoir acceptĂ© de donner cette confĂ©rence. AprĂšs quelques temps je me suis rappelĂ© ce petit poĂšme Un mille-pattes Ă©tait heureux, Jusqu’à ce qu’un crapaud lui dit “Dis, quel pas vient aprĂšs l’autre?” Ce qui monta ses doutes jusqu’au point Qu’il tomba distrait dans le fossĂ© Ne sachant plus comment marcher. Toute ma vie j’ai fait de la science et su ce qu’elle Ă©tait, mais maintenant que je suis venu vous dire quel pas vient aprĂšs l’autre, j’en suis incapable. Plus grave encore, l’analogie avec le poĂšme m’inquiĂšte tant que lorsque je rentrerai chez moi, je ne serai plus capable de la moindre recherche. De nombreux journalistes ont tentĂ© d’obtenir un rĂ©sumĂ© de cette prĂ©sentation, mais comme je ne l’ai prĂ©parĂ©e que rĂ©cemment c’était impossible. Mais je peux maintenant en voir se prĂ©cipiter Ă  l’extĂ©rieur pour Ă©crire de gros titres du genre “Le Professeur a qualifiĂ© le PrĂ©sident de la NSTA de crapaud.” Dans ces circonstances, vu la difficultĂ© du sujet et mon aversion pour les exposĂ©s philosophiques, je vais prĂ©senter ceci d’une maniĂšre trĂšs inhabituelle. je vais juste vous dire comment j’ai appris ce qu’est la science. Comment j’ai appris ce qu’est la science C’est un peu enfantin. Je l’ai appris quand j’étais un enfant. Je l’avais dans le sang depuis le dĂ©but. Et je voudrais vous dire comment je l’ai attrapĂ©. On dirait que j’essaie de vous dire comment enseigner la science, mais ce n’est pas mon intention. Je vais vous dire ce qu’est la science en vous disant comment j’ai appris ce qu’est la science. Mon pĂšre me l’a dit. Quand ma mĂšre me portait, Ă  ce qu’on m’a dit car je ne me rappelle pas de la conversation, mon pĂšre a dit “si c’est un garçon, il sera un scientifique.” Comment l’a-t-il fait ? Il ne m’a jamais dit que je devrais devenir un scientifique. Il n’était pas un scientifique, il Ă©tait un businessman, responsable des ventes dans une compagnie d’uniformes, mais il lisait sur la science et aimait ça. Quand j’étais trĂšs jeune, la premiĂšre histoire dont je me souvienne, quand je mangeais encore dans un siĂšge surĂ©levĂ©, mon pĂšre jouait avec moi aprĂšs le dĂźner. Il avait amenĂ© un tas de vieux carreaux de sol de salle de bains de je ne sais oĂč Ă  Long Island. On les disposait sur la tranche, l’un Ă  cĂŽtĂ© de l’autre, et j’avais le droit de faire tomber celui Ă  une extrĂ©mitĂ© et de regarder tous les dominos tomber. Jusqu’ici ça va. Puis, le jeu s’est compliquĂ©. Il y avait des carreaux de diffĂ©rentes couleurs. Je devais en mettre un blanc, deux bleus, un blanc, deux bleus, et encore un blanc et puis deux bleus, et si je voulais mettre encore un bleu, je devais en mettre quand mĂȘme un blanc avant. Vous reconnaissez l’habituelle intelligence insidieuse d’abord leur faire plaisir en jouant, et puis injecter lentement du matĂ©riel Ă©ducatif. Alors ma mĂšre, qui est une femme beaucoup plus sensible, commença Ă  rĂ©aliser l’insidiositĂ© de ses efforts et dit “Mel s’il te plaĂźt, laisse ce pauvre enfant poser un carreau bleu s’il en a envie.” Mon pĂšre dit “Non, je veux qu’il fasse attention aux motifs “patterns”. C’est la seule chose que je peux faire en mathĂ©matiques Ă  ce stade prĂ©coce.” Si je donnais une confĂ©rence sur ” Qu’est-ce que les mathĂ©matiques” je vous aurais dĂ©jĂ  rĂ©pondu les mathĂ©matiques, c’est la recherche de motifs, de modĂšles. Les mathĂ©matiques J’aimerais vous apporter une autre preuve que les mathĂ©matiques ne sont que des modĂšles. Quand j’étais Ă  Cornell, j’étais absolument fascinĂ© par le corps estudiantin qui, me semblait il, Ă©tait une sorte de dilution de quelques personnes sensĂ©es dans une grande masse muette d’étudiants en Ă©conomie familiale etc qui incluait beaucoup de filles. J’avais l’habitude de m’asseoir Ă  la cafĂ©tĂ©ria avec ces Ă©tudiantes et en mangeant, j’essayais d’intercepter leurs conversations pour voir si un mot intelligent en sortait. Vous pouvez imaginer ma surprise lorsque je dĂ©couvris cette chose qui me semble Ă©norme. J’écoutais une conversation entre deux filles, et l’une expliquait que si vous voulez faire une ligne droite, voyez-vous, vous vous dĂ©placez d’un certain nombre de carreaux vers la droite pour chaque ligne de carreaux que vous traversez, ou autrement dit, si vous rĂ©pĂ©tez le mĂȘme dĂ©placement vers la droite pour chaque ligne vers le haut, vous faites une ligne droite. Un grand principe de gĂ©omĂ©trie analytique ! J’était stupĂ©fait. Je n’avais pas rĂ©alisĂ© que l’esprit fĂ©minin Ă©tait capable de comprendre la gĂ©omĂ©trie analytique.* Application de la gĂ©omĂ©trie analytique Elle continua en disant “Suppose que tu as une autre ligne venant d’une autre direction et que tu cherches oĂč elles vont se croiser. Suppose qu’une ligne va 2 Ă  droite pour 1 en haut, et que l’autre va 3 Ă  droite pour 1 en haut et qu’elles commencent Ă  20 lignes d’écart.” etc. J’étais Ă©poustouflĂ©. Elle arriva Ă  dire oĂč l’intersection se produisait. Et puis je compris qu’elle expliquait Ă  l’autre comment tricoter des bas “argyle“. J’en ai tirĂ© une leçon l’esprit fĂ©minin est capable de comprendre la gĂ©omĂ©trie analytique. Les gens qui ont insistĂ© depuis des annĂ©es, en dĂ©pit de toutes les preuves Ă©videntes du contraire, que les hommes et les femmes sont Ă©galement capables de pensĂ©e rationnelle on peut-ĂȘtre marquĂ© un point. La difficultĂ© est peut-ĂȘtre que nous n’avons jamais encore trouvĂ© un moyen de communiquer avec l’esprit fĂ©minin. Mais si c’est fait correctement, on pourrait en tirer quelque chose
 Je vais maintenant continuer avec ma propre expĂ©rience comme dĂ©butant en mathĂ©matiques. Une autre chose que mon pĂšre m’a dit, et je ne peux que difficilement l’expliquer parce que c’était plus une Ă©motion que des paroles, Ă©tait que le rapport entre la circonfĂ©rence et le diamĂštre de tous les cercles Ă©tait toujours le mĂȘme, quel que soit la taille. Ca ne me semblait pas trop Ă©tonnant, mais ce rapport aveit de merveilleuses propriĂ©tĂ©s. C’était un nombre merveilleux, un nombre profond Pi. Il y avait un mystĂšre que je ne comprenais pas totalement autour de ce nombre, mais c’était quelque chose de grand, et le rĂ©sultat fut que j’ai cherchĂ© Pi partout. Quad j’ai appris plus tard Ă  l’école comment Ă©crire une fraction sous forme dĂ©cimale et que j’ai Ă©crit 3 1/8 = j’ai cru reconnaĂźtre un ami et Ă©crivis que c’était Ă©gal P, le rapport entre la circonfĂ©rence et le diamĂštre d’un cercle. L’instituteur le corrigea en J’illustre ceci pour montrer une influence. L’idĂ©e qu’il y a un mystĂšre, une merveille Ă  propos de ce nombre Ă©tait important pour moi, pas la valeur du nombre. Beaucoup plus tard, alors que je faisais des expĂ©riences au laboratoire, je veux dire mon labo Ă  la maison, bricolant un peu 
 non excusez-moi je ne faisait pas d’expĂ©riences, je n’en ai jamais fait, je n’ai fait que bricoler. Progressivement dans des livres et manuels j’ai commencĂ© Ă  dĂ©couvrir qu’il existait des formules applicables Ă  l’électricitĂ© pour relier la rĂ©sistance au courant, etc. Un jour, en regardant les formules d’un bouquin quelconque, j’ai dĂ©couvert la formule de la frĂ©quence de rĂ©sonance d’un circuit qui est \f=1/2\pi.\sqrt{LC}\, oĂč L est l’inductance et C la capacitĂ© 
 du cercle ? Vous riez, mais j’étais trĂšs sĂ©rieux. Pi concernait les cercles, et voilĂ  pi qui sort d’un circuit Ă©lectrique. OĂč Ă©tait le cercle ? Est-ce que vous qui avez ri savez d’oĂč ça vient ? Je dois aimer ça. Je dois le rechercher. Je dois y penser. Et puis j’ai rĂ©alisĂ© que les bobines sont faites de cercles. Et quelques mois plus tard, j’ai trouvĂ© un autre livre qui donnait l’induction de bobines carrĂ©es, et pi Ă©tait dans ces formules. J’y ai rĂ©flĂ©chi Ă  nouveau et rĂ©alisĂ© que le pi ne venait pas des bobines circulaires. je le comprends mieux aujourd’hui, mais dans mon cƓur je ne sais toujours pas oĂč est le cercle, d’oĂč vient ce pi. Les choses et leur nom Quant j’étais encore assez jeune, je ne sais plus exactement Ă  quel Ăąge, j’avais une balle dans un chariot et j’ai remarquĂ© quelque chose. J’ai couru vers mon pĂšre en disant “Quand je tire le chariot, la balle roule vers l’arriĂšre et quand je cours et que je m’arrĂȘte, la balle roule vers l’avant. Pourquoi ?” Comment rĂ©pondriez-vous ? Il a dit “Ça, personne ne le sait.” Il a dit “C’est pourtant trĂšs gĂ©nĂ©ral, ça arrive tout le temps Ă  n’importe quoi tout ce qui bouge tend Ă  continuer Ă  bouger, et ce qui est immobile tend Ă  le rester. Si tu regardes de prĂšs, tu verras que la balle ne roule pas vers l’arriĂšre du wagon quand tu commences Ă  le dĂ©placer. Elle avance aussi un peu, mais pas aussi vite que le wagon. L’arriĂšre du wagon rattrape la balle qui avait de la peine Ă  commencer Ă  bouger. Ca s’appelle l’inertie, ce principe.” Je me suis Ă©videmment dĂ©pĂȘchĂ© de vĂ©rifier et c’était vrai la balle ne reculait pas. Il avait mis une diffĂ©rence trĂšs claire entre ce que nous savons et comment nous l’appelons. A propos de cette relation entre les choses et leur nom, je voudrais vous raconter une autre histoire. Nous avions l’habitude l’aller aux montagnes Catskill pour les vacances. A New-York, on va aux montagnes Catskill pour les vacances. Les pauvres maris devaient travailler la semaine, mais ils se dĂ©pĂȘchaient de revenir le weekend pour rester avec leurs familles. Ces weekends, mon pĂšre m’emmenait marcher dans les bois. On allait souvent marcher, et tout apprendre sur la nature en mĂȘme temps. Mais d’autres enfants, des amis Ă  moi voulaient aussi venir et demandaient Ă  mon pĂšre de les emmener. Il ne voulait pas, disant que j’étais plus avancĂ©. Je n’essaie pas de vous dire comment enseigner, parce que mon pĂšre le faisait avec une classe d’un seul Ă©lĂšve; s’il en avait eu plus d’un, il en aurait Ă©tĂ© incapable. Donc nous allions tout seuls dans les bois. Mais les mĂšres Ă©taient trĂšs puissantes Ă  l’époque, comme aujourd’hui, et elles ont convaincu les autres pĂšres d’emmener leurs propres fils marcher dans les bois. Alors tout les pĂšres emmenĂšrent tous les garçons dans les bois un dimanche aprĂšs-midi. Le jour suivant, lundi, nous jouions ensemble et un garçon m’a demandĂ© ” Tu vois l’oiseau sur le tronc lĂ  bas ? Quel est son nom?” J’ai dit “J’en ai pas la moindre idĂ©e” Il a dit “C’est une grive Ă  gorge rousse. Ton pĂšre ne t’apprends pas grand chose en sciences.” J’ai souri intĂ©rieurement parce que mon pĂšre m’avait dĂ©jĂ  enseignĂ© que le nom ne dit rien de l’oiseau. Il m’avait dit “Tu as vu cet oiseau en anglais on l’appelle brown-throated thrush**, mais en allemand on l’appelle HalsenflĂŒgel, et les chinois l’appellent è”€éąˆéž«, et mĂȘme si tu connais tous ces noms, tu ne connais toujours rien de l’oiseau, tu ne sais que quelque chose sur les hommes, comment ils appellent l’oiseau. En fait cette grive chante, apprend Ă  voler Ă  ses jeunes, et pendant l’étĂ© elle vole si loin Ă  travers tout le pays, et personne ne sait comment elle trouve son chemin” et ainsi de suite. Il y a une diffĂ©rence entre le nom d’une chose et ce qui se passe. Le rĂ©sultat de ceci est que je ne peux pas me rappeler le nom de quiconque, et quand des gens discutent de physique avec moi ils sont souvent exaspĂ©rĂ©s quand ils me parlent de “l’effet Fitch-Cronin” et que je demande “quel est cet effet?” parce que je ne peux pas me rappeler du nom. Je voudrais dire un mot ou deux, si je peux interrompre ma petite histoire, sur les mots et dĂ©finitions, parce qu’il est nĂ©cessaire d’apprendre les mots. Ce n’est pas la science. Mais ça ne veut pas dire que, juste parce que ce n’est pas de la science, nous ne devons pas enseigner les mots. Nous ne parlons pas de ce que nous devons enseigner, nous parlons de ce qu’est la science. Ce n’est pas de la science de savoir comment convertir des degrĂ©s Centigrade en Fahrenheit. C’est nĂ©cessaire, mais ce n’est pas exactement de la science. Dans le mĂȘme genre, si vous discutiez de ce qu’est l’art, vous ne diriez pas que l’art c’est de savoir qu’un crayon 3-B est plus doux qu’un crayon 2-H. Il y a une diffĂ©rence. Ça ne veut pas dire qu’un prof d’art ne doit pas l’enseigner, oĂč qu’un artiste sera Ă  l’aise s’il ne connaĂźt pas ça. En fait vous pouvez dĂ©couvrir ça en une minute en faisant des essais, mais c’est une approche scientifique que les profs d’art ne penseront peut-ĂȘtre pas Ă  expliquer. Afin de pouvoir nous parler, nous devons avoir des mots et c’est bien ainsi. C’est une bonne idĂ©e d’essayer de voir la diffĂ©rence, et c’est une bonne idĂ©e de savoir quand nous enseignons des outils de la science comme des mots, et quand nous enseignons la science elle-mĂȘme. Qu’est-ce qui le fait bouger ? Pour rendre ce point encore plus clair, je vais critiquer dĂ©favorablement certains livres de science, ce qui n’est pas trĂšs juste car avec un peu d’ingĂ©niositĂ© je peux aussi trouver des aspects dĂ©favorables aux autres. Il y a un manuel de science qui, Ă  la premiĂšre leçon du niveau primaire commence de maniĂšre malheureuse Ă  enseigner la science parce qu’il part d’une fausse idĂ©e de ce qu’est la science. On y trouve le dessin d’un chien, un chien jouet mĂ©canique, et une main prĂšs du remontoir, puis le chien bouge. Sous le dernier dessin il est Ă©crit “Qu’est-ce qui le fait bouger ?”. Puis il y a l’image d’un vrai chien avec la lĂ©gende “Qu’est-ce qui le fait bouger ?”, puis l’image d’une moto avec la question “Qu’est-ce qui le fait bouger ?” et ainsi de suite. Qu’est-ce qui le fait bouger ? Au dĂ©but j’ai pensĂ© qu’ils se prĂ©paraient Ă  dire ce que concerne la science la physique, la biologie, la chimie, mais ce n’était pas ça. La rĂ©ponse Ă©tait dans l’édition de l’enseignant et la rĂ©ponse qu’il fallait apprendre Ă©tait “L’énergie le fait bouger.” Seulement, l’énergie est un concept trĂšs subtil. Il est trĂšs trĂšs difficile de le comprendre correctement. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’est pas facile de comprendre l’énergie assez bien pour l’utiliser correctement, de maniĂšre Ă  pouvoir dĂ©duire quelque chose correctement en utilisant l’énergie. C’est aprĂšs l’école primaire. Ca serait tout aussi bien de dire “Dieu l’a fait bouger” ou “l’esprit le fait bouger” ou “la dĂ©plaçabilitĂ© movability le fait bouger”. En fait on peut tout aussi bien dire “L’énergie l’a arrĂȘtĂ©â€. Voyez ça ainsi ce n’est que la dĂ©finition de l’énergie, elle doit ĂȘtre inversĂ©e. On peut dire que quand quelque chose bouge il possĂšde de l’énergie, mais pas que c’est l’énergie qui le fait bouger. Il y a une subtile diffĂ©rence. C’est la mĂȘme qu’à propos de l’inertie. Peut-ĂȘtre que je peux rendre cette diffĂ©rence plus claire ainsi quand vous demandez Ă  un enfant ce qui fait bouger le jouet, vous devriez penser Ă  ce qu’un humain normal rĂ©pondrait. La rĂ©ponse est que vous avez remontĂ© le ressort il essaie de se dĂ©rouler en entraĂźnant des engrenages. Quelle bonne maniĂšre de commencer un cours de science. DĂ©montez le jouet, voyez comment il fonctionne. Voyez la subtilitĂ© des engrenages, voyez les cliquets. Apprenez quelque chose du jouet, comment il est assemblĂ©, l’ingĂ©niositĂ© des gens qui ont conçu les cliquets et les autres piĂšces. C’est bien. La question est bonne. La rĂ©ponse est un peu maladroite parce que ce qu’ils essayaient de faire Ă©tait d’enseigner une dĂ©finition de l’énergie, mais au moins quelque chose est appris. Supposez qu’un Ă©lĂšve dise “Je ne pense pas que l’énergie le fasse bouger”. OĂč va la discussion depuis lĂ ? PĂ©dagogie J’ai finalement dĂ©couvert un test permettant de savoir si vous avez enseignĂ© une idĂ©e ou juste enseignĂ© une dĂ©finition. Le test fonctionne comme ça. Vous dites “Sans utiliser le mot que vous venez d’apprendre, essayer de reformuler ce que vous venez d’apprendre avec vos propres mots.” Sans utiliser le mot â€œĂ©nergie”, dites moi ce que vous savez du mouvement du chien. Si vous ne pouvez pas, vous n’avez rien appris sur la science. Ca peut ĂȘtre assez. Peut-ĂȘtre que vous ne voulez pas enseigner quelque chose sur la science tout de suite. Vous devez enseigner des dĂ©finitions. Mais pour la toute premiĂšre leçon, est-ce que ça ne pourrait pas ĂȘtre destructeur ? Je trouve que pour la leçon numĂ©ro un, apprendre une formule mystique pour rĂ©pondre aux questions est trĂšs mauvais. Le livre en a d’autres “La gravitĂ© le fait tomber.”, “Les semelles de vos chaussures s’usent Ă  cause du frottement”. Les chaussures s’usent parce les petites aspĂ©ritĂ©s du trottoir se plantent dans les semelles et en arrachent de petits morceaux. De dire seulement que c’est Ă  cause du frottement est regrettable, parce que ce n’est pas de la science. Mon pĂšre ne s’est que peu occupĂ© de l’énergie et n’a utilisĂ© le terme qu’aprĂšs que j’aie une petite idĂ©e lĂ  dessus. Je sais ce qu’il aurait dit, parce qu’il a fait essentiellement la mĂȘme chose, quoique pas avec le mĂȘme exemple du jouet. Il aurait dit “il bouge parce que le soleil brille” s’il avait voulu donner la mĂȘme leçon. J’aurais dit “Non. Qu’est-ce que ça Ă  a voir avec le soleil qui brille ? Il bouge parce que j’ai remontĂ© le ressort.” – “Et mon ami, pourquoi est-tu capable de remonter le ressort ?” – “Je mange.” – “Et que manges tu, mon ami ?” – “Je mange des plantes.” – “Et comment poussent-elles ?” – “Elles poussent parce que le soleil brille.” Et c’est la mĂȘme chose pour le vrai chien. Et pour l’essence ? Energie du soleil accumulĂ©e, capturĂ©e par les plantes et prĂ©servĂ©e dans le sol. Les autres exemples finissent tous avec le soleil. Et ainsi, la mĂȘme idĂ©e que celle que notre manuel voulait introduire est formulĂ©e d’une maniĂšre trĂšs intĂ©ressante. Toutes les choses que nous voyons bouger bougent parce que le soleil brille. Ca explique la relation d’une source d’énergie Ă  l’autre, et ça ne peut pas ĂȘtre niĂ© par un enfant. S’il dit “je ne crois pas que ça peut ĂȘtre du au soleil qui brille”, vous pouvez commencer une discussion. Donc il y a une diffĂ©rence. C’est juste un exemple de la diffĂ©rence entre les dĂ©finitions, qui sont nĂ©cessaires, et la science. Ma seule objection dans ce cas particulier est que c’était Ă  la premiĂšre leçon. Ca doit certainement venir plus tard, de dire ce qu’est l’énergie, mais pas aprĂšs une question aussi simple que “qu’est-ce qui fait bouger le chien ?”. Il faut donner une rĂ©ponse d’enfant Ă  un enfant “ouvrons-le, et examinons ça.” Éloge de l’observation Pendant ces ballades dans les bois, j’ai appris plein de choses. Sur les oiseaux par exemple, j’ai dĂ©jĂ  mentionnĂ© les migrations, mais je vais vous donner un autre exemple Ă  propos des oiseaux de la forĂȘt. Au lieu de les nommer, mon pĂšre m’a dit une fois “Regarde, tu vois comme cet oiseau picote dans ses plumes ? Il picote beaucoup ses plumes, Pourquoi penses-tu qu’il fait ça ?” J’ai pensĂ© que c’était parce que les plumes Ă©taient froissĂ©es, et qu’il essayait de les lisser. Mon pĂšre “D’accord, quand, ou comment ses plumes se seraient froissĂ©es ?” “Quand il vole. Quand il marche c’est bon, mais quand il vole ça froisse ses plumes.” Alors il me dit “Alors dans ce cas, il devrait picoter plus ses plumes juste aprĂšs un atterrissage qu’aprĂšs qu’il les ait lissĂ©es et marchĂ© au sol un moment. Ok, observons.” Alors on a regardĂ©, observĂ©, et il est apparu que l’oiseau picorait ses plumes tout autant et tout aussi souvent, indĂ©pendamment du temps passĂ© au sol, et pas seulement juste aprĂšs un vol. Donc mon idĂ©e Ă©tait fausse, et je n’arrivais pas Ă  trouver la bonne raison. Mon pĂšre me l’a rĂ©vĂ©lĂ©e. C’est que les oiseaux ont des poux. Les plumes produisent de petits flocons, dit mon pĂšre, et les poux les mangent. Et aux articulations des pattes de ces poux, il y a un peu de graisse qui est sĂ©crĂ©tĂ©e, et il y a une larve d’acarien qui se nourrit de cette graisse. Mais cette graisse est si nutritive que la larve ne peut pas la digĂ©rer complĂštement, alors le liquide qu’elle rejette contient trop de sucre, et dans ce sucre peut vivre un microbe qui 
 etc. Les faits ne sont pas justes, mais l’idĂ©e est correcte. D’abord j’ai appris sur le parasitisme, une bĂȘte sur une autre, sur une autre, sur une autre. Et puis il continua en disant que partout dans le monde oĂč il y a une source de quelque chose qui peut ĂȘtre mangĂ© pour que la vie continue, des espĂšces vivantes trouvent une maniĂšre d’utiliser cette source, et que chaque petite goutte est mangĂ©e par quelque chose. L’important dans ceci est que le rĂ©sultat de l’observation, mĂȘme si j’étais incapable d’arriver Ă  la conclusion ultime, Ă©tait une fantastique piĂšce d’or, avec de merveilleux rĂ©sultats. C’était merveilleux. Supposez qu’il m’ait dit d’observer, de faire une liste, de regarder et d’écrire, et quand j’aurais Ă©crit la liste, de la ranger avec 130 autres listes dans un carnet de notes. J’aurais appris que l’observation est pĂ©nible, et qu’il n’en sort pas grand chose. Je crois qu’il est trĂšs important, en tout cas ça l’a Ă©tĂ© pour moi, que si vous vous enseignez Ă  faire des observations, vous devez montrer que quelque chose de merveilleux peut en rĂ©sulter. J’ai appris Ă  ce moment lĂ  ce qu’était la science c’était de la patience. Si vous regardiez, observiez et faisiez attention, vous receviez une belle rĂ©compense, mais pas Ă  tous les coups. Quand je suis devenu plus adulte, la consĂ©quence a Ă©tĂ© que j’ai travaillĂ© sur des problĂšmes pĂ©niblement, heure aprĂšs heure pendant des annĂ©es, parfois moins longtemps, avec beaucoup d’échecs, beaucoup de choses jetĂ©es dans la corbeille, mais une fois de temps en temps il y avait l’or d’une nouvelle comprĂ©hension que j’ai appris Ă  espĂ©rer alors que j’étais enfant, le rĂ©sultat de l’observation. Parce que je n’avais pas appris que l’observation n’avait pas de valeur. En passant, nous avons appris d’autres choses dans la forĂȘt. Pendant nos excursions nous voyions les choses habituelles et discutions sur beaucoup de choses sur le combat des arbres pour la lumiĂšre, comment ils poussent le plus haut possible, et comment ils rĂ©solvent le problĂšme de faire monter l’eau Ă  plus de 10 ou 12 mĂštres, sur les petites plantes plantes sur le sol qui capturent les petits rayons de lumiĂšre qui traversent toute la vĂ©gĂ©tation, et ainsi de suite. Un jour, aprĂšs que nous ayons vu tout ceci, mon pĂšre m’emmena encore dans les bois et dit “pendant tout ce temps oĂč nous avons observĂ© la forĂȘt, nous n’avons vu que la moitiĂ© de ce qui s’y passe, exactement la moitiĂ©.” J’ai dit “Que veux-tu dire ?” Il a dit “Nous avons regardĂ© comment toutes ces choses poussent, croissent, mais pour chaque parcelle de croissance il doit y avoir la mĂȘme quantitĂ© de dĂ©croissance, sinon les matiĂšres seraient consommĂ©es pour toujours les arbres morts resteraient pour toujours au sol aprĂšs avoir tout absorbĂ© de l’air et du sol, et ça ne retournerait pas dans le sol ou l’air, donc rien d’autre ne pourrait pousser ici car il n’y aurait plus de matiĂšre disponible. Pour chaque parcelle de croissance, il doit y avoir exactement la mĂȘme quantitĂ© de dĂ©croissance. Alors suivirent beaucoup de ballades dans les bois au cours desquelles nous avons cassĂ© de vieilles souches, vu pousser des mousses et des champignons. Il ne pouvait pas me montrer les bactĂ©ries, mais nous avons vu l’effet de la pourriture etc. J’ai vu la forĂȘt comme un processus continu de transformation des matiĂšres. Il y eut beaucoup de choses similaires, de descriptions faites d’étrange maniĂšres. Il commençait souvent Ă  parler de certains sujets ainsi “Suppose qu’un Martien atterrisse et regarde le monde”. Par exemple, quand je jouais au train Ă©lectrique, il me racontait qu’il y avait une grande roue mue par l’eau, branchĂ©e par des fils de cuivre qui partent dans toutes les directions, et puis qu’il y a de petites roues, et que toutes ces petites roues tournent quand la grande roue tourne. Le lien entre elles n’est que de cuivre et du fer, rien d’autre, aucune piĂšce mobile. Tu tournes la grande roue lĂ , et toutes les petites roues tournent aussi, partout, et ton train est l’une d’elles. C’était un monde merveilleux que mon pĂšre me dĂ©crivait. Vous pourriez vous demander ce qu’il en a tirĂ©. Je suis allĂ© au MIT. Je suis allĂ© Ă  Princeton. Je suis rentrĂ© Ă  la maison et il m’a dit “Maintenant tu as une Ă©ducation scientifique. J’ai toujours voulu savoir quelque chose que je n’ai jamais compris et, mon fils, j’aimerais que tu me l’expliques.” J’ai dit oui. Il a dit “Je sais qu’ils disent que la lumiĂšre est Ă©mise par un atome quand il passe d’un Ă©tat Ă  l’autre, d’un Ă©tat excitĂ© Ă  un Ă©tat de plus basse Ă©nergie.” J’ai dit “C’est juste.” “Et la lumiĂšre est une sorte de particule, un photon je crois.” “Oui” “Donc si le photon sort d’un atome quand il passe de l’état excitĂ© Ă  l’état plus bas, le photon doit avoir Ă©tĂ© dans l’atome excitĂ©.” J’ai dit “En fait, non.” Il a dit “Comment peux tu imaginer une particule, un photon sortant de l’atome sans avoir Ă©tĂ© dedans Ă  l’état excitĂ© ?” J’y ai pensĂ© quelques minutes et j’ai dit “Je suis dĂ©solĂ©, je ne sais pas. Je ne peux pas te l’expliquer.” Il a Ă©tĂ© trĂšs déçu aprĂšs toutes ces annĂ©es Ă  essayer de m’enseigner quelque chose, que ça ne donne que de si piĂštres rĂ©sultats. Éloge du doute Ce qu’est la science, je pense, pourrait ĂȘtre quelque comme ça il y a eu sur cette planĂšte une Ă©volution de la vie jusqu’à l’étape oĂč existent des animaux Ă©voluĂ©s, intelligents. Je ne veux pas dire juste les ĂȘtres humains, mais les animaux qui jouent et apprennent de leurs expĂ©riences, comme les chats. Mais Ă  cette Ă©tape, chaque animal n’apprendrait que de ses propres expĂ©riences. Ils se dĂ©veloppement graduellement, jusqu’à ce que certains animaux puissent apprendre plus vite de l’expĂ©rience, et puissent mĂȘme apprendre des expĂ©riences des autres en regardant, ou l’un peut montrer Ă  un autre, ou l’un voit ce que l’autre a il est apparu la possibilitĂ© que tous puissent apprendre, mais la transmission Ă©tait inefficace, et ils pouvaient mourir, et peut-ĂȘtre celui qui apprenait mourrait aussi avant qu’il puisse transmettre Ă  d’autres. La question est est-il possible d’apprendre plus vite ce que quelqu’un a appris par accident que la vitesse Ă  laquelle la chose est oubliĂ©e, soit Ă  cause d’une mauvaise mĂ©moire, soit en raison de la mort des Ă©lĂšves ou de l’inventeur ? Alors est venu le temps, peut-ĂȘtre, oĂč pour certaines espĂšces humaines ?, la vitesse de l’apprentissage augmenta, atteignant une telle cadence que soudainement quelque chose de complĂštement nouveau arriva les choses apprises par un unique animal passĂšrent Ă  un autre, puis Ă  un autre si vite que ce n’est pas oubliĂ© par l’espĂšce. Ainsi devint possible une accumulation de la connaissance de l’espĂšce. Ceci a Ă©tĂ© appelĂ© “time-binding“. Je ne sais pas qui l’a appelĂ© comme ça en premier NdT Alfred Korzybski. En fin de compte, nous avons ici, dans cette salle, des reprĂ©sentants de ces animaux assis, essayant de relier leurs expĂ©riences, chacun essayant d’apprendre de l’autre. Ce phĂ©nomĂšne d’avoir une mĂ©moire de l’espĂšce, d’avoir une accumulation de connaissances transmissible d’une gĂ©nĂ©ration Ă  l’autre Ă©tait nouvelle, mais elle incorporait une maladie il Ă©tait possible de transmettre des idĂ©es qui n’étaient pas profitables Ă  l’espĂšce. L’espĂšce a des idĂ©es, mais elles ne sont pas nĂ©cessairement profitables. Donc un temps est venu oĂč les idĂ©es, bien qu’accumulĂ©es trĂšs lentement, n’étaient pas que des choses utiles, mais un tas de toutes sortes de prĂ©jugĂ©s, et de croyances Ă©tranges et bizarres. Alors un moyen d’éviter la maladie a Ă©tĂ© dĂ©couvert. C’était de douter que ce qui Ă©tait transmis du passĂ© Ă©tait vrai, et d’essayer de redĂ©couvrir ab initio ce qu’il en est Ă  partir de l’expĂ©rience plutĂŽt que de faire confiance Ă  l’expĂ©rience du passĂ© sous la forme sous laquelle elle nous a Ă©tĂ© transmise. Et c’est ce qu’est la science le rĂ©sultat de la dĂ©couverte selon laquelle il vaut la peine de revĂ©rifier par de nouvelles expĂ©riences directes, et ne pas nĂ©cessairement faire confiance Ă  l’expĂ©rience de l’espĂšce humaine du passĂ©. C’est ma meilleure dĂ©finition. Je voudrais vous rappeler toutes les choses que que vous savez trĂšs bien afin de vous donner un peu d’enthousiasme. En religion, les leçons de morale sont enseignĂ©es, mais elles ne sont pas juste enseignĂ©es une fois, vous ĂȘtes inspirĂ©s encore et encore, et je crois qu’il est nĂ©cessaire d’inspirer encore et encore, et de rappeler la valeur de la science aux enfants, aux ados et Ă  tout le monde, de diffĂ©rentes maniĂšres, et pas seulement pour qu’ils deviennent de meilleurs citoyens, plus capables de contrĂŽler la nature etc. Il y a autre chose. Il y a la valeur de la vision du monde créée par la science. Il y a la beautĂ© et les merveilles du monde que nous dĂ©couvrons Ă  travers les rĂ©sultats de ces nouvelles expĂ©riences. C’est-Ă -dire les rĂ©sultats de ce que je vous ai juste rappelĂ©, que les choses bougent parce que le soleil brille. Cependant, pas tout ne bouge parce que le soleil brille. La Terre tourne indĂ©pendamment du fait que le soleil brille, et la rĂ©action nuclĂ©aire produit de l’énergie sur Terre, une nouvelle source. Probablement que les volcans sont alimentĂ©s par une source diffĂ©rente que le rayonnement du soleil. Le monde a l’air si diffĂ©rent aprĂšs avoir appris la science. Par exemple les arbres sont faits d’air, principalement. Quand ils brĂ»lent ils retournent Ă  l’air et dans leurs flammes, la chaleur libĂ©rĂ©e est celle que le soleil a fourni pour convertir l’air en arbre, et dans les cendres il y a les petits restes de ce qui n’est pas venu de l’air mais de la terre. Ce sont de magnifiques choses, et le contenu de la science en est merveilleusement plein. Elles sont trĂšs inspiratrices, et peuvent ĂȘtre utilisĂ©es pour inspirer d’autres. Une autre des qualitĂ©s de la science est qu’elle enseigne la valeur de la pensĂ©e rationnelle ainsi que l’importance de la libertĂ© de pensĂ©e, les rĂ©sultats positifs qui viennent du doute que les leçons sont toutes justes. Vous devez distinguer ici, spĂ©cialement dans l’enseignement, la science des formes et procĂ©dures qui sont parfois utilisĂ©es pour dĂ©velopper la science. Il est facile de dire “Nous Ă©crivons, expĂ©rimentons et observons et faisons ceci ou cela.” Vous pouvez recopier ce schĂ©ma exactement. Mais les grandes religions sont dissipĂ©es par les formes suivantes en oubliant le contenu exact de l’enseignement de leurs fondateurs. De la mĂȘme maniĂšre, il est possible de suivre le schĂ©ma et de l’appeler “science”, mais c’est de la pseudo-science. C’est ainsi que nous souffrons tous de cette sorte de tyrannie qui existe aujourd’hui dans beaucoup d’institutions qui sont passĂ©es sous l’influence de conseillers pseudo-scientifiques. Il y a beaucoup d’études en pĂ©dagogie par exemple oĂč des gens font des observations, des listes, des statistiques et ainsi de suit C’est tout au plus une sorte d’imitation de science analogue aux terrains d’aviation en bois faits par des indigĂšnes des Mers du Sud, avec tours de contrĂŽle et tout. Les indigĂšnes espĂšrent qu’un grand avion viendra. Ils ont mĂȘme construits des avions en bois ressemblant Ă  ceux qu’ils voient sur les aĂ©roports autour d’eux, mais Ă©tonnamment, leurs avions ne volent pas *** Le rĂ©sultat de cette imitation pseudo-scientifique est de produire des experts, tels que beaucoup d’entre vous. Mais vous les instituteurs, qui enseignez rĂ©ellement aux enfants Ă  la base, vous pouvez peut-ĂȘtre douter des experts. En fait, je peux aussi dĂ©finir la science d’une autre maniĂšre la science est la croyance en l’ignorance des experts. Quand quelqu’un dit “La science nous enseigne ceci ou cela”, il utilise le mot de maniĂšre incorrecte. La science n’enseigne rien du tout, c’est l’expĂ©rience qui enseigne. Si on vous dit “La science a montrĂ© ceci ou cela,” vous pouvez demander “Comment la science montre ceci ? Comment les scientifiques l’ont-ils dĂ©couvert ? Comment ? Quoi ? OĂč ?” Ca ne doit pas ĂȘtre “la science a montrĂ©â€ mais “cette expĂ©rience, ou cet effet a montrĂ©.” Et vous avez tout autant le droit que n’importe qui d’autre en entendant parler de ces expĂ©riences, mais soyez patient en Ă©coutant toutes les informations, de juger si une conclusion sensĂ©e en a Ă©tĂ© tirĂ©e. Dans un domaine tel que l’éducation, si compliquĂ© que la vraie science n’a pas encore Ă©tĂ© capable d’aller nulle part, nous devons nous reposer sur une sorte de sagesse dĂ©modĂ©e, une sort d’évidence dirigĂ©e. Je suis en train d’inciter l’enseignant de base Ă  avoir de l’espoir et de la confiance en l’intelligence naturelle et le sens commun. Les experts qui vous dirigent peuvent avoir tort. J’ai probablement ruinĂ© le systĂšme, et le Ă©tudiants qui viennent Ă  Caltech ne seront plus assez bons. je crois que nous vivons une Ă©poque non scientifique dans laquelle tout le verbiage de la communication, de la tĂ©lĂ©vision, les mots, les livres etc. sont non scientifiques. En consĂ©quence, il y a une quantitĂ© considĂ©rable de tyrannie intellectuelle au nom de la science. Finalement, Ă  propos de ce “time-binding”, un homme ne peut pas vivre aprĂšs la tombe. Chaque gĂ©nĂ©ration qui dĂ©couvre quelque chose par sa propre expĂ©rience doit la transmettre plus loin, mais doit la transmettre avec un dĂ©licat Ă©quilibre de respect et d’irrespect, de maniĂšre Ă  ce que l’espĂšce humaine, maintenant qu’elle est consciente de la maladie qui l’atteint, n’inflige pas ses erreurs Ă  sa jeunesse de maniĂšre trop rigide, mais passe la sagesse accumulĂ©e plus la sagesse qui n’est peut-ĂȘtre pas de la sagesse. Il est nĂ©cessaire d’enseigner Ă  la fois d’accepter et de rejeter le passĂ© avec une sorte d’équilibre qui demande un talent considĂ©rable. La science, en plus de tous ses sujets, contient en elle-mĂȘme une leçon sur le danger de croire Ă  l’infaillibilitĂ© des plus grands maĂźtres de la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente. Alors continuez. Merci. Notes * voilĂ  pour mesurer le niveau de machisme ambiant dans les annĂ©es 1940 
 ** mais j’ai des doutes selon la WikipĂ©dia cet oiseau ne vit pas en AmĂ©rique du Nord, et je n’ai trouvĂ© “HalsenflĂŒgel” nulle part
 D’aprĂšs les recherches d’une passionnĂ©e d’oiseaux ma maman, ce serait plus probablement la grive Ă  ailes rousses, Dusky Thrush en anglais, RostflĂŒgeldrossel en anglais, æ–‘éž« en chinois et Turdus eunomus en latin. *** Feynman a prononcĂ© en 1974 un discours Ă  Caltech intitulĂ© “Cargo cult science” utilisant cette image, et il est dĂ©jĂ  traduit ici “la science du culte du cargo” RĂ©fĂ©rence Feynman, R. P. “What Is Science”, 1969, The Physics Teacher, 76, 313. doi Longtemps la science s'est fondĂ©e sur ce qu'elle savait. Avec les succĂšs que l'on sait. Oui, mais, cette volontĂ© de savoir la conduit aujourd'hui Ă  prendre en
Psychologie et Santé Intégratives Accompagnements individuels et formations Accueil > Inspirations > La vraie science est une ignorance qui se... La vraie science est une ignorance qui se sait. Montaigne
La« science qui ne se fait pas » relĂšve de cette grande variante, si elle dĂ©signe bien cette connaissance qui pourrait ĂȘtre produite, sur la base d’une ignorance bien identifiĂ©e, mais qui n’aboutit pas Ă  une recherche, par exemple parce qu’elle n’est pas brevetable, ou parfois parce qu’elle est menaçante Ă  l’égard d’intĂ©rĂȘts industriels. Cette variante a 32 Quelle est la diffĂ©rence entre savoir et connaissance ? Faut-il chercher Ă  savoir ou Ă  connaĂźtre ? Comment apprendre vĂ©ritablement ? Au premier abord, savoir et connaissance semblent synonymes. En rĂ©alitĂ©, ces termes renvoient Ă  deux maniĂšres d’apprendre bien diffĂ©rentes, voire opposĂ©es. On peut faire la distinction suivante entre savoir et connaissance le savoir, ou science, est une somme d’informations accumulĂ©es ; il peut s’acquĂ©rir et se transmettre par un enseignement ou par des livres, la connaissance parfois avec un C majuscule est la tentative d’accĂ©der Ă  la vĂ©ritĂ© ultime. C’est une quĂȘte de rĂ©ponses aux grandes questions existentielles que l’Homme se pose. Voyons la vraie nature de la diffĂ©rence entre savoir et connaissance. Contrairement au savoir, la connaissance est difficilement exprimable ; elle ne peut se transmettre car elle a trait Ă  la progression de chacun sur son propre chemin. D’autre part, la connaissance fait appel Ă  l’intuition, elle tente d’explorer de nouvelles voies au-delĂ  des savoirs dĂ©jĂ  acquis. En rĂ©alitĂ©, le chemin de la connaissance nĂ©cessite parfois d’abandonner ses acquis. Certes, les savoirs peuvent constituer des points d’appui pour le cherchant, mais ils peuvent aussi reprĂ©senter des obstacles Ă  la conquĂȘte de nouveaux horizons. Car celui qui est persuadĂ© de savoir quelque chose a tendance Ă  abandonner sa posture de recherche il ne voit plus du monde qu’à travers ce qu’il croit. Ses certitudes deviennent alors des illusions et renforcent paradoxalement son ignorance. Ainsi, avoir pour seule certitude le fait que l’on est ignorant est le seul moyen de rester en quĂȘte de la connaissance. Plus on se sait ignorant, mieux on apprend Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. Socrate Par consĂ©quent, la diffĂ©rence entre savoir et connaissance peut s’exprimer ainsi le savoir est un acquis tandis que la connaissance est un chemin, le savoir est rĂ©citation, la connaissance est comprĂ©hension et appropriation, le savoir est affirmation alors que la connaissance est questionnement, le savoir est certitude, la connaissance est doute, le savoir est accumulation, la connaissance est dĂ©pouillement Il faut apprendre Ă  dĂ©sapprendre. Citons aussi Le MaĂźtre dit Iou, veux-tu que je t’enseigne le moyen d’arriver Ă  la connaissance ? Ce qu’on sait, savoir qu’on le sait ; ce qu’on ne sait pas, savoir qu’on ne le sait pas c’est savoir vĂ©ritablement ». Entretiens de Confucius Je hais les livres, ils n’apprennent qu’à parler de ce qu’on ne sait pas. Rousseau La diffĂ©rence entre savoir et connaissance dans le taoĂŻsme. Fondateur du taoĂŻsme au VIĂšme siĂšcle avant J-C, Lao-tseu Ă©tablit lui-aussi une distinction claire entre savoir et connaissance Ne pas savoir est la vraie connaissance. PrĂ©sumer savoir est une maladie. Prends d’abord conscience que tu es malade ; alors tu pourras recouvrer la santĂ©. Le MaĂźtre est son propre mĂ©decin. Il s’est guĂ©ri de tout savoir, ainsi est-il vĂ©ritablement sain. Tao Te King, 71 Ce qu’apprend le MaĂźtre, c’est Ă  dĂ©sapprendre. Tao Te King, 64 Dans la recherche du savoir, chaque jour quelque chose est ajoutĂ©. Dans la pratique du Tao, chaque jour quelque chose est abandonnĂ©. Tao Te King, 48 Distinction entre savoir et connaissance chez Spinoza. Spinoza distingue trois niveaux ou genres » de connaissance Les perceptions ou connaissance par expĂ©rience vague » idĂ©es sans ordre valable, opinions confuses, imagination
 La raison pensĂ©e ordonnĂ©e qui permet de saisir les propriĂ©tĂ©s des choses, La Science intuitive apprĂ©hension Ă  la fois intuitive et rationnelle des lois fondamentales, menant Ă  la comprĂ©hension de l’essence des choses. Ainsi Le premier genre est sensation, illusion et habitude, Le deuxiĂšme genre est rationnel et dĂ©ductif c’est le savoir scientifique, mais qui ne peut s’appuyer que sur des concepts. Ce savoir rĂ©pond Ă  la question comment ? » Le troisiĂšme genre donne accĂšs Ă  la connaissance suprĂȘme l’intuition dĂ©voile l’évidence. Cette connaissance rĂ©pond Ă  la question pourquoi ? » Comment Lemot "ignorance" est utilisĂ© en deux significations. Tout d'abord, c'est un manque intellectuel de culture et d'ignorance. Quand une personne ne connaĂźt pas, par exemple, tout comme Sherlock Holmes, que la Terre tourne autour du Soleil. DeuxiĂšmement, la dĂ©finition de «l'ignorance» a un sens familier – de se comporter de maniĂšre mercredi 17 juillet 2019 0739 Écrit par Julie Cadilhac Par Julie Cadilhac - En 399 avant J-C, le philosophe Socrate est accusĂ© par le tribunal d’AthĂšnes d’inventer de nouveaux dieux, de troubler l’ordre de la citĂ© et de corrompre la jeunesse. Lors de son procĂšs, ce dernier, ne cherchant nullement Ă  se dĂ©fendre, invite plutĂŽt les juges Ă  rĂ©flĂ©chir sur ce qu’est la justice et sur ce que nous sommes prĂȘts Ă  lui sacrifier. Son dernier enseignement sera le suivant la mort du corps ne doit pas ĂȘtre redoutĂ©e, la corruption de l’ñme est bien davantage Ă  craindre. Il acceptera donc son sort et boira la CiguĂ« en homme libre et fidĂšle Ă  sa pensĂ©e. [bt_quote style="default" width="0"]Mettre Ă  mort pour justifier votre façon de vivre.[/bt_quote] Olivier Saccomano a Ă©crit une piĂšce intelligente. Initialement conçue pour jouer dans les lycĂ©es, sa structure usant de redondances, son Ă©criture fluide et au vocabulaire accessible, rendent le propos philosophique trĂšs intelligible. La teneur du propos en fait en outre un travail pertinent pour tous les publics. Les trois songes » successifs font intervenir sur le plateau le philosophe en personne, le politicien Alcibiade, le religieux Euthyphron et un juge. Olivier Coulon-Jablonka a imaginĂ© une mise en scĂšne dotĂ©e d’un dispositif scĂ©nographique "lĂ©ger" et adaptable aux divers lieux possibles des reprĂ©sentations. Ici, Ă  l'EntrepĂŽt Ă  Avignon, quelques chaises forment un demi-cercle Ă  l’intĂ©rieur duquel Jean-Marc Layer et Guillaume Riant s’échangent tour Ă  tour le rĂŽle de Socrate et sont simplement accompagnĂ©s de deux Ă©crans sur lesquels s’affichent en contrepoint goguenard des clins d’oeil Ă  notre contemporanĂ©itĂ©. Les deux comĂ©diens sĂ©duisent par leur complicitĂ© discrĂšte et leur jeu pĂ©tillant dans cet exercice socratique passionnant. Doxa? EpistĂ©mĂ©? Socrate n’a cessĂ© de poser des questions pour prouver les limites de notre connaissance. Je ne sais qu’une chose c’est que je ne sais rien », explique-t-il avec une sage humilitĂ©. Il faut s'efforcer de rechercher toujours la vĂ©ritĂ© pour traquer la suffisance et l’ignorance. Lorsque le procĂšs s’achĂšve, le spectateur sourit jaune Ă  l’ironie socratique qui fait Ă©cho Ă  sa rĂ©alitĂ©. Comme pour les jurĂ©s du procĂšs de cet illustre philosophe hellĂšne, aujourd’hui, sur les questions essentielles, le gouvernement ne demande pas au peuple de rĂ©pondre aux questions, dĂ© dĂ©battre
mais de simplement voter et de s’exposer au risque de laisser tous ceux qui se laissent guider par la peur de la mort, cette obscure boussole, de faire de mauvais choix. A mĂ©diter, Ă  voir et Ă  conseiller Ă  tous ceux qui aiment les piĂšces qui offrent jusqu'Ă  satiĂ©tĂ© une nourriture spirituelle de qualitĂ©. Trois songes. Un procĂšs de en scĂšne Olivier Coulon-JablonkaInterprĂštes Jean-Marc Layer, Guillaume RiantScĂ©no, Images Anne VaglioRegisseuse Marianne PelcerfCOMPAGNIE MOUKDEN THÉÂTRECOPRODUCTION THÉÂTRE DE SARTROUVILLE Dates et lieux des reprĂ©sentations - DU 5 AU 28 JUILLET 2019- RELÂCHES 9, 16, 23 JUILLET Ă  11h40 Ă  l’ENTREPÔT 1 TER BOULEVARD CHAMPFLEURY, 84000 - AVIGNON - Festival Avignon Off 2019 Accueil Inspirations> La vraie science est une ignorance qui se Inspirations avoir raison Deux maniĂšres de se tromper Acceptation et changement Émerveillement Attention Souffrir Ce qui dĂ©pend de nous PensĂ©e et mĂ©moire Ce que l’homme fait de lui mĂȘme Un jour une vie Information et expĂ©rience ActualitĂ© SantĂ© SantĂ© publique Par PubliĂ© le 13/05/2013 Ă  1343 Que croire ? Et qui croire ? Maladie de la vache folle, ondes Ă©lectromagnĂ©tiques, Sras, changement climatique, gaz de schiste Pour rĂ©pondre Ă  ces questions, l'Ihest vient d'Ă©diter Partager la science. L'illettrisme scientifique en question. Les controverses sont encore nombreuses aujourd'hui. Pas plus sans doute qu'elles ne l'Ă©taient dĂ©jĂ  au XIXe siĂšcle avec les polĂ©miques autour du gaz de ville, du train, de la voiture, des mĂ©dicaments... mais elles sont plus vastes, touchent plus de gens et suscitent des rĂ©actions parfois totalement interrogations du grand public, ces affrontements entre experts» envahissent les esprits et les mĂ©dias. C'est pour tenter de voir plus clair dans les rapports entre les sciences et la sociĂ©tĂ© que l'Institut des hautes Ă©tudes de science et de sociĂ©tĂ© Ihest vient de publier un ouvrage collectif regroupant plus d'une vingtaine de personnalitĂ©s venues de divers horizons, sous la coordination de Marie-Françoise Chevalier-Leguyader, la directrice de l'Ihest. La question, provocante, posĂ©e est Partager la science. L'illettrisme scientifique en question*.Dans ces pages, on comprend qu'au moins trois modes de pensĂ©e imparfaits se confrontent autour des questions de sciences et de sociĂ©tĂ© les gens n'y connaissent rien» ; on ne leur explique pas assez bien» ; on n'en sait pas assez pour ĂȘtre affirmatif». D'oĂč un profond divorce entre sciences et sociĂ©tĂ©. Des sismologues italiens n'ont-ils pas Ă©tĂ© rĂ©cemment condamnĂ©s en justice pour n'avoir pas prĂ©vu un sĂ©isme?
Perle rhĂ©torique»On reproche souvent aux scientifiques de rester dans leur tour d'ivoire ; pourtant, nombreux sont ceux qui font l'effort de vulgariser» leur science. Avec plus ou moins de bonheur, il est vrai. Les discours portant sur l'illettrisme scientifique attribuent souvent au public une ignorance sur des principes, mĂ©thodes ou rĂ©sultats scientifiques jugĂ©s importants. Mais que se passe-t-il en rĂ©gime de controverse, qu'en est-il si cette ignorance n'est pas seulement subie, mais bien activement produite?», Ă©crit ainsi le philosophe Mathias Girel, qui rappelle comment dans les annĂ©es 1950 l'industrie du tabac menait des campagnes de dĂ©sinformation pour discrĂ©diter les rĂ©sultats scientifiques prouvant la dangerositĂ© de leur prĂšs de nous, le physicien Étienne Klein affirme qu'il ne faut pas cesser de traduire l'intraduisible» et prend l'exemple de la pseudo-controverse» sur l'origine du changement climatique. Pour lui, on a pu entendre pendant des mois sur les ondes des assertions pseudo-scientifiques en apparence convaincantes, mais en rĂ©alitĂ© parfaitement fausses». Et de citer en exemple ce qu'il appelle une perle rhĂ©torique» d'un ancien ministre de l'Éducation nationale qui avait dĂ©clarĂ© Comment peut-on prĂ©tendre prĂ©voir le climat du prochain siĂšcle alors que les prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques ne vont pas au-delĂ  de quelques jours?»Bien d'autres questions sont abordĂ©es dans cet ouvrage, dont celles concernant la premiĂšre Ă©ducation et sa contribution Ă  la formation et Ă  l'acquisition d'une culture scientifique. Des exemples sont donnĂ©s pour les États-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le BrĂ©sil, la CorĂ©e ou les pays du Maghreb. Bien des progrĂšs sont encore Ă  rĂ©aliser.* Partager la science. L'illettrisme scientifique en question». Éditions Actes Sud/Ihest.
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Sattendant Ă  trouver Ă  la campagne calme et voluptĂ©, les six rĂ©fugiĂ©s gouteront surtout Ă  la lĂ©gendaire hospitalitĂ© d’un village français. L’occasion rĂȘvĂ©e de secouer les peurs et les prĂ©jugĂ©s pour Sophie et nos trois Vieux Fourneaux, promus consultants inattendus d'une campagne Ă©lectorale que Larquebuse, le maire de Montcoeur n’est pas prĂȘt d’oublier.
"La vĂ©ritĂ© est dans la contradiction." Friedrich Hegel L’erreur, fondement de
 la vĂ©ritĂ© scientifique Avertissement, nous ne voulons discuter ici ni des fausses sciences, ni des para-sciences, ni des pseudo-sciences, ni des magies, ni des conceptions religieuses des sciences, ni des menteurs et des trafiquants de la science, ni de la notion de fraude en sciences, ni de la bonne foi ou de la mauvaise foi dans l’erreur, ni mĂȘme du caractĂšre limitĂ© des capacitĂ©s de l’homme en sciences et des difficultĂ©s de la connaissance, mais au contraire des succĂšs de la connaissance au cours du fonctionnement normal, courant, habituel de la science, celui fonctionne Ă  partir d’erreurs et pour parvenir Ă  d’autres erreurs, tout en n’ayant jamais cessĂ© de chercher la vĂ©ritĂ©. Nous ne dĂ©veloppons pas ici une conception qui soutienne l’importance du doute mĂ©thodologique, de la confrontation Ă  l’expĂ©rience ou de la compatibilitĂ© avec les autres connaissances, de la nĂ©cessitĂ© de se remettre en question, ni de toute autre conception de type moral sur la dĂ©marche scientifique. Nous ne discutons pas ici des critĂšres de vĂ©rification des preuves, ni des conceptions diverses de la vĂ©ritĂ©. Nous ne cherchons pas non plus Ă  opposer la notion de recherche de la vĂ©ritĂ© aux conceptions philosophiques des diverses sociĂ©tĂ©s, et Ă  relativiser ainsi la science, ni Ă  dĂ©velopper un quelconque scepticisme Ă  son Ă©gard, ni encore Ă  soutenir un pragmatisme qui pousse Ă  affirmer que la vĂ©ritĂ© absolue ne serait pas un but de la science qui devrait se contenter de vĂ©ritĂ©s partielles et locales. Nous ne voulons pas discuter des oppositions entre vĂ©ritĂ© et rĂ©alitĂ©, entre vĂ©ritĂ© et mensonge, entre vĂ©ritĂ© et possibilitĂ©, etc
 Non, nous voulons simplement discuter du caractĂšre Ă  notre avis indispensable, incontournable et positif de l’erreur en sciences, mĂȘme si ce n’est bien entendu pas le cas de n’importe quelles erreurs ni Ă  tout moment au sein du processus de la science
 LIRE AUSSI Qu’est-ce que la vĂ©ritĂ© ? Qu’est-ce que la science ? La vĂ©ritĂ© scientifique est-elle dans les faits ? Qu’est-ce que le phĂ©nomĂšne » ? La science et l’expĂ©rience Contre l’éclectisme, le relativisme et le scepticisme Contre l’empirisme La dialectique est-elle indispensable Ă  la pensĂ©e scientifique Faut-il une philosophie en sciences ? L’importance des paradigmes en sciences La science est-elle rĂ©futable ? La science est-elle mathĂ©matique ? La mystification de la matiĂšre L’objectivitĂ© du monde matĂ©riel Pourquoi la matiĂšre Ă©chappe Ă  l’intuition et au bon sens Il ne saurait y avoir de vĂ©ritĂ© premiĂšre. Il n’y a que des erreurs premiĂšres. » Gaston Bachelard La vĂ©ritĂ© est un mensonge rectifiĂ©. » Gaston Bachelard Parfois le mensonge explique mieux que la vĂ©ritĂ© ce qui se passe dans l’ñme. » Maxime Gorki La vĂ©ritĂ© est dans la contradiction. » Friedrich Hegel En fait de vĂ©ritĂ©s inutiles, l’erreur n’a rien de pire que l’ignorance. » Jean-Jacques Rousseau Pour le bon sens commun comme dans la conception de bien des auteurs, notamment celle des scientifiques, la vĂ©ritĂ© scientifique serait diamĂ©tralement opposĂ©e Ă  l’erreur et, comme telle, Ă  combattre attentivement, Ă  dĂ©masquer, Ă  effacer, Ă  dĂ©noncer
 Ainsi raisonnait notamment Descartes qui affirmait que "Il est certain que nous ne prendrons jamais le faux pour le vrai tant que nous ne jugerons que de ce que nous apercevons clairement et distinctement." Certains en sont mĂȘme restĂ©s Ă  l’idĂ©e qu’une vĂ©ritĂ© scientifique serait aussi indiscutable que un plus un Ă©gale deux » ! Elle devrait ĂȘtre fondĂ©e sur des certitudes de prĂ©fĂ©rence Ă©tayĂ©es mathĂ©matiquement et que l’on ne devrait jamais plus remettre en question. Ces personnes pensent que le progrĂšs des sciences irait de vĂ©ritĂ©s en vĂ©ritĂ©s, qu’elle progresse de maniĂšre continue ou saccadĂ©e, par rĂ©volutions scientifiques ou par petits progrĂšs, thĂ©oriques comme expĂ©rimentaux. Ils pensent qu’il n’y aurait jamais de retour en arriĂšre vers des thĂšses abandonnĂ©es pendant longtemps et que l’on croyait dĂ©finitivement rejetĂ©es. Ils n’ont pas conscience de fonder leur conception de la science dĂ©jĂ  sur une erreur la science ne peut pas progresser sans se hasarder sur des hypothĂšses comme le soulignait Henri PoincarĂ© et aller jusqu’au bout de leur examen, quitte Ă  se hasarder dans des impasses. Mais, en progressant ainsi, la science ne se trompe pas elle ne peut pas faire autrement que d’explorer et d’inventer des voies quitte Ă  trouver qu’elles ne sont pas les bonnes. La science progresse d’erreur en erreur et non de vĂ©ritĂ© en vĂ©ritĂ©. Jamais nous ne disposons de vĂ©ritĂ© indiscutable en sciences, ne serait-ce que parce que nos possibilitĂ©s d’accĂ©der aux informations sur le monde sont limitĂ©es par les moyens techniques de notre Ă©poque. On ne voit pas les mĂȘmes choses avec un microscope qu’avec un microscope Ă  effet tunnel ! On ne trouve les mĂȘmes rĂ©sultats sur les propriĂ©tĂ©s de la matiĂšre dans un tube Ă  essais que dans un accĂ©lĂ©rateur de particules ! Et les images que nous pouvons nous donner du fonctionnement du monde matĂ©riel dĂ©pendent dĂ©jĂ  des connaissances issues de ces moyens d’observation. Ainsi, nous sommes capables d’observer plus avant dans la matiĂšre, vers le plus petit, le plus loin dans l’espace, le plus Ă©nergĂ©tique, le mouvement le plus rapide, le plus en temps court au fur et Ă  mesure des Ă©poques. Et cela change considĂ©rablement ce que l’on voit mais aussi notre vision du monde, c’est-Ă -dire nos conceptions de la matiĂšre. L’exemple de la physique quantique est lĂ  pour nous montrer que le plus petit n’est pas une rĂ©duction de ce qui se passe Ă  niveau plus grand en taille, ce n’est pas une simple rĂ©duction
 Un monde hiĂ©rarchiquement infĂ©rieur peut avoir des fonctionnements et des lois complĂštement diffĂ©rentes de ce qu’elles sont au niveau supĂ©rieur. Le monde Ă  l’échelle quantique de la taille d’une action correspondant Ă  un ou Ă  un petit nombre de quanta de Planck ne fonctionne pas du tout sur le modĂšle que nous concevons pour la matiĂšre Ă  notre Ă©chelle. Le monde du vide quantique fonctionne encore sur un tout autre mode que celui des particules dites Ă©lĂ©mentaires. Par exemple, la mĂ©canique classique avec vitesse et position ne fonctionne que pour tout ce qui est plus grand que notre Ă©chelle dite macroscopique mais pas au niveau quantique. Et le temps lui-mĂȘme, avec son Ă©coulement en une seul sens n’existe plus du tout dans le vide quantique ! Il y a de vĂ©ritables sauts entre les diffĂ©rents niveaux emboitĂ©s qui constituent le monde. Il est certes possible d’étudier des phĂ©nomĂšnes impliquant essentiellement un seul niveau et c’est ce qui permet de raisonner suivant une conception en oubliant les autres. On peut ainsi continuer Ă  utiliser la mĂ©canique classique ou l’électromagnĂ©tisme classique dans certains domaines. Mais il faut quand mĂȘme savoir que l’on a choisi, en agissant ainsi, de faire abstraction de toute une partie de la rĂ©alitĂ©, d’échelle beaucoup plus grande ou beaucoup plus petite que ce soit en termes de distance, de temps, d’énergie. De la mĂȘme maniĂšre, on peut tout Ă  fait vivre et agir efficacement sur terre en considĂ©rant que la terre est plate sans trop se tromper. Il peut mĂȘme ĂȘtre bien plus faux de raisonner Ă  notre Ă©chelle Ă  partir de l’idĂ©e que la terre est ronde. Le mensonge » de la terre plate est une vĂ©ritĂ© pour celui qui construit un immeuble, qui utilise pour cela un niveau Ă  bulle indiquant les verticales et les horizontales. Les verticales, prises pour deux lieux peu Ă©loignĂ©s, sont considĂ©rĂ©es par le bĂątisseur comme des parallĂšles. Pourtant, nous savons maintenant que ces verticales sont fondĂ©es sur la gravitation qui attire toutes les masses vers le centre de gravitĂ© de la terre et donc loin d’ĂȘtre des parallĂšles, ces droites se rencontrent toutes en un mĂȘme point !!! Et pourtant, Ă  notre Ă©chelle, cette erreur thĂ©oriquement totalement fausse, est une vĂ©ritĂ© pratique, car les techniques de construction du BĂątiment ne peuvent avoir une plus grande prĂ©cision. Il serait mĂȘme absurde de chercher une prĂ©cision plus grande pour deux parallĂšles. De telles erreurs », qui sont en mĂȘme temps en quelque sorte des vĂ©ritĂ©s, ne sont pas des exceptions ou des cas particuliers. On est sans cesse dans la situation du bĂątisseur qui fonctionne sur la base d’approximations et d’images partiellement ou totalement erronĂ©es mais qui fonctionnent bien. Nous sommes sans cesse amenĂ©s Ă  nĂ©gliger » des Ă©lĂ©ments de niveau infĂ©rieur. On peut se dire que ce n’est pas grave puisque cela n’entraĂźne pas d’erreurs trop importantes sur le plan pratique. On appelle cela le pragmatisme. Malheureusement, en sciences comme dans d’autres domaines, cette philosophie prĂ©tendument plus terre Ă  terre et donc plus proche de la rĂ©alitĂ©, ne l’est pas. En effet, le fait de nĂ©gliger » des Ă©lĂ©ments plus petits en temps plus court ou plus rapides change complĂštement notre vision du monde et les lois Ă  y appliquer. Ainsi, Ă  notre Ă©chelle, le courant d’eau qui sort du robinet apparaĂźt comme un continuum. On parvient trĂšs bien Ă  s’en sortir en raisonnant ainsi et en comparant ce flot par volumes d’eau, comme si ce liquide Ă©tait continu et divisible Ă  volontĂ©. La molĂ©cule d’eau est suffisamment petite, et il y a un si grand nombre de molĂ©cules dans tout volume d’eau que nous considĂ©rons, que la continuitĂ© de ce courant de liquide suffit Ă  effectuer des calculs et des raisonnements Ă  notre Ă©chelle. Et pourtant, nous avons maintenant que l’eau du robinet, comme toute matiĂšre, ne peut exister que molĂ©cule par molĂ©cule, de maniĂšre tout Ă  fait discontinue. En raisonnant avec des volumes d’eau, on ne fait pourtant le plus souvent aucune erreur de raisonnement ni de calcul et pourtant l’image que nous utilisons est complĂštement fausse et mĂȘme contraire Ă  la rĂ©alitĂ© molĂ©culaire de la matiĂšre. Dans la rĂ©alitĂ©, ces volumes d’eau que nous utilisons dans les calculs existent-ils vraiment ? Non ! En effet, la notion de volume de l’eau comme d’autres matiĂšres n’a pas vraiment de sens car l’eau n’occupe pas de tels volumes. En effet, la molĂ©cule d’eau comme les autres molĂ©cules, loin d’occuper tout un volume laisse des grands vides entre deux molĂ©cules et d’autres grands vides au sein de la molĂ©cule. Donc un volume d’eau est d’abord un volume de vide ! Cependant le calcul de la quantitĂ© d’eau par volumes fonctionne parfaitement Ă  notre Ă©chelle d’expĂ©rience, d’observation et de mesure. Il ne suffit pas de dire que du volume Ă  la molĂ©cule, on a une autre vision qui gagne en prĂ©cision. En effet, en passant d’une vision Ă  l’autre, on change complĂštement d’image, de raisonnements, de lois et de conception, pour ne pas dire de philosophie. On passe d’une matiĂšre considĂ©rĂ©e comme continue, divisible par exemple Ă  l’infini, Ă  une matiĂšre discontinue et mĂȘme discrĂšte, avec une quantitĂ© minimale de base, la molĂ©cule d’eau dont toute quantitĂ© d’eau ne peut qu’ĂȘtre un multiple. C’est un changement radical et pas seulement une amĂ©lioration de la prĂ©cision de la description. Le petit n’est pas identique au grand, avec juste un changement d’échelle. La raison fondamentale du saut entre la petite Ă©chelle et la grande Ă©chelle provient du fait que le petit n’est seulement une brique Ă©lĂ©mentaire du grand, comme on le croyait autrefois selon une vision rĂ©ductionniste du monde qui l’imaginait comme un jeu de Lego. La grande Ă©chelle est un niveau Ă©mergent issu de la petite Ă©chelle, ce qui est trĂšs diffĂ©rent d’un jeu de construction. Emergent signifie que la matiĂšre a grande Ă©chelle n’est pas un objet qui existerait par lui-mĂȘme, serait toujours identique Ă  lui-mĂȘme et obĂ©irait Ă  une loi selon laquelle le tout est la somme des parties ». Quiconque a vu un vase se rompre peut ĂȘtre parfaitement persuadĂ© que le tout est la somme des parties et que si on divisait ce vase en parties encore plus Ă©lĂ©mentaires, en particules par exemple, il en serait de mĂȘme. Et c’est cela qui s’est rĂ©vĂ©lĂ© complĂštement faux. Cela marche assez bien Ă  notre Ă©chelle, dans les phĂ©nomĂšnes les plus courants de matiĂšre Ă  notre Ă©chelle. Cela ne marche plus du tout dĂšs qu’on approche de l’échelle quantique. Quiconque examine de la matiĂšre Ă  notre Ă©chelle, par exemple cette table, est persuadĂ© qu’elle est toujours identique Ă  elle-mĂȘme et qu’il ne lui arrive rien si on n’y touche pas. Il peut croire que c’est toujours la mĂȘme matiĂšre et donc qu’elle doit sans doute toujours ĂȘtre constituĂ©e des mĂȘmes particules mais cela est faux. Car les particules Ă©lĂ©mentaires ne sont pas assimilables Ă  des objets fixes, pas plus qu’aucune matiĂšre Ă  l’échelle quantique. L’étude de toute matiĂšre Ă  l’échelle quantique donne une rĂ©ponse fondamentalement opposĂ©e Ă  de telles assertions. La matiĂšre change sans cesse Ă  petite Ă©chelle au point que l’on ne peut pas suivre le mĂȘme Ă©lectron » ni le mĂȘme proton » comme on peut suivre dans le temps la mĂȘme table » ou le mĂȘme vase ». On ne peut d’ailleurs pas distinguer deux particules du mĂȘme type, comme deux Ă©lectrons ou deux protons, si elles sont dans une zone proche. Dans le vide quantique, on ne peut mĂȘme pas distinguer une particule de matiĂšre du vide qui l’entoure au plus prĂšs. En effet, particules de matiĂšre et particules du vide toutes proches Ă©changent sans cesse leur rĂŽle, la matiĂšre devenant du vide et inversement. Quelle image de la matiĂšre dit vrai et quelle image est une erreur ? Celle Ă  notre Ă©chelle ? Celle Ă  l’échelle des Ă©toiles, des galaxies, des amas de galaxies, des superamas ? Celle Ă  l’échelle des quanta de matiĂšre par exemple des particules dites Ă©lĂ©mentaires ? Celle Ă  l’échelle dite virtuelle du vide quantique ? Celle Ă  l’échelle dite virtuel de virtuel qui fonde le vide quantique ? On ne saurait rĂ©pondre par vrai ou faux aux questions les plus fondamentales des sciences l’atome existe-t-il ? l’éther existe-t-il ? le temps existe-t-il ? la force en physique existe-t-elle ? la matiĂšre est faite d’ondes ? la lumiĂšre est faite d’ondes ? la matiĂšre est faite d’objets ? La raison n’en est pas notre ignorance mais le manque de validitĂ© scientifique de toute philosophie du vrai ou faux ». Il n’y a pas d’un cĂŽtĂ© une vĂ©ritĂ© et de l’autre un mensonge. Il y a une diffĂ©rence de point de vue qui est rendue possible par le caractĂšre intrinsĂšquement contradictoire de la rĂ©alitĂ©. Ce sont ces contradictions rĂ©elles qui permettent des visions diverses. Ainsi, un mammifĂšre qui se dĂ©place sur terre a une certaine vision des forces qui s’exercent sur son corps et de la maniĂšre de les combattre pour se dĂ©placer sur terre. Un insecte ou tout animal trĂšs petit aura une toute autre vision de ces forces et, pour lui, la tension superficielle de l’eau aura une bien plus grande importance que la gravitation. Nous ne cherchons pas ainsi Ă  relativiser ce que nous dit la matiĂšre. Nous cherchons Ă  souligner que les points de vue coexistent parce que la matiĂšre contient les deux termes de la contradiction. Nous n’avons pas Ă  choisir entre la matiĂšre-onde et la matiĂšre-corpuscule, entre la matiĂšre dire virtuelle du vide et la matiĂšre dite rĂ©elle, entre la matiĂšre-Ă©nergie, se dĂ©plaçant Ă  la vitesse de la lumiĂšre, et la matiĂšre de masse inerte, se dĂ©plaçant Ă  vitesse limitĂ©e. En effet, les uns et les autres coexistent au point de pouvoir s’échanger, se combiner, se transformer, etc
 Il ne s’agit donc nullement d’en tirer une leçon en termes de relativisme, ni de pragmatisme, ni de scepticisme mais de conception dialectique du rĂ©el, ce qui est bien diffĂ©rent. Les niveaux hiĂ©rarchiques coexistent de maniĂšre dialectique contradictoires et combinĂ©s. Ondes et corpuscules, quantique et relativitĂ©, mascroscopique et microscopique s’opposent et se composent
 La progression des idĂ©es scientifiques est tout aussi dialectique. L’histoire des sciences est pleine de va et vient entre des idĂ©es considĂ©rĂ©es comme vraies et des idĂ©es considĂ©rĂ©es comme fausses. Par exemple, on a longtemps cru que la principale erreur de Newton rĂ©sidait dans sa conception de la lumiĂšre fondĂ©e sur des corpuscules discontinuitĂ© alors que, durant de longues annĂ©es, la science de la lumiĂšre a pu progresser considĂ©rablement en se fondant sur la continuitĂ© des ondes. La physique quantique, dĂ©veloppĂ©e Ă  partir de l’effet photoĂ©lectrique d’Einstein, a donnĂ© le coup de grĂące Ă  cette idĂ©e continue de la lumiĂšre. Peu aprĂšs, la physique quantique donnait aussi le coup de grĂące Ă  l’idĂ©e inverse selon laquelle la matiĂšre ne connaissait pas de lois continues du type ondes », avec la dĂ©couverte de Louis de Broglie des ondes de matiĂšre
 L’opposition diamĂ©trale des ondes et des corpuscules avait vĂ©cu. Et d’autres oppositions diamĂ©trales allaient suivre, toujours grĂące Ă  la physique quantique, dont l’opposition entre matiĂšre et lumiĂšre, l’opposition entre matiĂšre et vide. La relativitĂ© allait dĂ©truire aussi l’opposition diamĂ©trale entre matiĂšre et lumiĂšre, entre passĂ© et futur, entre matiĂšre et Ă©nergie
 La vĂ©ritĂ© et l’erreur, peut-on dĂ©crire ainsi les dĂ©veloppements de la science ? La physique de Newton est-elle une erreur » par rapport Ă  la physique de la relativitĂ© d’Einstein ? La relativitĂ© restreinte est-elle une erreur » par rapport Ă  la relativitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e ? Les diffĂ©rents niveaux de la physique quantique sont-ils des vĂ©ritĂ©s ou des erreurs les uns par rapport aux autres ? Qui reprocherait, par exemple, Ă  Bohr ou Ă  Rutherford leur image de l’atome dite planĂ©taire, aujourd’hui abandonnĂ©e, dans lequel on considĂ©rait que les Ă©lectrons tournaient autour du noyau atomique Ă  la maniĂšre de planĂštes tournant autour du soleil. On sait aujourd’hui que cette image est fausse et rendrait impossible la stabilitĂ© de la matiĂšre, des Ă©lectrons tournant perdraient trĂšs rapidement leur Ă©nergie et tomberaient sur le noyau. Cela n’a pas empĂȘchĂ© cette image d’ĂȘtre encore souvent prĂ©sentĂ©e et d’avoir permis de raisonner sur des niveaux de couches de l’atomes et d’interprĂ©ter du coup les Ă©missions et absorptions de photons comme des sauts d’électrons d’une couche Ă  une autre de l’atome, idĂ©e qui allait fonder la physique quantique. C’est loin d’ĂȘtre un cas exceptionnel. Les exemples oĂč une erreur a Ă©tĂ© Ă  la base d’un progrĂšs fondamental sont lĂ©gion, dans le passĂ© lointain de la science comme Ă  l’époque moderne, de l’idĂ©ologie chinoise d’un monde fondĂ© sur une boule dans un cube qui a donnĂ© naissance Ă  la notion des trois dimensions Ă  l’alchimie qui a conduit Ă  la chimie et qui a Ă©tĂ© finalement vĂ©rifiĂ©e par la transmutation nuclĂ©aire des atomes. On peut citer Ă  l’époque moderne l’erreur du grand physicien Fermi, pour laquelle il a obtenu le prix Nobel. Fermi a en effet cru produire deux nouveaux Ă©lĂ©ments, dont les numĂ©ros d’ordre sont 93 et 94, Ă©lĂ©ments auxquels il a donnĂ© le nom d’ausĂ©nium et d’hespĂ©rium", expliquait ainsi l’acadĂ©mie des Nobel pour justifier son choix. ProblĂšme ces Ă©lĂ©ments n’ont jamais existĂ© dans l’expĂ©rience du chercheur, Fermi s’étant trompĂ© dans son interprĂ©tation. Ce qui ne l’empĂȘchera pas de recevoir le prix Nobel de physique le 12 dĂ©cembre 1938, pour son expĂ©rience menĂ©e en 1934. Quatre annĂ©es sans contradiction scientifique auront suffi pour faire d’une hypothĂšse fausse une "dĂ©couverte scientifique". Il faudra attendre le tout dĂ©but de l’annĂ©e 1939, lorsque deux chercheurs allemands reproduisent l’expĂ©rience d’Enrico Fermi, pour faire la lumiĂšre sur son travail. Et s’apercevoir que s’il avait bien commis une erreur concernant "l’ausĂ©nium" et "l’hespĂ©rium", le chercheur italien avait en revanche fait une dĂ©couverte bien plus importante sans le savoir son expĂ©rience est tout simplement Ă  l’origine de la dĂ©couverte de la fission nuclĂ©aire
 Une erreur trĂšs productive ! Dans La Recherche, Une vision corrosive du progrĂšs scientifique » Dans La Structure des rĂ©volutions scientifiques, Kuhn conclut ainsi - Ă  titre provisoire, il est vrai " Pour ĂȘtre plus prĂ©cis, il se peut que nous soyons amenĂ©s Ă  abandonner l’idĂ©e que les changements de paradigme rapprochent sans cesse les scientifiques et ceux qui les suivent de la vĂ©ritĂ©. "
 Si Kuhn admet que le progrĂšs puisse exister dans les sciences, il dĂ©nie que ce progrĂšs tende vers aucun but, quel qu’il soit. Il emploie frĂ©quemment la mĂ©taphore de l’évolution biologique d’aprĂšs lui, le progrĂšs scientifique ressemblerait Ă  l’évolution telle que la concevait Darwin, c’est-Ă -dire Ă  un processus non dirigĂ© vers un but quelconque. D’aprĂšs lui, la nĂ©cessitĂ© de rĂ©soudre les problĂšmes scientifiques constitue le moteur de la sĂ©lection naturelle des thĂ©ories. Dans une pĂ©riode de science normale, finissent par surgir des problĂšmes insolubles dans le cadre des thĂ©ories existantes. D’oĂč une prolifĂ©ration d’idĂ©es nouvelles ; parmi elles, les mieux adaptĂ©es Ă  la rĂ©solution de ces problĂšmes survivent. Certes, Kuhn reconnaĂźt que les thĂ©ories de Maxwell ou d’Einstein sont meilleures que celles qui les prĂ©cĂ©daient, tout comme les mammifĂšres se sont rĂ©vĂ©lĂ©s plus douĂ©s que les dinosaures pour survivre aux effets des impacts de comĂštes. Mais l’apparition future de nouveaux problĂšmes les verra remplacĂ©es par de nouvelles thĂ©ories, plus adaptĂ©es Ă  la rĂ©solution de ces problĂšmes, et ainsi de suite, sans qu’il s’en dĂ©gage aucune amĂ©lioration d’ensemble
 Il est Ă©galement vrai que les scientifiques immergĂ©s dans une pĂ©riode de science normale Ă©prouvent les plus grandes difficultĂ©s Ă  comprendre les travaux produits par leurs prĂ©dĂ©cesseurs au cours des rĂ©volutions scientifiques prĂ©cĂ©dentes. Nous sommes le plus souvent incapables de ressentir a posteriori la rupture conceptuelle produite pendant une rĂ©volution. Par exemple, un physicien d’aujourd’hui a bien du mal Ă  lire les Principia de Newton, mĂȘme dans une traduction moderne du latin. Il a ainsi fallu des annĂ©es au grand astrophysicien Subrahmanyan Chandrasekhar pour transposer le raisonnement des Principia sous une forme accessible Ă  un physicien actuel. De fait, les participants d’une rĂ©volution scientifique vivent quasiment dans deux mondes diffĂ©rents ils appartiennent Ă  la fois Ă  la pĂ©riode antĂ©rieure de science normale, en voie d’effondrement, et Ă  la nouvelle, qu’ils ne comprennent pas encore complĂštement. VoilĂ  pourquoi il est beaucoup moins difficile, pour des scientifiques travaillant dans une pĂ©riode de science normale, de comprendre les thĂ©ories d’un paradigme antĂ©rieur sous leur forme achevĂ©e, parvenue Ă  maturité  On peut en dire autant de notre conception de l’électrodynamique de James Clerk Maxwell. Le TraitĂ© sur l’électricitĂ© et le magnĂ©tisme publiĂ© en 1873 par Maxwell est lui aussi d’accĂšs difficile pour un physicien moderne. Il repose en effet sur l’idĂ©e que les champs Ă©lectriques et magnĂ©tiques expriment des tensions dans un corps, l’éther, Ă  l’existence duquel nous ne croyons plus aujourd’hui. De ce point de vue, Maxwell est lui aussi prĂ©maxwellien. Oliver Heaviside, qui donna Ă  la thĂ©orie de Maxwell sa formalisation moderne, disait que Maxwell n’était qu’à moitiĂ© maxwellien. La thĂ©orie maxwellienne - c’est-Ă -dire la thĂ©orie de l’électricitĂ©, du magnĂ©tisme et de la lumiĂšre fondĂ©e sur les travaux de Maxwell - n’atteignit sa forme achevĂ©e dĂ©barrassĂ©e de sa rĂ©fĂ©rence Ă  l’éther qu’en 1900, et c’est cette derniĂšre que nous enseignons Ă  nos Ă©tudiants. Ils suivent ensuite des cours de mĂ©canique quantique, oĂč ils apprennent que la lumiĂšre est constituĂ©e de particules appelĂ©es photons et que les Ă©quations de Maxwell ne sont que des approximations. Mais cela ne les empĂȘche nullement de continuer Ă  comprendre l’électrodynamique maxwellienne et Ă  y recourir en cas de besoin. En rĂ©sumĂ©, c’est l’évaluation des thĂ©ories une fois parvenues Ă  maturitĂ©, et non au moment de leur naissance, qui permet de dĂ©finir ce qu’est le progrĂšs scientifique
 Naturellement, Kuhn sait que les physiciens actuels utilisent la thĂ©orie newtonienne de la gravitation ou la thĂ©orie maxwellienne de l’électricitĂ© et du magnĂ©tisme comme de bonnes approximations, dĂ©ductibles de thĂ©ories plus exactes. Mais nous ne les considĂ©rons certainement pas comme purement et simplement fausses, dans le sens oĂč sont fausses la thĂ©orie du mouvement d’Aristote et sa conception du feu comme un Ă©lĂ©ment le phlogistique. Dans son livre sur la rĂ©volution copernicienne, Kuhn lui-mĂȘme dĂ©crit, sans en paraĂźtre embarrassĂ©, comment certains Ă©lĂ©ments constitutifs des thĂ©ories scientifiques survivent dans celles qui les supplantent
 si notre thĂ©orie actuelle des particules Ă©lĂ©mentaires le " modĂšle standard " a enregistrĂ© des succĂšs stupĂ©fiants, les physiciens contemporains ne sont pas fermement attachĂ©s Ă  la vision de la nature sur laquelle elle repose. Le modĂšle standard est une thĂ©orie des champs, en ceci qu’il considĂšre les constituants Ă©lĂ©mentaires de la nature comme des champs - c’est-Ă -dire des conditions d’un espace, en dehors de toute considĂ©ration sur la matiĂšre qu’il contient -, plutĂŽt que comme des particules. Ces vingt derniĂšres annĂ©es, on s’est aperçu que toute thĂ©orie fondĂ©e sur la mĂ©canique quantique et la relativitĂ© prend l’aspect d’une thĂ©orie des champs lorsque les expĂ©riences sont rĂ©alisĂ©es Ă  des Ă©nergies suffisamment basses. Et la plupart des physiciens considĂšrent aujourd’hui le modĂšle standard comme une " thĂ©orie des champs effective ", fournissant Ă  basse Ă©nergie une approximation d’une thĂ©orie fondamentale encore inconnue, qui ne fait peut-ĂȘtre aucunement appel Ă  des champs. Si ce modĂšle standard constitue le paradigme de la science normale actuelle, il comporte plusieurs Ă©lĂ©ments ad hoc , dont au moins dix-huit constantes numĂ©riques, telles la masse et la charge de l’électron, qu’il a fallu ajuster arbitrairement pour faire coller la thĂ©orie aux expĂ©riences. Et, de plus, le modĂšle standard n’incorpore pas la gravitation. Les thĂ©oriciens savent donc qu’il leur faut dĂ©couvrir une thĂ©orie plus satisfaisante, dont le modĂšle standard actuel ne deviendra qu’une bonne approximation. De leur cĂŽtĂ©, les expĂ©rimentateurs travaillent d’arrache-pied Ă  dĂ©couvrir des donnĂ©es qui entreraient en contradiction avec les prĂ©dictions du modĂšle standard. On a par exemple rĂ©cemment annoncĂ© les rĂ©sultats d’une expĂ©rience souterraine effectuĂ©e au Japon les particules appelĂ©es neutrinos possĂ©deraient des masses, dont la version originale du modĂšle standard nĂ©glige de tenir compteI. Or, si l’on a entamĂ© la recherche de ces masses il y a dĂ©jĂ  de nombreuses annĂ©es, c’est entre autres Ă  partir de ce soupçon quelle que soit la future thĂ©orie appelĂ©e Ă  dĂ©passer notre modĂšle standard actuel, elle a de bonnes chances d’impliquer l’existence de faibles masses pour les neutrinos. Pierre BarthĂ©lemy Le Nobel de Physique rĂ©compensait une incroyable erreur
 » En 1938, c’est l’immense chercheur italien Enrico Fermi qui reçoit la distinction suprĂȘme pour, je cite, "sa dĂ©couverte de nouveaux Ă©lĂ©ments radioactifs, dĂ©veloppĂ©s par l’irradiation des neutrons, et sa dĂ©couverte Ă  ce propos des rĂ©actions de noyaux, effectuĂ©es au moyen des neutrons lents". Le communiquĂ© explicite cette dĂ©couverte ainsi “Fermi a en effet rĂ©ussi Ă  produire deux nouveaux Ă©lĂ©ments, dont les numĂ©ros d’ordre sont 93 et 94, Ă©lĂ©ments auxquels il a donnĂ© le nom d’ausĂ©nium et d’hespĂ©rium.” Seulement voilĂ , d’ausĂ©nium et d’hespĂ©rium il n’y avait en rĂ©alitĂ© point dans l’expĂ©rience du savant transalpin. Fermi s’était trompĂ© dans son interprĂ©tation et il avait nĂ©anmoins eu le prix Nobel pour la dĂ©couverte de deux Ă©lĂ©ments imaginaires... Pour comprendre cette erreur, il faut replonger dans les annĂ©es 1930, Ăšre des pionniers du noyau atomique. L’histoire illustre Ă  merveille la maniĂšre dont la science se trompe, se corrige et, ce faisant, s’amĂ©liore. Que fait Enrico Fermi dans l’expĂ©rience qui lui vaut ce Nobel, relatĂ©e en 1934 dans Nature ? A l’époque, on ne connaĂźt pas d’élĂ©ment chimique dont le noyau contienne davantage de protons que l’uranium 92 et le chercheur italien se demande s’il est possible de synthĂ©tiser des Ă©lĂ©ments plus lourds. Son idĂ©e est de profiter de la radioactivitĂ© bĂȘta qu’il vient de modĂ©liser et grĂące Ă  laquelle un neutron peut se transformer en proton ou le contraire. Pour son expĂ©rience, Fermi part de l’idĂ©e qu’en bombardant de neutrons des noyaux d’uranium, ceux-ci vont finir par absorber un neutron qui, sous l’effet la radioactivitĂ© bĂȘta, se transformera en proton. Le noyau aura finalement gagnĂ© un proton, ce qui aura "transmutĂ©" l’uranium Ă  92 protons en Ă©lĂ©ment nouveau Ă  93 protons que Fermi appellera ausĂ©nium. AprĂšs une nouvelle Ă©tape, celui-ci se mĂ©tamorphosera en Ă©lĂ©ment Ă  94 protons nommĂ© hespĂ©rium. La difficultĂ© de l’expĂ©rience consiste Ă  dĂ©tecter la prĂ©sence de ces nouveaux Ă©lĂ©ments. Fermi ne les identifie pas chimiquement il se contente de constater que l’expĂ©rience produit deux "choses" radioactives dont les caractĂ©ristiques sont inconnues. Pour lui, c’est la preuve, certes indirecte, mais la preuve quand mĂȘme, qu’il a synthĂ©tisĂ© deux nouveaux Ă©lĂ©ments. Comme l’explique Martin Quack, chercheur Ă  l’Ecole polytechnique fĂ©dĂ©rale de Zurich, dans l’article qu’il a rĂ©cemment consacrĂ© Ă  cette histoire publiĂ© par Angewandte Chemie International Edition, Enrico Fermi est au dĂ©part plutĂŽt prudent dans sa formulation. Mais les annĂ©es passant et rien ne venant contredire cette interprĂ©tation, cette prudence s’estompe et l’on considĂšre le rĂ©sultat comme acquis, d’autant que la stature scientifique de l’Italien est immense. La chimiste allemande Ida Noddack tente bien d’avancer que le niveau de preuve n’est pas suffisant, mais personne ne tient vraiment compte de ses objections. Un magnifique cas d’école de l’aveuglement des experts. Tout se prĂ©cipite Ă  la fin 1938, comme dans un thriller scientifique oĂč le temps se condense et s’accĂ©lĂšre. Le 12 dĂ©cembre, Enrico Fermi reçoit Ă  Stockholm son prix Nobel des mains du roi de SuĂšde. Il en profite pour fuir aux Etats-Unis, la situation de son Ă©pouse, qui est juive, Ă©tant de plus en plus prĂ©caire dans l’Italie mussolinienne. Une semaine plus tard, le 19, le chimiste allemand Otto Hahn, qui a, avec Fritz Strassmann, reproduit l’expĂ©rience de Fermi, envoie ses rĂ©sultats Ă  sa consƓur Lise Meitner les produits de l’expĂ©rience ne sont pas des Ă©lĂ©ments superlourds. Au contraire, cela ressemble Ă  des isotopes inconnus d’élĂ©ments plus lĂ©gers, notamment du baryum 56 protons. Mais comment diable de l’uranium peut-il donner du baryum ? Pendant les vacances de NoĂ«l, Lise Meitner discute avec son neveu, Otto Frisch de la possibilitĂ© thĂ©orique qu’un noyau d’uranium se brise pour donner des noyaux plus lĂ©gers. Ils Ă©crivent un article en ce sens qui sera publiĂ© en fĂ©vrier 1939. Ce qu’avait rĂ©alisĂ© Enrico Fermi sans le comprendre, c’était la premiĂšre expĂ©rience de fission nuclĂ©aire ! Le coupable Ă©tait dans l’uranium. Le minerai naturel d’uranium contient deux isotopes de cet Ă©lĂ©ment. Le premier, l’uranium 238 92 protons + 146 neutrons est de trĂšs loin le plus courant puisqu’il reprĂ©sente plus de 99 % du minerai. Le second, l’uranium 235 92 protons + 143 neutrons est beaucoup plus rare 0,7 % au point qu’on peut le considĂ©rer comme une impuretĂ©. C’est lui qui est fissile et que l’on emploie dans de nombreux rĂ©acteurs nuclĂ©aires. Et c’est aussi lui qui se trouvait dans la bombe atomique d’Hiroshima. Dans l’expĂ©rience de Fermi, le bombardement de neutrons n’a, contrairement Ă  ce qu’espĂ©rait le savant italien, rien fait aux atomes d’uranium 238. En revanche, il a provoquĂ© la fission des noyaux d’uranium 235. Les produits nouveaux qu’a dĂ©tectĂ©s l’Italien Ă©taient des produits de fission, des Ă©lĂ©ments plus lĂ©gers, inconnus sous cette forme radioactive, comme le baryum 140. Enrico Fermi mĂ©ritait sans doute un Nobel et il est dommage qu’il l’ait reçu pour une expĂ©rience mal interprĂ©tĂ©e et pas assez approfondie. DĂšs qu’il apprit la dĂ©couverte de Hahn et Strassmann, dĂ©but 1939, il modifia son discours de rĂ©ception du prix pour intĂ©grer ce nouveau rĂ©sultat, preuve d’une grande honnĂȘtetĂ© intellectuelle. Les deux chercheurs allemands reçurent le Nobel de chimie 1944 pour la fission nuclĂ©aire Lise Meitner Ă©tant scandaleusement oubliĂ©e dans l’histoire et, d’une certaine maniĂšre, pour avoir corrigĂ© l’erreur de Fermi. Ce dernier rĂ©alisa, en collaboration avec Leo Szilard, la premiĂšre pile atomique en 1942, c’est-Ă -dire la premiĂšre rĂ©action nuclĂ©aire en chaĂźne contrĂŽlĂ©e de l’histoire. Et, bien sĂ»r, Fermi travailla pour le projet Manhattan qui mena Ă  la bombe atomique. Quant aux Ă©lĂ©ments 93 et 94, le neptunium et le plutonium, ils furent bel et bien produits selon le processus qu’avait prĂ©vu Fermi. En 1951, on donna donc de nouveau un prix Nobel de chimie Ă  ceux qui les avaient mis en Ă©vidence, mais cette fois-ci pour de vrai Glenn Seaborg et Edwin McMillan. Trois-quarts de siĂšcle aprĂšs le Nobel de l’erreur, l’histoire vient rappeler que la science a deux versants insĂ©parables, le cĂŽtĂ© crĂ©atif et le cĂŽtĂ© critique. Comme le souligne Martin Quack dans son article, "la composante crĂ©ative s’engage dans de nouvelles idĂ©es et dans des avenues inexplorĂ©es .... Elle se vend bien grĂące au terme chic de "nouveau". Cependant, la composante critique est tout aussi importante que la composante crĂ©ative. Elle interroge le rĂ©sultat "nouveau", soumettant ses faiblesses Ă  une critique sĂ©vĂšre, rĂ©pĂ©tant et testant les rĂ©sultats dans de longues enquĂȘtes impliquant un dur labeur. Souvent elle rejette ou corrige le rĂ©sultat original et mĂšne parfois Ă  une dĂ©couverte encore plus frappante." VĂ©rifier les rĂ©sultats des autres a des airs austĂšres et tristes de police scientifique mais conduit parfois Ă  la rĂ©volution. Martin Andler La science au risque de l’erreur » Henri PoincarĂ© et le problĂšme Ă  trois corps Quand, en mai 1885, le mathĂ©maticien Gösta Mittag-Leffler 1846-1927 annonce qu’un prix en l’honneur d’Oscar II, roi de SuĂšde et de NorvĂšge, Ă  l’occasion de son soixantiĂšme anniversaire, serait dĂ©cernĂ© en 1888 Ă  l’auteur d’un article original de mathĂ©matiques, son opĂ©ration de promotion des mathĂ©matiques est bien organisĂ©e. DĂ©jĂ , ce talentueux professeur Ă  l’universitĂ© de Stockholm, mathĂ©maticien reconnu un peu partout en Europe, notamment en Allemagne oĂč il a fait ses Ă©tudes, et en France oĂč il vient rĂ©guliĂšrement, est parvenu, grĂące au soutien du roi, Ă  lancer une revue mathĂ©matique prestigieuse, Acta Mittag-Leffler a rĂ©uni un jury prestigieux, comprenant, outre lui-mĂȘme, deux trĂšs grands mathĂ©maticiens, certes en fin de carriĂšre, mais qui assurent une grande publicitĂ© au prix, l’Allemand Karl Weierstrass 1815-1898 et le Français Charles Hermite 1822-1901. Il est clair que Mittag-Leffler a, d’emblĂ©e, un candidat pour le prix son ami, le jeune mais dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre mathĂ©maticien français Henri PoincarĂ© 1854-1912. Et en effet, le jury dĂ©cide de lui attribuer le prix de deux mille cinq cents couronnes l’annonce en est faite le 20 janvier 1889, jour de l’anniversaire d’Oscar II. Le texte de PoincarĂ© est envoyĂ© Ă  l’imprimeur ; Mittag Leffler est assistĂ©, pour Acta Mathematica, par un secrĂ©taire de rĂ©daction qui est un jeune Ă©tudiant prometteur de vingt-six ans, Lars Phragmen. En relisant les Ă©preuves, Phragmen dĂ©couvre une erreur ! On notera Ă  ce propos que l’étudiant n’a, en fin de compte, pas hĂ©sitĂ© Ă  mettre en question l’autoritĂ© du professeur en sciences, les arguments d’autoritĂ© sont hors de propos. La suite est rocambolesque, car le mĂ©moire a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© imprimĂ© et quelques exemplaires ont circulĂ©. PoincarĂ© doit rembourser les frais d’impression pour un montant supĂ©rieur au prix reçu, et de son cĂŽtĂ©, Mittag-Leffler doit retrouver la trace de tous les exemplaires contenant la dĂ©monstration fausse et les rĂ©cupĂ©rer. Mais surtout il faut corriger l’erreur, ce que PoincarĂ© parvient Ă  faire en quelques mois d’effort acharnĂ©, en avril 1890 ; c’est lĂ  que la science reprend le dessus sur l’anecdote. Pour en situer l’enjeu, nous devons entrer dans les mathĂ©matiques elles-mĂȘmes. Le mĂ©moire de PoincarĂ© portait sur le problĂšme Ă  trois corps » ; il s’agissait de comprendre les mouvements relatifs de trois astres trois corps, typiquement une Ă©toile et deux planĂštes, ou une Ă©toile, une planĂšte et une lune. Ces trois astres s’attirent mutuellement selon la loi de l’attraction universelle de Newton. S’il n’y a que deux astres, le mouvement est simple Ă  dĂ©crire, les lois de Kepler s’appliquent les trajectoires des deux astres sont elliptiques autour d’un foyer, centre de gravitĂ© de l’ensemble. Newton lui-mĂȘme en a fait le calcul Ă  partir de ses lois. Si l’on nĂ©glige l’action mutuelle des deux petits astres, lĂ  encore le calcul complet est possible, et on trouve Ă  nouveau les orbites elliptiques. En premiĂšre approximation, il est lĂ©gitime de le faire l’attraction de VĂ©nus sur la Terre est de l’ordre de deux millioniĂšmes de l’attraction du Soleil sur la Terre. Mais la thĂ©orie ne permet pas de dire si cette infime attraction ne va pas changer complĂštement l’évolution du systĂšme Ă  long terme. Car, contrairement au problĂšme Ă  deux corps, on ne sait pas, Ă  la fin du XIXe siĂšcle, rĂ©soudre les Ă©quations pour le problĂšme Ă  trois corps ! Au dĂ©but du XXIe siĂšcle, on n’a toujours pas de rĂ©ponse complĂšte, mais les travaux de PoincarĂ© ont permis un saut dĂ©cisif dans la comprĂ©hension du problĂšme. Avant mĂȘme l’affaire du prix, PoincarĂ© avait engagĂ© l’étude des Ă©quations du type de celles que l’on rencontre en mĂ©canique cĂ©leste, lors de l’étude du mouvement des astres par exemple, dans une voie tout Ă  fait diffĂ©rente de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Les mathĂ©maticiens du XIXe siĂšcle avaient consacrĂ© beaucoup d’énergie Ă  rĂ©soudre complĂštement ces Ă©quations, appelĂ©es diffĂ©rentielles », dans de nombreux cas fort intĂ©ressants. Mais vers la fin du XIXe siĂšcle il devenait de plus en plus clair qu’on ne pourrait jamais rĂ©soudre toutes ces Ă©quations. Ce que PoincarĂ© lança, c’est ce que l’on appelle maintenant la thĂ©orie qualitative » des Ă©quations diffĂ©rentielles, qui permet de donner des rĂ©sultats prĂ©cis sur l’évolution du systĂšme sans pour autant avoir calculĂ© prĂ©cisĂ©ment tous les dĂ©tails
 Dans le mĂ©moire proposĂ© pour le prix, PoincarĂ© s’est intĂ©ressĂ© Ă  un cas particulier du problĂšme Ă  trois corps le problĂšme des trois corps rĂ©duit, correspondant Ă  la situation Ă©toile/planĂšte/satellite, oĂč ‱ 1° les trois corps restent dans un plan fixe ; ‱ 2° l’étoile et la planĂšte dĂ©crivent des trajectoires circulaires coplanaires autour de leur centre de gravitĂ© commun ; ‱ 3° le satellite est supposĂ© de masse m nulle. Un exemple physique de cette situation Soleil /Terre /satellite artificiel. Pour formaliser la situation, il introduit un espace de dimension 4, l’espace des phases. Il Ă©tudie pour commencer une situation mathĂ©matique encore plus simple, oĂč l’on suppose que la planĂšte est elle aussi de masse p nulle. Dans cette situation trĂšs simplifiĂ©e, la planĂšte et le satellite tournent autour de l’étoile, que l’on peut supposer fixe ; mais les pĂ©riodes de rĂ©volution sont en gĂ©nĂ©ral diffĂ©rentes, ce qui entraĂźne que les positions relatives de la planĂšte et du satellite apparaissent comme Ă©tant arbitraires. La deuxiĂšme Ă©tape de la dĂ©marche de PoincarĂ© consiste Ă  voir comment la situation mathĂ©matique Ă©volue lorsqu’on fait varier le rapport ” entre la masse p de la planĂšte et la masse e de l’étoile de zĂ©ro Ă  un nombre positif petit pour fixer les idĂ©es, le rapport des masses entre Terre et Soleil est de trois millioniĂšmes. C’est dans cette deuxiĂšme Ă©tape que PoincarĂ© commet une erreur sĂ©rieuse ; non seulement sa dĂ©monstration est fausse, mais le rĂ©sultat l’est Ă©galement. Comme le rĂ©sume F. BĂ©guin,9 ce rĂ©sultat affirme que les trajectoires qui ont un certain mouvement rĂ©gulier dans le passĂ©, mais dont le mouvement s’est ensuite dĂ©rĂ©glĂ©, finissent par “rentrer dans le droit chemin” et retrouver leur mouvement rĂ©gulier initial. En fait, PoincarĂ© sera obligĂ© de constater, dans la version corrigĂ©e de son mĂ©moire, celle qui paraĂźtra dans Acta Mathematica en novembre 1890, que les situations dans les deux directions du temps sont diffĂ©rentes et que la situation est bien plus complexe. C’est de cette observation que l’on peut dater le dĂ©but de la thĂ©orie du chaos ». Si cette thĂ©orie du chaos est effectivement en germe dĂšs le mĂ©moire de 1890, elle ne se dĂ©veloppe vĂ©ritablement que bien plus tard. Le mot de chaos lui-mĂȘme n’est utilisĂ© dans les mathĂ©matiques et les sciences physiques qu’à partir du milieu des annĂ©es 1970 ; il acquiert, Ă  la fin des annĂ©es 1970 et dans les annĂ©es 1980, le statut de concept nomade » qui tend Ă  obscurcir son importance ; fondamentalement, il permet en effet de rĂ©concilier dĂ©terminisme et imprĂ©dictibilitĂ©. Depuis la fameuse confĂ©rence du mĂ©tĂ©orologue Edward Lorenz en 1972 PrĂ©dictibilitĂ© le battement d’ailes d’un papillon au BrĂ©sil peut-il provoquer une tornade au Texas ? », jusqu’au personnage du roman 1990 et du film 1993 Jurassic Park, Ian Malcolm, spĂ©cialiste de la thĂ©orie du chaos, les exemples, du plus au moins sĂ©rieux, de l’intervention de ce nouveau concept abondent. Comme le montrent Aubin et Dahan,10 l’histoire qui va de PoincarĂ© Ă  la thĂ©orie du chaos est longue et complexe, mĂȘlant dĂ©veloppements conceptuel, politique et progrĂšs technique ; ce n’est pas le lieu d’y entrer ici. Ce qui nous intĂ©resse est comprendre comment l’erreur peut survenir, pourquoi elle est intĂ©ressante et, Ă  l’occasion de cette analyse, dĂ©crire certains aspects du processus de mathĂ©matisation. Il s’agit donc d’un point de vue purement internaliste, appropriĂ© dans ce contexte. Analyser le mouvement des planĂštes par des Ă©quations dĂ©duites des lois de Newton n’est Ă©videmment pas, Ă  la fin du XIXe siĂšcle, novateur. L’innovation de PoincarĂ©, dans ses travaux des annĂ©es 1880, consiste Ă  regarder le problĂšme avec une vision gĂ©omĂ©trique trĂšs Ă©laborĂ©e. La formulation initiale fait apparaĂźtre trois points reprĂ©sentant les trois corps, qui se dĂ©placent dans un plan ; on est donc dans une gĂ©omĂ©trie de dimension 2. On peut tracer leurs trajectoires possibles, mais ces dessins n’apportent rapidement pas grand-chose. Ce que fait PoincarĂ©, dans ce problĂšme comme dans les autres du mĂȘme type, est d’introduire un nouvel espace, qui n’est pas prĂ©sent dans notre perception initiale du problĂšme, mais le reprĂ©sente de maniĂšre efficace. Dans le cas du problĂšme Ă  trois corps rĂ©duit, on peut supposer que l’étoile est fixe, et que l’on dĂ©crit le satellite au moyen de ses coordonnĂ©es dans un repĂšre mobile centrĂ© sur l’étoile et dont le premier axe suit la trajectoire de la planĂšte. Dans ce repĂšre, tout se passe comme si Ă©toile et soleil Ă©taient immobiles. L’état du satellite est entiĂšrement dĂ©fini par sa position, naturellement, mais aussi par sa vitesse. Il faut donc quatre paramĂštres, deux pour la position, deux pour la vitesse, d’oĂč des considĂ©rations gĂ©omĂ©triques dans un espace de dimension 4. On appelle cet espace, espace des phases de l’équation. Il y a lĂ  l’archĂ©type du geste crĂ©ateur du mathĂ©maticien donner naissance Ă  un espace oĂč les concepts mathĂ©matiques vont se dĂ©ployer, mais qui n’est pas prĂ©sent aprioridans la question choix de l’espace des phases est dans une certaine mesure arbitraire, seule compte sa commoditĂ© pour reprĂ©senter la situation. Le deuxiĂšme geste du mathĂ©maticien est de faire varier une quantitĂ© qui ne varie pas ; en l’occurrence, c’est la masse fixe de la planĂšte qui devient variable pour le mathĂ©maticien. Ici, la transgression est plus marquĂ©e, car le formalisme mathĂ©matique s’oppose Ă  la rĂ©alitĂ© physique. En revanche, ce formalisme est d’une redoutable efficacitĂ©. Efficace, mais risquĂ©, puisque c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que PoincarĂ© commet une erreur ! Ayant sous-estimĂ© la complexitĂ© de l’entrelacs entre les trajectoires, il a, trop rapidement, accordĂ© une rĂ©gularitĂ© trop forte Ă  la dĂ©pendance mathĂ©matique du mouvement par rapport au paramĂštre ” techniquement, il a pensĂ© que cette dĂ©pendance Ă©tait analytique, alors qu’elle n’était qu’infiniment diffĂ©rentiable. Cette erreur rendait fausse sa conclusion.
Cest une maniĂšre de dire que c’est la cata absolue. Ça parle de notre Ă©poque, de la vitalitĂ© de la langue française, des expressions qui se Science sans conscience n'est que ruine de l'Ăąme. Rabelais, Pantagruel. Utiliser la science dans un but immoral et pervers revient au bout du compte Ă  dĂ©truire ce qui fait la noblesse de l'homme. Savoir par coeur n'est pas savoir c'est tenir ce qu'on a donnĂ© en garde Ă  sa mĂ©moire. Montaigne, Essais, I, 26. Savoir par coeur relĂšve d'un apprentissage mĂ©canique et d'une conservation d'informations communiquĂ©es par d'autres que l'on rĂ©pĂšte sans rĂ©flĂ©chir. Le vĂ©ritable savoir consiste Ă  imaginer et Ă  ouvrir de nouvelles voies. Ce n'est pas dans la science qu'est le bonheur, mais dans l'acquisition de la science. Edgar Poe, Puissance de la parole. Le bonheur intellectuel rĂ©side dans la recherche et dans l'apprentissage. Celui qui saurait tout d'une science se priverait de ces plaisirs ainsi que de celui de la dĂ©couverte. La vĂ©ritable science enseigne, par-dessus tout, Ă  douter et Ă  ĂȘtre ignorant. Miguel de Unamuno, Le Sentiment tragique de la vie. La vĂ©ritable science enseigne la prĂ©caritĂ© de ses propres affirmations et l'ignorance dans laquelle l'homme se trouve ĂȘtre, en dĂ©finitive, des mystĂšres de l'univers. Nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mĂȘmes. Emmanuel Kant, Critique de la raison pure. Dans toute connaissance, l'esprit met quelque chose de lui-mĂȘme. C'est pourquoi il faut distinguer la connaissance a priori de la forme des choses, de la connaissance a posteriori de la matiĂšre et qui Ă©mane de l'objet connu. On ne connaĂźt pas complĂštement une science tant qu'on n'en sait pas l'histoire. Auguste Comte. La connaissance d'une science passe par la connaissance de son itinĂ©raire, c'est-Ă -dire de ses errances, de ses erreurs et de ses dĂ©couvertes. Pour expliquer un brin de paille, il faut dĂ©monter tout l'univers. RĂ©my de Gourmont, Le Chemin de velours. La chose en apparence la plus insignifiante est en fait reliĂ©e Ă  la totalitĂ© de l'Univers ; et l'on ne saurait l'expliquer sans expliquer l'Univers. Toute science crĂ©e une nouvelle ignorance. Henri Michaux, DifficultĂ©s, Le portrait de A. Plus une science progresse dans sa recherche, plus elle dĂ©couvre l'Ă©tendue de son ignorance face Ă  ce qu'il lui reste Ă  comprendre et Ă  rĂ©soudre. Nul ne voit que la science est elle-mĂȘme aphasique. Pierre Klossowski, Nietzsche et le cercle vicieux. La science est incapable de parler ou de comprendre le monde qu'elle prĂ©tend pourtant expliquer. Si elle admettait son absence de fondement, l'Ă©chafaudage de la rĂ©alitĂ© s'Ă©croulerait. Pour le savant, croire la science achevĂ©e est toujours une illusion aussi complĂšte que le serait pour l'historien de croire l'histoire terminĂ©e. Louis de Broglie, Physique et microphysique. La recherche scientifique est une quĂȘte sans fin. Quand il se prĂ©sente Ă  la culture scientifique, l'esprit n'est jamais jeune. Il est mĂȘme trĂšs vieux, car il a l'Ăąge de ses prĂ©jugĂ©s. Gaston Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique. L'homme doit vaincre ses prĂ©jugĂ©s s'il veut avoir une chance de comprendre les phĂ©nomĂšnes scientifiques. Une expĂ©rience scientifique est ... une expĂ©rience qui contredit l'expĂ©rience commune. Gaston Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique. Une thĂ©orie scientifique peut annuler une autre thĂ©orie scientifique, mais les vĂ©ritĂ©s des oeuvres d'art se soutiennent les unes les autres. EugĂšne Ionesco, Notes et contre-notes. Il n'y a pas de vĂ©ritĂ© absolue en science puisqu'il est frĂ©quent qu'une thĂ©orie scientifique en batte en brĂšche une autre. Au contraire, il n'y a pas de contradiction en art, d'une oeuvre Ă  l'autre, chacune dĂ©couvrant une parcelle de vĂ©ritĂ©. YWsoYfP.